Capitaine Singrid
Genre: Aventures
Année: 1968
Pays d'origine: France / Portugal / Italie
Réalisateur: Jean Leduc
Casting:
Elga Andersen, Robert Woods, Giorgia Moll, Jean-Claude Bercq, Marc Michel, Fernando Poggi...
Aka: Capitão Singrid (Portugal) / I mercenari muoiono all'alba (Italie) / Der blonde Tiger (RFA)
 

Sous les apparences mondaines d'une société de relations publiques, Singrid Karaman (Elga Andersen) dirige en réalité un réseau de renseignements. Elle a pour nouvelle mission de faire échec à une prochaine tentative de coup d'état dans un pays africain, le Myassaland, et de récupérer l'important stock de diamants tombé aux mains des mercenaires qui ourdissent le complot. Elle charge un ancien nazi, Eric (Fernando Poggi), de former un commando de choc et son assistante, Carol (Giorgia Moll), de contacter les chefs des mercenaires, le commandant St Robert (Robert Woods) et le capitaine Tarquier (Jean-Claude Bercq). Quoique Tarquier se montre très méfiant, St Robert accepte de se rendre à bord du yacht d'Ingrid. Mais il modifie par prudence le lieu du rendez-vous. Pendant ce temps, Tarquier, contrairement aux ordres de Saint-Robert, s'apprête à attaquer le Myassaland. Carol, prisonnière, essaie de saboter son avion qui est forcé d'atterrir dans une clairière...

 

 

Une singulière bobine à vrai dire... trouver Bertrand Tavernier au scénario et aux dialogues de ce qu'on peut considérer comme un téméraire mélange d'aventures et d'espionnage au féminin, voire carrément féministe, est étonnant, mais, passé la surprise, c'est hélas la déception qui prime.

Avec Capitaine Singrid, Jean Leduc ne parvient pas à transcender un matériau pourtant propice à de délicieuses outrances sensuelles, à de fantaisistes aventures irréalistes, à des débordements sadiques aussi, bref, à des éléments propres à créer un univers en quelque sorte, ce que la même année Jack Cardiff parvenait à faire avec une bluffante maestria.
Mais Leduc n'est donc pas Cardiff et c'est peut-être son statut de documentariste de base qui annihile cette faculté pour la fiction, comme s'il ne fallait pas trop déborder à l'écran d'une réalité pourtant malmenée de façon fantaisiste sur le papier. Un syndrome qu'on retrouve aujourd'hui encore avec des réalisateurs tels que Gabriel Le Bomin, documentariste de formation et qui, devant une histoire qui a fait l'Histoire, est incapable d'insuffler le moindre souffle romanesque à des pellicules qui, dans un souci de réalisme et d'honnêteté, se retrouvent neutres et neutralisées, en témoigne son "Nos patriotes" tandis que c'est la voie qu'il semble prendre à l'heure où le projet d'un De Gaulle avec Lambert Wilson vient de débuter...

 

 

C'est du reste dommage car Capitaine Singrid s'inscrit pourtant dans la lignée des longs-métrages de fiction précédents celui-ci, à savoir "Transit à Saïgon" (avec Odile Versois et Pierre Massimi/1963) et plus encore "Via Macao" (1966) qui réunissait Anna Gaël, Françoise Prévost et Roger Hanin. Du reste, l'erreur est peut-être dans l'œuf et le ver dans la pomme, tandis que les meilleures intentions s'annihilent parfois. Jean Leduc cosigne lui-même une partie de ses scénarios, néanmoins il a tendance à choisir des collaborateurs et complices qui, soit confinent au tiraillement, soit confirment la tendance pour des spectacles, pourtant aux allures de thrillers, qui se voient du coup dépossédés de ce qui devrait les caractériser : le spectaculaire. Jacques Tournier alias Dominique Saint-Alban pour "Via Macao" et donc, pour le coup, le sieur Tavernier qui, il est vrai, faisait alors ses premières armes, à l'écriture pour des "Coplan ouvre le feu à Mexico", ainsi qu'en tant qu'assistant sur quelques exploitations italiennes en vogue ("Maciste, gladiateur de Sparte" de Mario Caiano en 1964 ou, l'année suivante, le bien connu des giallophiles Une folle envie d'aimer de Lenzi).

 

 

Pas sûr que ces collaborations furent très heureuses et, malgré la complaisance dont on a envie de faire preuve devant un casting surprenant et la clémence pour un genre proche de l'eurospy, la déception prime.
La frustration la plus grande se situe au niveau d'une mise en scène qui alterne les scènes les plus crues et violentes (du reste Capitaine Singrid s'ouvre sur des scènes de massacres) et celles à l'esprit comics, sur les mêmes ton et tempo. On se retrouve de fait avec une BD malsaine stérilisée par sa propre arythmie et un manque frappant de relief, une fois ôté le préambule cruellement réaliste et une scène culottée où un Africain est brûlé vif au briquet pour être propulsé en hurlant hors d'un train en marche), le reste n'est qu'enfilade de plans statiques, incapable d'instiller la moindre dynamique à un récit pourtant porteur et somme toute, crépusculaire.

 

 

L'autre déception tient de son originalité potentielle. Comme dit avant, à regarder le casting, tout est réuni pour combler les amateurs de Bis, de ses unions a priori impossibles tout comme ses excès et ses mélanges de genres.

Un Katanga au féminin, nul doute que tout mâle normalement constitué est preneur. Mais c'est aussi là que le bât blesse puisque seules les présences de la belle Elga Andersen (Du grisbi pour Hong Kong, Homicide parfait au terme de la loi) et de la supra mignonnette Giorgia Moll (une grosse carrière dont LE mémorable "Deux idiots chez les fritz"), mises au premier plan, font le charme de ce terne spectacle, sans pourtant apporter la volupté qu'on eut fantasmée. Il faut dire que les voir tour à tour passer des messages codé façon standard de la jongle ou bien s'assoir à califourchon sur une chaise retournée de façon à poser ses coudes ne laisse pas grande part à un imaginaire plus sexué.

 

 

Restent nos hommes ici-présents qui, on les comprend au regard de ce qui vient d'être dit ci-avant, ne semblent pas avoir la trique de se retrouver dans ce safari mercenaire. Dès l'entame, on comprend que Marc Michel (qui avait jadis fait son "Trou" grâce au chef-d'œuvre éponyme de Jacques Becker) ne fera pas le poids, chose confirmée quelques scènes plus tard avec des manchettes de kung-fu à faire passer OSS pour S.O.S. 117. Robert Woods est à peine mieux et ne semble "guerre" concerné. Finalement, et c'est aussi l'une des qualités quasi collatérale de Capitaine Singrid, celui qui s'en sort le mieux en viril mercenaire délesté de code d'honneur et de valeurs morales n'est autre que le trop rare Jean-Claude Bercq, très bon acteur (cascadeur également) s'il en fut qu'on a pu croiser dans d'autres genres ("Hallucinations Sadiques", "L'Enfer" de Clouzot), dans d'autres "barouderies" guerrières aussi ("Le Train", "Les Centurions" et qui fut même tête d'affiche de "Le Judoka, agent secret" puis "Le Bal des voyous", chose qu'on a tendance à oublier aujourd'hui, l'acteur avec. Celui-ci s'est du reste retiré du milieu cinématographique après 1975 pour se consacrer à l'architecture, ce grâce à son diplôme jadis obtenu aux Arts et Métiers. Il est la meilleure raison de (re)découvrir Capitaine Singrid avec ses décors naturels, le film ayant été entièrement tourné en Angola.

 

 

Katanga, vous avez dit Katanga ? Impossible de ne pas y penser à la vision de ce Capitaine Singrid, sans même évoquer la présence d'un ancien nazi (campé par Fernando Poggi), comparaison qui ne fait que le noyer aux confins de tentatives françaises, certes honorables en tant que telles, mais qui déçoivent finalement au plus haut point. Tout simplement parce que tous les ingrédients du plaisir sont réunis, là, devant nous, pour finalement défiler en suscitant une relative indifférence.


Mallox



En rapport avec le film :

# À noter également l'implication de Jean Ardy, au scénario. Peu prolifique, on rappellera toutefois que le bonhomme co-scénarisera plus tard "Aphrodite" de Robert Fuest, "Flics de choc" de Jean-Pierre Desagnat avant d'entamer une courte carrière de producteur avec trois films : le cultissime "Rue barbare" mais aussi "Stress" de Jean-Louis "L'Imprécateur" Bertuccelli et "Signé Charlotte" de Caroline Huppert.

Vote:
 
0/10 ( 0 Votes )
Clics: 236
0

Autres films Au hasard...