Chiens de l'enfer, Les
Titre original: Devil Dog: The Hound of Hell
Genre: Epouvante , Fantastique , Agressions animales , Satanisme
Année: 1978
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Curtis Harrington
Casting:
Richard Crenna, Yvette Mimieux, Kim Richards, Ike Eisenmann, Victor Jory, Lou Frizzell, Ken Kercheval, R.G. Armstrong, Martine Beswick...
Aka: Barghast : les chiens de l'enfer (Vestron) / Der Höllenhund (RFA) / Il canne infernale (Italie) / El perro del infierno (Espagne)
 

Dans un élevage, trois personnes pour le moins étranges font l'acquisition, à prix d'or, d'une chienne qui se retrouve peu après au centre d'une messe satanique. Une cérémonie où Barghest est invoqué comme père des Ténèbres afin de féconder la chienne.
Le temps passe... Dans leur petite ville de banlieue, Mike et Betty Barry trouvent leur propre chien mort en face de chez eux, écrasé par un chauffard. Leurs enfants, horrifiés, jurent de ne jamais avoir d'autre animal. Mais lorsqu'un inconnu leur propose d'adopter un des douze chiots que vient d'avoir la chienne, les enfants craquent et le ramènent à la maison. La présence de ce nouveau venu, rapidement baptisé du nom de Lucky, ravit les enfants. Mais d'étranges phénomènes commencent à se produire dans la maison : la bonne décède subitement tandis qu'elle disait se méfier de Lucky, les enfants se font plus agressifs, Betty semble changer de personnalité tandis que le chien du voisin subit un sort funeste...

 

 

Curtis Harrington fut un réalisateur assez rare, un passionné de cinéma dont l’œuvre, modeste, cache la forêt. Journaliste, critique, auteur d'un livre référence sur Josef von Sternberg, Harrington s'est surtout fait remarquer en tournant des courts-métrages d'avant-garde, dans les années 1940 et 1950. Après avoir été directeur de la photographie pour Kenneth Anger, grâce auquel il tisse des liens avec Thelema, une philosophie sociale ou spirituelle dérivée de l'ésotérisme occidental reposant sur ce principe fondamental : "Fais ce que tu veux être la totalité de la loi, l'amour est la loi, l'amour sous la volonté". Évidemment, cet intérêt pour l'occultisme n'est pas sans rapport avec la Beat Generation, son rejet du matérialisme, des valeurs narratives standards ainsi que, plus largement, sa quête toute spirituelle. Pour achever le portrait du côté obscur du réalisateur, mentionnons que Harrington se réclamait de la réalisatrice ukrainienne Maya Derenla, pionnière du cinéma d'avant-garde à tendance surréaliste, initiée au vaudou et devenue prêtresse suite à des séjours répétés à Haïti où elle se documentait sur les cérémonies.

 

 

Comme quoi, le fait que Curtis Harrington ait fait l'élastique entre cinéma expérimental, intérêt pour le surnaturel et séries B à tendance horrifique ne tient pas du hasard. Un fait assez prégnant dès son premier long métrage, Marée nocturne. C'est ce qui fait aussi de Curtis Harrington un cinéaste intéressant, difficilement classable, capable de tourner pour Roger Corman ("Voyage sur la planète préhistorique", Queen of Blood) mais aussi de torcher du thriller astucieux, placé aussi bien sous le signe de la machination ("Le diable à trois", 1967), que de l'adaptation de conte (Hansel et Gretel pour "Mais qui a tué tante Roo ?" en 1971).
Les Chiens de l'enfer est quant à lui dans la continuité de ce qu'on lui a déjà confié pour la télévision : "The Cat Creature" voyait déjà une amulette ancienne, représentant un chat, libérer une malédiction venue d'Égypte et générer ainsi une succession de meurtres, "La révolte des abeilles" entérinait l'attaque animale tandis qu'après The Killing Kind, "The Dead Don't Die" et sa résurrection des morts par la pratique vaudou ainsi que Ruby et sa possession issue de "Carrie", viennent faire office de lien démoniaque avec Devil Dog: The Hound of Hell.

 

 

L'autre élément responsable de la formule proposée pour ce téléfilm tourné en 1978 est le succès que vient de rencontrer La Malédiction (The Omen, 1976) dans lequel on trouvait une terrifiante attaque de chiens venus tout droit de l'Enfer, dans un cimetière, et dont l'un d'eux semble s'être réfugié entre les pattes du couple de scénaristes-producteurs Steven et Elinor Karpf ("Panique en plein ciel", "Gargouilles"...) puis dans celles de la Zeitman-Landers-Roberts Productions (Les survivants de la fin du monde) pour CBS. L'occasion de capitaliser sur le succès de Richard Donner et de rendre à Satan un chien de sa chienne. Du reste, avec ce berger allemand en séide de Satan, Devil Dog: The Hound of Hell participe à sa manière à une même destruction de la cellule familiale. Ici, les enfants en premier lieu puis, d'une manière abominablement puritaine, la femme et maîtresse de maison dont les premiers signes de possession du malin se manifestent par l'augmentation de sa libido.
Bref, nous voici donc rendus en 1978... les clébards sécuritaires de Danger Doberman ! ont rempli leur office, "Jaws" a aussi fait des petits et, parmi ses chiots, les meilleurs amis de l'homme se font également appeler Les Chiens fous ou The Pack, bientôt Cujo ou Max.
Pour boucler la boucle de ce chenil filmique, citons enfin "Zoltan, le chien sanglant de Dracula", tourné la même année, et rappelons que si Zoltan était lié au Prince des ténèbres, Lucky est lié ici au Père des ténèbres, le Barghest.

 

 

À l'arrivée, force est de constater que Les Chiens de l'enfer fait partie de ces petites productions ni honteuses, ni transcendantes, dotées d'une relative efficacité en dépit de budgets insuffisants, mais qui restent assez stériles niveau effroi distillé.
Satan fut jadis actionnaire des productions de la Hammer, voire de la Amicus. Ici, Devil Dog débute par une cérémonie mettant en scène Martine Beswick initiant une pauvre chienne sauvée de la SPA pour se retrouver dans un pentacle. L'un de ses chiots est donné par ce bon R.G. Armstrong, acteur régulièrement au service de Satan... Du reste, celui-ci, peu après Race with the Devil vient de croiser l'incarnation du Diable lui-même, en voiture tueuse, dans Enfer mécanique (The Car, 1977). Pas de bol, décidément !
Une fois adopté, notre adorable chiot est vite responsable de la mort du dogue du voisin, retrouvé mystérieusement déchiqueté. Et les événements s'enchainent dès lors de manière un peu mécanique, faisant se succéder des scènes plaisantes et mignonnettes (notre toutou et ses lentilles vertes fluo) tandis que le mystère est absent (le chien est montré deux fois doté de cornes, arborant un visage démoniaque, explicite, vous avez dit explicite !).

 

 

Précisons que parmi le beau monde convié à l'écran, nombreux sont habitués aux lieux hantés : Richard Crenna sort du Couloir de la mort dans lequel sévissait également le démon ainsi qu'un berger allemand ; on le retrouvera dans le fantomatique Le Bateau de la mort (ne cultivant aucun rapport avec une quelconque canonnière du Yang-Tsé). Yvette Mimieux, dans une période "coupe caniche", est aguerrie ; elle a déjà exploré le temps avec Rod Taylor avant de le retrouver dans un Congo en proie à une violence apocalyptique (Le Dernier Train du Katanga). Rayon "Kids", on retrouve Kim Richards et Ike Eisenmann, devenus quasi siamois depuis "La Montagne ensorcelée" (Escape to Witch Mountain, 1975) et sa suite, "Les Visiteurs d'un autre monde" (1978).

Sans être extraordinaire ni vraiment se distinguer du tout venant horrifique, Les Chiens de l'enfer bénéficie de quelques scènes réussies : une femme de ménage qui s'immole avec l'une des bougies de son petit autel religieux, Richard Crenna à deux doigts de se broyer "volontairement" la main dans les pales de sa tondeuse à gazon, les allées et venues du chien dont l'air bienveillant contraste avec ses intentions. D'autres scènes tombent en revanche à plat : le miroir tendu par Richard Crenna destiné à voir si le visage de sa fille est déformé par la possession diabolique ne trouve aucun écho par la suite et ressemble à un rajout autant qu'à une piste abandonnée. De même, les deux attaques frontales du séide de Satan font un peu pitié : dotées d'un procédé visuel se voulant probablement efficace, proche de la 3D, le rendu à plat souffre d'une perte de qualité d'image assez conséquente, les renvoyant à leur artificialité d'origine sans parvenir à susciter le moindre frisson.

 

 

Bref, Devil Dog: The Hound of Hell est une petite série B inégale qui, certes, n'impressionnera pas le pur cinéphile de niche horrifique mais lui fera passer un moment globalement assez plaisant.

 

Mallox



En rapport avec le film :

# Les chiens de l'enfer est l'un des rares films, peut-être le seul, à évoquer le Barghest, chien-fantôme noir, mythique et monstrueux, doté de grandes dents et griffes ; c'est aussi une créature issue du folklore du nord de l'Angleterre. Il y a plusieurs significations données à son nom, dont certaines semblent fantaisistes. Son origine la plus probable correspondrait au Berger Allemand présent dans le film puisque Barghest serait une contraction de Berg-geist allemand. Une autre explication serait que "Bier-Geist" tire son nom de "l'esprit de la bière funéraire".

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