Maison près du Cimetière, La
Titre original: Quella villa accanto al cimitero
Genre: Horreur , Maisons hantées , Possession
Année: 1981
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Catriona MacColl, Paolo Malco, Giovanni Frezza, Ania Pieroni, Giovanni Frezza, Dagmar Lassander...
 

Norman Boyle (Paolo Malco), un père de famille doit se rendre dans la maison des Freudstein pour poursuivre les recherches d'un collègue qui s'est suicidé. Accompagné de sa femme Lucy (Catriona MacColl) et son petit garçon Bob (Giovanni Frezza), ils se rendent dans cette vieille maison située tout près de Boston. Le petit Bob est en proie à d'étranges visions et Lucy n'aime pas beaucoup cette demeure. Des sons bizzares se font entendre et, de plus, une sépulture est disposée dans le salon, celle du chirurgien, Jacob Tess Freudstein (Docteur Fulci et Mister Freud ?). La maison des Freudstein bâtie près d'un cimetière n'est pas un endroit très rassurant et d'ailleurs, pourquoi la porte de la cave est-elle ainsi barricadée ?
J'aime beaucoup cette "Maison près du cimetière", et même si dans ma "relecto-revoyure" du tout Fulci, ma courte préférence ira peut-être au final à "L'Au-delà" et au "Venin de la Peur", j'avoue me trouver là dans un certain paradoxe. Maître du gore, poète du macabre ? Oui, sans conteste. Spécialiste savant de l'onirisme serais-je tenté d'ajouter. A revoir l'oeuvre totalement fantasmatique dans laquelle le réalisateur s'est toujours évertuée à combattre son rationalisme originel, pour tenter de trouver refuge dans des mondes parallèles à tendance morbide, en accord avec un tempérament anxieux, pessimiste, en même temps que bourru, l'amenant sans cesse dans la provocation et dans une démarche jusqu'au-boutiste, renvoyant rageusement au spectateur, le miroir de ses propres démons et des sombres alternatives qui le mineraient lui-même, comme s'il voulait le mettre face à ses responsabilités, cette démarche là, constante, tout au long de son oeuvre à souvent gagné la mise sur le support narratif, quitte à le remplacer même, et à revoir ses films, l'onirisme noir s'avère peut-être le chaînon manquant aux qualificatifs évoqués ci-dessus, et c'est peut-être là qu'au final Lucio Fulci excelle le plus. D'où mes petites préférences du moment citées plus haut, qui ne sont sans doute le fait que d'une envie particulière et personnelle à tendance lunatique.

 

 

"The House by the Cimetery" est presque le contraire de cela. Dans une vision plus académique, je dirai qu'il n'est pas loin d'être l'un des tous meilleurs films de son auteur, dans ce sens qu'au niveau narratif, c'est le plus ténu avec "L'emmurée vivante", et qu'au niveau rythmique, c'est sans aucun doute celui qui possède le moins de lacunes avec "Le Temps du Massacre". Le rythme ne se dément jamais et va même crescendo, et dans le domaine de la terreur, le réalisateur y excelle comme jamais. Cette maison là qui fait le décor du film, fait flipper à un peu à l'instar du village de Dunwich dépeint dans le tout autant tétanisant "Frayeurs". Il s'agit sans doute dans la filmographie du maestro de ses deux maîtres d'oeuvre de l'effroi. A ce tire, "L'enfer des Zombies" restent un entre-deux extrêmement passionnant, mais j'y reviendrai plus tard.

Pour en revenir vraiment à cette maudite maison, qui pourrait se voir comme le dernier d'une trilogie de la peur de la mort et des portes de l'enfer à ne pas ouvrir, en même temps qu'une trilogie Catriona MacColl, la peur y est à nouveau magnifiée et l'actrice, magnifique, y livre peut-être là sa meilleure prestation dans sa plongée au sein du monde Fulcien des morts (bien malgré elle semble-t-il / l'héroïne tout comme l'actrice Britannique qui s'est vue parachutée dans "Frayeurs", n'y connaissant rien au cinéma d'horreur et sans doute un peu plus perplexe à la base...).
Evidemment, Fulci, roi de l'exploitation (mais auteur à la fois, ce qui est plus rare) a largement puisé dans les classiques de l'horreur américaine pour bâtir son récit. Une pincée d'"Amityville" pour la maison, une bonne cuillerée de "Shining" aussi, avec notamment au-delà du postulat, un père qui découpe une porte à la hache et frôle la tête de son fils, un enfant qui converse de manière plus ou moins télépathique avec une petite fille imaginaire, et une citation finale qui semble à la fois servir de caution, tout en restant légitime dans une relecture interprétée par Fulci, qui tout en demeurant la plus personnelle qui soit, ne trahit pas forcément l'écrivain. Et la citation finale du film : "Les monstres sont-ils des enfants, ou bien les enfants sont-ils des monstres ?" est loin d'être un emprunt éhonté au regard du film et plus particulièrement du final auquel on vient juste d'assister, assez astucieux, même si déjà vu ailleurs (mais souvent plus tard / "Les autres").

 

 

Pour le domaine pur de la peur et de l'efficacité du film à ce niveau, 25 ans après, "La Maison près du cimetière" fait encore peur, et contrairement à d'autres films de son auteur possède un rythme plutôt effréné, recelant à nouveaux un paquet de scènes éprouvantes, et comme déjà dit ailleurs, le réalisateur n'a pas son pareil pour distiller son climat avec son lot de peurs primales, et ici la "peur enfantine du placard" a rarement été aussi excellemment exploitée, emplissant dans le même temps cette maison habitée par les morts, de bruits hypertrophiés, de pleurs d'enfants, de scènes de pénombre où chaque recoin peu cacher le pire, et où la mort rôde derrière un mur, une porte, une boîte, bref, chaque recoin peut receler quelque chose de mortel, sinon en relation. Descendre dans une cave est une épreuve pour le spectateur, et en remonter n'est pas une certitude pour les personnages qui pourraient s'y aventurer. A ce titre, chaque marche d'escalier pourra compter.
Bien sur, comme d'habitude, on trouvera pas mal de sujets ou détails amorcés qui seront oubliés au passage, Fulci éludant les explications, notamment dans l'étrange relation entre Norman et la baby-sitter qui paraît pourtant trouble, on n'en saura pas plus, où dans ces cris d'enfants dont on ne saura jamais la provenance. Ceci étant, cela contribue au mystère et à la valeur du film, au lieu d'explications plus ou moins vaseuses qu'on pourrait trouver un peu partout ailleurs dans la production. C'est peut-être là aussi, où Fulci se démarque du lot. Ce défaut (ou parfois ce choix), devient quand la mise en scène suit, un presque atout, l'exemple le plus évident en étant "L'Au-delà" où le tout décorum parvient à faire office de narration, et à l'instar des presque tous les grands films du réalisateur, c'est une nouvelle fois le cas avec cette bien belle maison où les trous narratifs viennent participer au mystère et ne font que renforcer l'impact de scènes d'anthologie d'une horreur explicite, chère à son auteur, et les meurtres y sont ici une nouvelle fois splendides.

 

 

Cette gorge savamment tranchée qui finit par détacher la tête du corps auquel elle appartient, pour rebondir sur les marches de la cave et finir sa course sur le béton humide, vaut tous les paniers à 3 points du monde et Giannetto de Rossi nous transforme à nouveau les éclairs gores les plus beaux qui soient en magnifiques morceaux de cinéma putrides, faisant corps à corps avec Fulci, perforant les boîtes crâniennes au couteau le mieux aiguisé qui soit afin d'en faire ressurgir la lame par la bouche, se substituant dans une classique grimace, à la langue, troue les corps à l'aide de barre de fer les plus sales pour enfin achever leurs marionnettes de la mort, visant artère carotide et autre veine jugulaire, tripatouillant dedans dans des curetages profonds et baroques de toute splendeur, nous offrant en passant l'une des visites les plus belles que l'on puisse voir avec les catacombes de Palerme, à savoir, les tréfonds de cette maison, clairsemés de vieux morceaux de cadavres comme des marguerites dans un champs, tant cela semble naturel et couler de soi pour nos deux maîtres disséqueurs de la mort après la mort, nous faisant sortir de son antre, le dernier né de leur famille zombiesque, et pas le plus laid, loin s'en faut, à travers une autre porte de l'enfer à nouveau trouvée ici, achevant de manière fantastique, avec cette "maison près du cimetière" l'exploration magnifique d'un outre-tombe imaginaire mais rendu quasi-palpable, tant l'on sait que cette magie ne sera plus jamais atteinte ensuite, on ne peut que tirer son chapeau devant tant de fulgurances, devant cette nouvelle peinture d'intrusion du monde des morts dans le monde de la vie, lequel ne vient que pour s'y substituer, et regretter qu'à ce jour, on ai pas retrouvé de meilleur représentant et porte-clés pour ouvrir la porte infernale, que Monsieur Fulci qui livre ici l'un de ses derniers grands films, sinon le dernier.

 

 

Pour finir, si l'on excepte la présence d'un enfant au physique tête à claques (Giovanni Frezza / "Manhattan Baby"), ainsi qu'un acteur principal doté d'autant de charisme qu'un frigidaire (Paolo Malco / "L'éventreur de New-York"), qui achèvent de constituer un casting des plus inégal, alors qu'ailleurs Catriona MacColl, Ania Pieroni ("Inferno" / "Ténèbre") y sont excellentes, et sont même dépassées par l'inquiétante gamine jouée par Sylvia Collatina ("Murderock"), le tout étant photographié une fois de plus par le grand Sergio Salvati auquel, il faut le dire quitte à se répéter, Lucio Fulci doit beaucoup, avec qui plus est, une musique obsédante et inspirée de Walter Rizzati qui n'a pas grand-chose à envier ici au grand Fabio Frizzi, achevant d'emmener "La maison près du cimetière" dans une ambiance terrifiante, morbide et délétère, bref, on a là un grand film de peur primale. Voire, l'un des derniers joyaux que le genre ai pu nous offrir.

 

Note : 8,5/10

 

Mallox
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