Enfer des Zombies, L'
Titre original: Zombi 2
Genre: Zombie , Horreur
Année: 1979
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Tisa Farrow, Ian McCulloch, Al Cliver, Olga Karlatos, Lucio Fulci, Pier Luigi Conti, Auretta Gay...
 

A proximité de New York, alors qu'un garde-côte fouille un voilier qui semble à l'abandon, celui-ci est tué par un zombie tapis dans la cale. Le propriétaire de l'embarcation séjourne semble t-il aux caraïbes, et c'est là que se rend sa fille afin de retrouver sa trace et comprendre ce qui se passe...
Des trois films qu'on sera tenté de rapprocher et qui ont fait la gloire sinon la renommée tardive de son auteur, avec "Frayeurs" et "L'Au-delà", "L'Enfer des Zombies" reste peut-être le plus fréquentable pour le spectateur égaré, puisque ce dernier est, contrairement aux opus suivants, encore assez ténu au niveau scénario (du à Sachetti et sa femme) et relativement pauvre en effets gores, quand bien même ceux-ci sont très poussés, très creusés, très recherchés, et paradoxalement, tout en restant plus fondateur que les deux films qui suivront, servent de passerelle pour une fin de carrière allant du meilleur au pire. Une fin de carrière plus que poussive au sein de laquelle son auteur ne fera finalement que décliner tout ce qu'il y a déjà ici. Etrangement, et presque paradoxalement, à la revoyure, cet "Enfer des Zombies" me semble peut-être le plus faible des derniers maillons forts, du réalisateur romain. Ça se joue à pas grand-chose me direz-vous, juste que Lucio Fulci pour le coup, à suivre de trop près son scénario, perd parfois le rythme...

 

 

Paradoxal donc, puisque c'est cette épure scénaristique où les images se grefferont l'année suivante sur un squelette (procédé porté à son paroxysme avec "L'Au-delà") qui en fait toute sa force ; à force de juxtapositions de tableaux macabres, il emmènera alors ses films à la lisière d'un surréalisme onirique qui les figera un peu plus dans le temps, tandis que l'amateur de narration pure sera plus sensible à cet "enfer" là. Entendons-nous bien, il y a déjà tout dans "l'enfer des Zombies", enfin tout ce que l'on retrouvera ensuite au sein des chefs d'oeuvres décalés que sont "Frayeurs" et "L'Au-delà". D'ailleurs, deux jours après une nouvelle vision du film, que m'en reste t-il ?
Et bien en premier lieu, toutes les scènes tournées en extérieur à Haïti. Celles-ci sont magnifiques avec ce sable et cette poussière omniprésente emmenés par les vents et préfigurant les tableaux non moins magnifiques à venir. Ce sont ces scènes là qui a mon avis donne l'unité graphique de cette excellence de l'exploitation "zombiesque". On ne sera jamais assez grée à Lucio Fulci de posséder ce talent, voire cette préoccupation graphiste, occultée bien trop souvent à mon goût par le public et la critique, et qui l'emmène pourtant bien loin de la masse exploitante laborieuse transalpine, le hissant même dans sa volonté d'artisan surdoué malgré lui, à la lisière d'un cinéma d'auteur déviant. C'est là toute la force de Lucio Fulci que d'être parvenu à cet équilibre rare.
Pour poursuivre dans la voie ou l'absurde et le réalisme se conjuguent avec bonheur pour donc aboutir à ce no man's land infernal qui, il est vrai, ne fera jamais l'unanimité, tant au sein des amateurs que des détracteurs de Fulci, il y a deux séquences absolument dantesques dans le film. Tout d'abord une scène sous-marine que seul un esprit tordu a pu imaginer : Celle où un zombie aquatique, alors qu'une plongeuse allait se faire mordre par un requin, attaque le dit requin, lui mange un bout, tout en le chevauchant comme s'il dressait un cheval des mers, sauvant ainsi la jeune femme, mais laissant sans doute derrière cet acte, toute une génération de requins zombies en devenir, que l'on a du reste étrangement pas revus depuis cet étrange incident aux allures de n'importe nawak réjouissants. Qui d'autre aurait pu filmer ça tout en restant un tant soit peu crédible ? Franchement, hormis dans une parodie, j'ai beau chercher, je ne vois pas.

 

 

Ce qu'il y a de fort également, c'est la scène qui précède. Moins habillée que la jeune plongeuse, ma foi, c'est difficile ! On la regarde avec l'oeil de la complaisance, celle propre à ce qu'est le film, à savoir de l'exploitation (celle de "Zombie" de Romero bien sur), lorgnant parfois sur tout ce qui peut aguicher, à savoir pour le coup, un beau cul ! Rien de grave docteur, bien au contraire, cette scène préalable, prouve combien Fulci nage en eaux troubles, passant d'une scène complètement dispensable (quoiqu'agréable pour l'oeil donc et puis après tout, en quoi filmer un beau cul serait moralement condamnable ailleurs que chez les culs bénis ?), sollicitant nos instincts primaires (ou primates), pour partir complètement en vrille la scène suivante dans un délire, soulignons le, filmé de manière splendide, en plus de rester gravé dans toutes les mémoires. Cette capacité que possède le réalisateur à créer des moments d'anthologie, reste assez inédit dans ce cinéma là, qui cherche pourtant très souvent "l'anthologique" sans jamais l'atteindre réellement (là je balance quand même ! Il n'y a qu'à regarder "L'Avion de l'apocalypse" du piètre et parfois chanceux Lenzi pour voir l'abîme qui sépare le tâcheron peu imaginatif, du faiseur magnifique).

Autre scène mémorable : Son final, avec ses zombies lâchés (sans autorisation et donc filmé à la sauvette) sur le pont de Brooklyn, lequel laisse entrevoir l'invasion des Etats-Unis par Fulci, et ce "Zombi 2" pourrait finalement se regarder non pas comme une suite du magistral "Zombie" de Romero, mais plutôt comme une préquelle de "La Nuit des morts vivants", dans laquelle Fulci se démarquerait brillamment du succès sur lequel il surfe, convoquant les origines du zombie, se rapprochant alors davantage de Jacques Tourneur et son "Vaudou" que d'un quelconque succédané de Georges A. Romero.
De plus, on pourra facilement voir par cette invasion finale en marche, un pied de nez ironique à l'Amérique et au fait de venir marcher sur ces plates-bandes, signalant au passage de façon un poil provocateur, que le repreneur italien est ici en marche ! Serais-je le seul à voir cela que je le verrai encore. Point de postulat (sous-jacent ou non) politique à proprement parler, comme on peut le trouver chez Georges Romero... non, juste un pied de nez ironique qui lui rend malgré tout hommage en passant. Si l'on peut déceler un point de vue politique chez Fulci, ce serait plutôt dans sa démarche initiale, et le côté jusqu'au-boutiste inhérent à ses derniers films et c'est dans sa forme qu'on le trouvera peut-être, au contraire de son quatuor de gialli magnifiques ("Perversion Story" / "Le Venin de la Peur" / "La Longue nuit de l'exorcisme" / "L'Emmurée vivante"), où l'on pouvait encore y trouver en filigrane une critique sinon politique, en tout cas sociale, à l'instar de certaines de ses comédies où les institutions se voyaient mises à mal ou tout bêtement narguées ("Obsédé malgré lui", "Young Dracula").

 

 

On peut aussi rajouter à cette liste le dernier splendide coup d'éclat du metteur en scène, à savoir "L'Eventreur de New York" au accents presque moralistes, ainsi bien sur "Beatrice Cenci" qui dans sa forme autant que son fond et son discours sur le rapprochement de l'église et de l'état au profit de l'église lui valut les problèmes de censure que l'on sait. Après quoi Lucio Fulci changea complètement de cap, entamant sans doute une nouvelle carrière, qui sans cet incident, aurait à mon humble avis, été toute autre.
Ceci étant dit, qui viendrait finalement s'en plaindre ? Certainement pas votre présent chroniqueur, tant j'ai aimé à me baigner dans cette atmosphère trouble et morbide au temps des bons vieux vidéo club (qui permirent d'ailleurs de voir ces oeuvres là dans des versions non censurées par manque de législation en la matière), et tandis que je m'y replonge ces jours-ci, avec les mêmes délices qu'à cette époque bénie ; voire même encore davantage si l'on rajoute la nostalgie ainsi que les récentes éditions dvd qui ont permis à pas mal d'entre-nous de redécouvrir ces perles dans toute leurs dimensions graphiques.
En parlant de graphisme, les scènes qualifiées de "gore", sans atteindre toutefois (je me répète) la majesté de "Frayeurs" et de "L'Au-delà", restent cependant tout autant marquantes. L'énucléation en bonne et du forme à laquelle on assiste dans "L'enfer des Zombies", emmenant avec elle les copeaux d'une écharde plus que proéminente est littéralement somptueuse. Le travail de Giannetto De Rossi qest tout simplement prodigieux, et trouve là une sorte d'apothéose et d'harmonie avec l'onirisme propre à son metteur en scène, lesquelles seront donc au firmament l'année suivante. Les maquillages de ces morts-vivants suivent le travail historique de Fulci sur le monde des morts, et dans leur côté fossilisé, peuvent même paraître plus beaux que ceux de Tom Savini. Qu'on se le dise une fois pour toute, ces zombies là vieillissent bien (!), et l'on n'est pas près, ni de les oublier, ni de les ranger dans un quelconque placard propre au musée.

Si la partition de Fabio Frizzi me semble ici légèrement plus faible que dans ses collaborations suivantes avec le maestro, datant le film un peu plus que les autres, pour le reste, et au jour où j'écris ces lignes que cet "Enfer des zombies" vieillit bien !

 

 

Il y aurait sans doute mille autres choses à dire, sur les acteurs notamment (sobres, et mieux ou davantage dirigés que par la suite), sur l'importance historique de cette oeuvre et ce qu'elle engendra, mais arrêtons nous là, et retournons la voir, encore une fois...

 

Note : 8,5/10

 

Mallox
 
A propos du film :
 

# C'est à Fabrizio De Angelis que l'on doit l'existence du film. Après la sortie en Europe du "Zombie" de Romero, celui-ci contacta le scénariste Dardano Saccheti afin qu'il écrive un scénario à base de zombies. C'est ensuite Enzo G. Castellari qui sera pressenti pour le mettre en scène, mais celui-ci refusera officieusement pour des raisons éloignés de ses préoccupations artistiques, mais suggérant au producteur malgré tout le nom de Lucio Fulci qui a du reste déjà collaboré avec le scénariste notamment pour son "Emmurée vivante". De Angelis, après avoir vu le film, fut alors convaincu que le metteur en scène ferait l'affaire et l'engagea aussitôt. Comme quoi, cela ne tient pas à grand-chose...


# Autre fait notable, Dardano Saccheti, alors en contrat avec Dino de Laurentis ne pourra pas être crédité au générique où seul le nom de son épouse apparaîtra (Elisa Briganti).

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