Obsession infernale, L'
Titre original: Hauser's Memory
Genre: Science fiction , Thriller , Espionnage
Année: 1970
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Boris Sagal
Casting:
David McCallum, Susan Strasberg, Helmut Käutner, Lilli Palmer, Leslie Nielsen, Robert Webber, Herbert Fleichsmann, Hans Elwenspoek, Peter Capell, Barbara Lass, Günter Meisner...
Aka: La Mort vient du passé (sortie France, Nord, Alsace, source Encyclociné) / Ständig in Angst (Allemagne - RFA) / El enigma (Espagne) / La morte viene dal passato (Italie)
 

Ernst Kramer (Helmut Käutner), biochimiste réputé, a développé une méthode de "transfert de mémoire" qui lui a valu le prix Nobel. Joseph Slaughter (Leslie Nielsen), en charge des affaires internes au sein du gouvernement, le contacte afin qu'il effectue une dangereuse expérience : il ne s'agit plus de transférer chimiquement la mémoire d'un animal à un autre mais, cette fois-ci, de transférer une partie de la mémoire d'un certain Karl Hauser, un savant ayant fait en son temps des découvertes sur des missiles ; des secrets bien gardés dont les nazis voulaient s'emparer avant que ce dernier fut fait prisonnier par le KGB en Union-Soviétique. Mourant, il s'agit aujourd'hui de ramener rapidement Hauser aux États-Unis pour que sa mémoire et le fruit de ses recherches soient conservés. Pour ce faire, la CIA demande au jeune assistant de Kramer, Hillel Mondoro (David McCallum), de s'injecter lui-même le fluide cérébrospinal du vieux savant. Dès lors, la vie du jeune assistant se transforme en un enfer et la mémoire de Hauser prend peu à peu le contrôle sur lui...

 

 

Après une mise en bouche de pure science-fiction, L'Obsession infernale bifurque assez vite vers le pur thriller fait de souvenirs subits et de dangereuses révélations. Au gré d'une histoire aussi abracadabrante que mouvementée, le jeune biochimiste est "victime" de flashs qui font office de dangereuses révélations. De celles que nombreux aimeraient connaître. Même sa femme, Karen (Susan Strasberg) finit, dans son esprit, par se confondre avec Anna Hauser (Lilli Palmer), l'épouse du vieux savant à l'agonie dont il s'avère qu'elle fut à la solde des nazis. Finalement, plus Hillel Mondoro en apprend, plus il devient une proie de la CIA comme du KGB. Qui plus est, ces souvenirs qui ne sont pas les siens ont une fâcheuse tendance à modifier ses sentiments et, par conséquent, ses émotions. Il n'est pas exclu, au gré de ces réminiscences du passé, qu'il éprouve lui aussi du ressentiment et veuille se venger.

 

 

Comme vous pouvez le constater, Hauser's Memory propose sur le papier un programme des plus alléchants. Un menu copieux qui trouve sa source chez un certain Curt Siodmak.
Frère du réalisateur Robert Siodmak, l'homme est écrivain-scénariste mais aussi réalisateur. Plutôt spécialisé dans la science-fiction et l'horreur, on lui doit, en tant que réalisateur, quelques petites séries B sympathiques, bien que peu mémorables ("Bride of the Gorilla", Le Monstre magnétique, Curucu, Beast of the Amazon, ...). Sa carrière comme scénariste est cependant beaucoup plus riche (de nombreuses collaborations pour la Universal avec, notamment, "Le Retour de l'homme invisible", "La Femme invisible", "Le Loup-garou" ou bien encore "Le Fils de Dracula"). Siodmak est moins connu comme romancier. Pourtant, Hauser's Memory est adapté d'un de ses romans au titre éponyme, écrit puis publié en 1968 (et sorti en France en 1969 chez Gallimard dans la collection Série noire, sous le titre "La Mémoire du mort") qui est lui-même un remodelage de l'idée centrale d'un autre de ses romans : "Donovan's Brain".

 

 

À ce sujet encore, il convient de préciser que ce n'est pas le fruit du hasard si, dans L'Obsession infernale, l'un des grands dangers issus du passé n'est autre que l'Allemagne nazie. Rappelons que Curt Siodmak a fui cette même Allemagne nazie dès 1932, horrifié par le discours de Goebbels sur l'avenir du film allemand, avant de se voir confisquer tous ses biens sur son territoire d'origine. Rappelons aussi qu'il réussit à émigrer aux États-Unis après avoir dû faire la navette dans plusieurs pays et que, une fois acquise la nationalité américaine, il reçut une formation d'agent secret et se mit à rédiger des pamphlets contre cette même Allemagne nazie. Il paraît de fait tout à fait logique qu'il se soit servi de "Donovans Brain" ("Le Cerveau du Nabab" en France), son plus grand best-seller ainsi que son roman le plus adapté (au cinéma comme à la radio où, dès 1942, Orson Welles le reprit à son compte) pour en faire autre chose, ici un rappel des idées du IIIème Reich mais aussi, à sa manière, une peinture de la Guerre froide qui sévissait alors, encore que dans une phase de détente qu'on peut qualifier de "en demi-teinte".

 

 

Pour adapter à l'écran le roman de Siodmak (le petit écran puisque L'Obsession infernale est avant tout un téléfilm qui eut cependant la chance de sortir sur grand écran dans quelques rares pays), c'est un certain Adrian Spies qui s'y colle. Ce dernier est rompu à l'exercice d'écriture télévisuelle avec près de quarante années de loyaux services et des scénarios pour nombre de séries en vogue allant des années 50 jusqu'à la fin des années 80. N'oublions pas non plus sa forte contribution scénaristique pour Le Dernier train du Katanga. Quant à son réalisateur, il s'agit du très prolifique Boris Sagal que la plupart connaissent pour un film inégal mais devenu assez vite un classique, Le Survivant (The Omega Man, 1971). Alternant ses travaux pour le petit et le grand écran, Boris Sagal est, à l'instar d'Adrian Spies, un artisan au service de la télévision. On lui doit la réalisation de dizaines d'épisodes de "Mike Hammer" (période Darren McGavin), de "Peter Gunn", de "Bonne chance M. Lucky", des deux épisodes pilote "Des agents très spéciaux", etc. etc. mais aussi de quelques téléfilms de qualité honorable dont, par exemple, The Runaway Barge. En revanche, si sa mise en scène s’est toujours montrée professionnelle, elle ne s'est jamais caractérisée par sa vigueur, ni même encore par une tension excessivement distillée...

 

 

C'est tout le problème de L'Obsession infernale qui, sur les bases on ne peut plus solides énoncées plus haut, se contente d'illustrer platement jusqu'à sembler ne reposer que sur ses fondations. Le sentiment procuré est que, plus le récit avance, plus la tension croît, moins la mise en scène suit, et moins le suspens perce l'écran pour atteindre le spectateur. Un comble en vérité puisque, même dans ses moments les plus intrigants ou angoissants, Sagal reste, niveau tension et efficacité, inexorablement bien en dessous de son support et de ce qui nous est raconté. Du coup, L'Obsession infernale ne demeure rien de plus qu'une sorte de ratage intéressant qui a la chance de bénéficier d'un casting brillant. On peut d'ailleurs lui reprocher à ce niveau de réunir des acteurs de grand talent, dont Lilli Palmer (De Sade, La Résidence, ...), Leslie Nielsen ("Planète interdite", Day of the Animals, La Machine à tuer, Le Bal de l'horreur, Top secret!, ...), Robert Webber ("Les Douze salopards", "Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia", "Bande de flics", "S.O.B.", ...), Susan Strasberg (Hurler de peur, Psych-Out, Le Faiseur d'épouvantes, Les Tueurs de l'éclipse, ...) ainsi que le réalisateur allemand Helmut Käutner, auteur d'une bonne cinquantaine de films ("Le Dernier pont", "Le Capitaine de Köpenick", "Et tout le reste n'est que silence", ...) pour n'accoucher au final que d'une souris.
Quant à la présence, très correcte, de David McCallum, elle fournit l'occasion de conclure en bouclant la boucle. En effet, celui qui campera l'homme invisible dans la série télé du même nom, croise ici, par personnes interposées, l'auteur du scénario de "L'Agent invisible contre la Gestapo", Curt Siodmak donc, dans un téléfilm qu'on eut aimé voir doté d'une mise en scène plus... visible !

 

 

Mallox




En rapport avec le film :

# Le roman de Curt Siodmak :

 

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