Sonny and Jed
Titre original: J. and S. - Storia criminale del far west
Genre: Western spaghetti
Année: 1972
Pays d'origine: Italie / Espagne / Allemagne
Réalisateur: Sergio Corbucci
Casting:
Tomas Milian, Susan George, Telly Savalas, Rosanna Yanni, Franco Giacobini, Eduardo Fajardo, Laura betti, Herbert Fux, Gene Collings...
Aka: Far West Story / La bande J & S
 

Le shérif Franciscus à juré d'attraper Jed, bandit notoire à fortes tendances anarchisantes. Malheureusement pour lui, il ne cesse d'échouer dans ses tentatives et lorsqu'il n'est pas loin de son but, Jed est alors assommé puis sauvé par une jeune femme du nom de Sonny, qui le cache dans sa carriole. Très vite, Sonny pose ses conditions et demande à Jed de lui apprendre à être un bandit, ce qu'il accepte à contre coeur, pour le meilleur et le pire aussi...

 

 

Drôle d'oiseau que ce film ci, rempli de pas mal de noms d'oiseaux justement, dû à un Sergio Corbucci certes un peu moins inspiré que dans sa petite poignée de chef-d'oeuvres que sont "Le Grand Silence", "Companeros" ou encore "Le Mercenaire", mais pas pour autant négligeable, loin s'en faut. Evidemment, du réalisateur "engagé enragé" italien (ici pour le coup, très dégagé, il faut bien le dire), on ne sera pas surpris par la qualité des cadres et autres prises de vue, tant il parvient à exploiter une fois de plus avec une âpreté élégante qui n'appartient qu'à lui ces somptueux décors et ces icônes noires qui les parcourent tels des êtres fantomatiques errant en enfer, tant le paradis leur sera inaccessible de par le trop grand nombre de méfaits dont ils sont d'ores et déjà coupables avant même que le film ait commencé.
Idem pour les picaresques aventures de Sonny and Jed (Tomas Milian et Susan George) qui ne leur laisseront que peu de répit, étant à la fois hors la loi et pourchassés par le plus que tenace Shérif Franciscus (Telly Savalas), tout de vison vêtu. Ceux-ci traverseront les déserts rocailleux, attaqueront les banques, seront torturés, construiront un radeau pour s'enfuir, s'aimeront et surtout se déchireront. Bref, les péripéties ne manquent pas, et même si la vitalité d'un "Mercenaire" n'est pas tout à fait au rendez-vous, cela semble dû à un Corbucci semblant un peu plus désabusé qu'à l'accoutumée, qui se met au diapason dun Ouest désenchanté ici dépeint.

 

 

Un peu normal me direz vous, puisque c'est un démarquage de "Bonnie and Clyde" auquel on assiste, mais version verdâtre, "hénaurme", en plus d'une ballade décalée dans un Ouest sans rachat possible. Quand bien même ce dernier serait recherché par nos deux acolytes, qu'ils ne le trouveraient jamais, tout étant comme je l'ai déjà dit, joué d'avance. Le trait y est donc énorme dans la grossièreté, et à plusieurs reprises, nous ne sommes pas très loin parfois d'un "affreux, sales et méchants" dans le trait des personnages populaires issus de rien et dont certaines valeurs leur échappent à la base. Tel est Jed, campé par un Tomas Milian plus cabotin que jamais et qui porterait presque le film sur ses épaules, tant ce western doit à ses dialogues d'une vulgarité à la fois grotesque mais jubilatoire, mais peut-être aussi plus réaliste que dans le genre en général (voir la récente série "Deadwood" produite par Walter Hill ou, plus d'époque, "John Mac Cabe" de Altman).
Les dialogues tout en finesse y sont légion : "Attends moi salope, tu es ma femme, ma mère, tu es tout pour moi" ; "Putain, une femme, viens que j'te baise, ma pute !" Bref, ils sortent tous de la bouche de Tomas Milian, ici plus Ché que jamais, et dont la plus grande invention du siècle serait les spaghettis ! ("le type qui a inventé ça a dû se faire des couilles en or !"...)
Alors si l'on est un peu perplexes au départ, à la longue, et puisque ce traitement ne se dément jamais, ça finit par fonctionner plutôt bien, même si je regretterais à certains moments un léger manque de sobriété de la part de l'acteur qui, comme la bête qu'il est, ne s'arrête absolument jamais durant 90 minutes.

 

 

C'est aussi un film gigogne auquel on assiste, puisque d'un côté, on suit les péripéties du couple de hors la loi, avec notons le tout de même, une excellente Susan George tout juste sortie des "chiens de paille" de Peckinpah, et qui suit dans une sorte de parcours initiatique ce bon Jed, dans des élans quelques peu masochistes puisqu'elle ne cessera de se prendre tartes et jurons, mais sera enfin déflorée, ce qui semble être son objectif de longtemps, et finalement obtiendra ce qu'elle est venue chercher chez le bandit. Gigogne donc, puisque d'un côté, on a Sonny (La très belle Susan George), qui pour se faire aimer du bandit macho, n'hésitera pas à jouer au garçon manqué, pensant ainsi attirer sa sympathie, puis peut-être l'amour. Ce qu'elle trouvera au final sera son émancipation, et à Corbucci d'offrir un très beau portrait de femme, ainsi qu'un western au relents féministes, chose extrêmement rare au sein du genre, déjà que les femmes y jouent rarement un grand rôle. Là, c'est un peu le contraire, si elle a besoin de Jed, celui-ci finit par n'exister que par qu'elle.
Film gigogne à nouveau, puisqu’en parallèle, ceux-ci sont éternellement pourchassés par le sherif Franciscus qui ne semble, lui, ne vivre que pour attraper ce salopard de Jed qui ne cesse de lui glisser entre les mains depuis toujours. Telly Savalas, sans forcer son talent, et restant même le plus sobre dans cette aventure qui ne l’est pas pour un sou, est assez épatant en homme patient qui attend son heure, alors qu'il se fait faire la nique chaque fois par son ennemi juré.
C'est à nouveau à Sam Peckinpah auquel m'a fait penser le rapport entre les deux hommes, et notamment au très sous-estimé "Le convoi", dans lequel Ernest Borgnine dans le même rôle de shérif régulateur, n'existait plus sans la haine qu'il pouvait avoir envers Rubber Duck (Kris Kristofferson), et dès lors que celui-ci perdait (enfin) la partie, tout ce qui le portait s'effondrait alors, le laissant seul avec lui-même, sans cause ni destin. On retrouve un peu de ce thème dans "Far West story" (titre US), à la différence que les destinées n'y seront pas les mêmes. Quoiqu'il en soit, ce thème du "double-anti" est quelque chose de très intéressant au sein du film.
N'oublions pas non plus en passant et avant que j'oublie, l'impeccable prestation de Laura Betti dans un rôle de matrone des putains, qui serait presque la soeur jumelle de Jed. même langage, mêmes moeurs venus du caniveau...

 

 

Pour les défauts si j'ai déjà dit que Milian en faisait peut-être un peu trop (mais l'étrange doublage français de ma copie n'y est peut-être pas pour rien), il y a toutefois quelque chose d'un peu répétitif dans la trame et les querelles redondantes entre Sonny et Jed. Cette redondance est à la fois sa limite, mais aussi l'une de ses paradoxales qualités, puisque le film prend presque des allures de chanson, avec ses couplets et refrains. La partition de Morricone n'y est sans doute pas pour rien. Pareil, un petit détail qui m'a échappé et qui m'a semblé n'être pas loin de ce qu'on nomme un trou narratif, c'est ce shérif que l'on retrouve aveugle tout d'un coup... peut-être a-t-il été victime d'une explosion au préalable et que j'aurais loupé, peut-être manque-t-il une bobine à ma copie, peut-être aussi, j'aurais loupé un dialogue important lors d'une pause pipi, mais j'avoue que cela m'échappe encore à ce jour, d'autant que je ne l'ai pas vu seul...
Pour finir quand même, il s'agit d'un film relativement rare, et qui recèle assez de qualités pour mériter d'être découvert...

 

Note : 7,5/10

 

Mallox
 
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