Pulsions Cannibales
Titre original: Apocalypse Domani
Genre: Horreur , Action , Cannibalisme
Année: 1980
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
John Saxon, Elizabeth Turner, John Morghen / Giovanni Lombardo Radice, Cinzia De Carolis, Tony King...
Aka: Cannibal Apocalypse / Savage Apocalypse / The Slaughterers (Angleterre) / Cannibals in the streets / Invasion of the Flesh Hunters (Etats-Unis) / Virus (Espagne)
 

 

Tout commence dans la jungle vietnamienne, où nous suivons une unité de soldats américains chargée d'une mission de sauvetage. Au cours du raid, une jeune femme est brûlée vive au lance-flamme. Son corps tombe dans un trou dans lequel sont détenus deux prisonniers, qui vont se dépêcher... de la dévorer !
C'est en voulant les libérer que le capitaine Hopper(excellent John Saxon, aperçu dans "Opération Dragon", Ténèbres...) sera mordu par l'un d'eux. Les deux soldats, pendant leur captivité, ont contracté une étrange maladie. Ainsi, toute personne mordue ou griffée par eux se transforme à plus ou moins long terme en dangereux cannibale.

 

 

Isolé dans un hôpital depuis leur retour, l'un d'eux réussit à s'évader, après avoir agressé une femme dans un cinéma. Il se retranche dans un magasin. Il faudra l'intervention du capitaine Hopper pour l'arrêter, mais... trop tard, l'épidémie est en route.

Un policier et une infirmière en seront les premières victimes. Si le policier est abattu dans son commissariat après avoir agressé deux collègues, l'infirmière contaminée va libérer les deux malades. Le héros, interprété avec justesse par John Saxon, comprend alors qu'il est condamné à devenir lui aussi un cannibale. Il décide de rejoindre ses anciens compagnons d'armes et de les aider. Le petit groupe est poursuivi jusque dans les égouts et exterminé. Seul le capitaine réussit à s'enfuir et se réfugie chez lui !

 

 

Antonio Margheriti, malgré une filmographie variée et originale, n'a jamais connu la notoriété ni la renommée de certains de ces compatriotes (Fulci, Lenzi...). Pourtant, loin d'être un simple tâcheron, c'est un solide "artisan" qui a touché à tous les genres, toujours avec le même savoir-faire et le même talent. Dans les années 60, il se fait remarquer en filmant la sublime Barbara Steele dans deux oeuvres vénéneuses de gothisme : Danse Macabre et "La Sorcière Sanglante". Il réalisa aussi à la même époque pas moins de six films de science-fiction (dont le mythique Wild Wild Planet), faisant de lui un précurseur dans le domaine des effets spéciaux.
Plus tard, sa fructueuse collaboration avec le producteur/réalisateur allemand Erwin C. Dietrich aboutira au tryptique Nom de code : Oies Sauvages, Commando Léopard et The Commander.

Dans les années 1979-81, les deux couleurs les plus populaires en Italie sont le rouge sang et le vert cornichon : en effet, nous sommes alors en pleine vague gore. Zombies et cannibales étripent sec, la bidoche est arrachée à pleines dents, des geysers de sang inondent l'écran, le tout dans une surenchère constante qui va donner naissance à des chefs-d'oeuvre de nullité tels que le mythique "Zombie Holocaust/La Terreur des Zombies". Le genre fut assez éphémère, mais a permis à certains réalisateurs comme Fulci ou Deodato de connaître une période de gloire et une reconnaissance qui dure encore.

 

 

Margheriti s'était quant à lui plutôt tenu à l'écart de cette frénésie sanguinolente, même s'il avait co-réalisé Du Sang pour Dracula et Chair pour Frankenstein quelques années plutôt. Quand on lui propose la réalisation de cette co-production italo-espagnole, il est plutôt réticent, car le réalisateur n'est que peu attiré par le genre, et se demande comment aborder le film. Il décide alors de contourner habilement le problème en utilisant le canevas d'un film d'action classique (un domaine qu'il connait mieux) et va ajouter plusieurs séquences sanglantes du plus bel effet.
Le mélange est des plus surprenants. Hors de leur contexte habituel (la jungle) et filmées dans un décor urbain, les séquences de cannibalisme mettent vraiment mal à l'aise. On peut ainsi assister à quelques joyeusetés telles qu'une jambe tailladée jusqu'à l'os par une scie circulaire, une infirmière qui arrache la langue d'un médecin lors d'un baiser fougueux pour la recracher sur le sol, une jeune femme sauvagement mordue dans un cinéma, un loubard qui a la tête fracassée contre une vitre de voiture pendant qu'un autre se fait arracher les yeux... Outre ces débordements sanglants, le cinéaste n'hésite pas à expérimenter, tant au point de vue de l'écriture (il a participé à la rédaction du script) que dans sa mise en scène. On peut ainsi assister à quelques séquences typiquement bis, dont l'explosion d'un chien piégé (!), un policier filmé à travers l'orifice béant qu'il vient de faire au fusil à pompe dans le ventre d'un fugitif (des années avant "La Mort vous va si bien" et ses effets numériques), le personnage de la jeune voisine nymphomane et sa petite culotte filmée en gros plan, la femme de Hopper qui vient téléphoner chez ses jeunes voisins dont le comportement est des plus étranges (normal ils viennent de manger leur tante !), Hopper qui revêt son uniforme avant de mourir, ainsi que le plan final du frigo.

 

 

Interdit dans plusieurs pays, le film s'est taillé au fil du temps une solide réputation au Japon et aux États-Unis, où il est souvent cité dans la liste des meilleurs films de cannibales, derrière le mythique et indétrônable "Cannibal Holocaust".
La silhouette d'un policier, filmée à travers le trou pratiqué dans l'estomac d'un homme, est devenue une scène mythique (voir l'affiche japonaise), même si Margheriti avouait qu'il n'en était pas très satisfait. Une scène que nous n'avons pas pu apprécier chez nous, car la version proposée en France fut honteusement amputée de tous les effets gores lors de sa sortie en vidéo (merci American Vidéo).
A cause de cette censure, le film ne trouva simplement pas son public. Il déçut les amateurs de gore, attirés par une superbe jaquette et un titre des plus explicites et rebuta les autres. Le film tomba alors dans l'oubli, faisant le bonheur des brocanteurs et des rats de vidéoclubs.

Il était donc vivement conseillé, pour véritablement apprécier la chose, de visionner la version intégrale sortie en DVD zone 1 au États-Unis ou l'édition zone 2 sortie en Angleterre après des années d'interdiction. En effet, le film (comme beaucoup de films d’horreur italiens de cette époque) a longtemps fait partie de la fameuse liste des "Video Nasties", soixante-quatorze films totalement interdits sur le territoire anglais.
Mais fort heureusement, Pulsions cannibales va sortir très bientôt chez l'éditeur francophone Le Chat qui Fume, dans sa version intégrale.

 

 

S'il n'a pas la poésie morbide d'un Fulci ou la férocité d'un Deodato, Margheriti demeure un touche à tout de génie, un artisan dans le sens noble du terme. Une fois de plus, il démontre son incroyable maîtrise des scènes d'action (voir l'époustouflante séquence d'ouverture dans la jungle, ou la traque dans les égouts reconstituée en studio) et une aptitude à utiliser au mieux ses acteurs. N'a-t'il pas, pour preuve, tourné plusieurs films avec l'infernal Kinski ?!

Malgré cela, le metteur en scène n'arrive pas toujours à éviter quelques incohérences et maladresses. La plus flagrante étant la période d'incubation, beaucoup plus longue pour le personnage de Hopper que pour les autres victimes, contaminées en quelques heures !
Toutefois, il était grand temps de réhabiliter cette oeuvre singulière et inhabituelle... qui fut même un temps reniée par son réalisateur, tout surpris lorsqu'il lira dans une interview que c'était l'un des films préférés de Quentin Tarantino.

Voilà donc un pur produit d'exploitation, sanglant et efficace, qui essaye d'instaurer une ambiance morbide et déroutante où, pour une fois, les cannibales ont le "beau" rôle, et avec en même temps une petite réflexion sur la réhabilitation des vétérans (légère, on est quand même dans du bis italien).
C'est par conséquent une oeuvre à (re)découvrir, dont les similitudes avec certains films contemporains sont trop flagrantes pour n'être le fait que du hasard (cf : 28 jours après) ; et en tout cas un film qui vaut bien mieux que les cannibales édentés de ce roublard de Lenzi !

 

The Omega Man

 

 

En rapport avec le film :

 

# Le dvd Le Chat qui Fume de Pulsions Cannibales

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