Duo de la Mort, Le
Titre original: Femina Ridens
Genre: Thriller , Psychédélisme
Année: 1969
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Piero Schivazappa
Casting:
Dagmar Lassander, Philippe Leroy, Lorenza Guerrieri...
Aka: The Frightened Woman
 

Le Docteur Sayer est une personnalité influente à la tête d'une organisation philanthropique. En dehors de ses activités professionnelles, l'homme a pour habitude d'inviter une call-girl le week-end, qu'il paie généreusement afin qu'elle se plie à ses jeux pervers. Des vices qui trouvent leur origine dans l'enfance du médecin, et qui ont entraîné chez lui un complexe vis-à-vis du sexe féminin. Ce complexe, lié entièrement au sexe, tourne à la phobie généralisée, le médecin étant persuadé que les femmes veulent dominer le monde, et se préparent en secret à imposer leur suprématie, tant du côté sexuel que sur le plan social.
Le philanthrope célibataire se"venge" donc chaque fin de semaine, avec une femme acceptant (contre rétribution) de se soumettre aux fantaisies de Sayer, d'influence sadienne, et dans lesquelles le sadomasochisme tient une place prépondérante, ainsi que le bondage. Misogyne à l'extrême, Sayer prend son pied en humiliant son"invitée", faisant d'elle une esclave docile et obéissante. Persuadé qu'à l'instar de la femelle scorpion qui tue le mâle au moment de la copulation, il pourrait lui arriver la même chose, le philanthrope ne va jamais jusqu'à"l'acte" avec les différentes femmes qu'il fait venir dans sa résidence secondaire.
Sa frustration n'en est donc que plus grande, confinant à la maladie mentale, bien que dans le civil Sayer soit un homme respectable et estimé par ses confrères.

 

 

Un jour, il reçoit la visite, dans son bureau, d'une charmante jeune femme : Maria Erbström. Celle-ci travaille depuis peu en tant que journaliste, au sein de la fondation dirigée par Sayer. Maria doit rédiger un article sur la stérilisation masculine aux Indes et en Orient. Ayant appris que son patron possédait des ouvrages spécialisés dans ce domaine, elle lui demande donc s'il serait possible de les consulter. Sayer est disposé à lui prêter les livres en question dès lundi (la conversation ayant lieu vendredi après-midi). Le médecin est plutôt énervé, car la call-girl qui devait venir ce week-end chez lui a décliné le rendez-vous au dernier moment.
Très vite, la conversation entre Sayer et Maria dérape. La jeune femme est favorable à la stérilisation masculine dans certains cas, alors que pour le médecin, la fertilité du mâle doit demeurer intacte. Malgré cette divergence d'opinion, le philanthrope accepte de recevoir Maria le soir même afin qu'elle récupère les ouvrages dont elle a besoin.

 

 

Après lui avoir montré quelques tableaux et sa collection de dagues, Sayer offre un whisky à Maria. La boisson est droguée. Le médecin transporte son hôte inconsciente dans sa résidence. Puisque la fille qui devait venir ce soir s'est désistée, c'est Maria qui la remplacera.
Lorsqu'elle se réveille, elle découvre qu'elle est menottée dans une pièce obscure. Sayer lui fait face, une dague à la main. La conversation entamée l'après-midi reprend de plus belle, le médecin se montrant hostile à l'insémination artificielle, annonçant selon lui l'ère de l'indépendance sexuelle totale de la femme. Mais il pousse beaucoup plus loin dans son délire, étant convaincu que dans un proche avenir les"femelles" voudront se passer des hommes, en ayant recours à la parthénogenèse.
Pour Maria, il ne fait aucun doute que Sayer est fou, d'autant plus que ce dernier lui fait croire qu'il a déjà tué plusieurs femmes. Il attend de la jeune femme qu'elle se comporte en esclave soumise, et qu'elle n'oublie pas un seul instant qu'il a le droit de vie ou de mort à son égard.
Commence alors un week-end de folie, où les rapports entre les deux protagonistes ne cesseront d'évoluer, jusqu'à un dénouement pour le moins inattendu.

 

 

"Femina Ridens" (traduction littérale :"La femme qui rit"), je ne vous le cacherai pas, est l'un de mes films de chevet, qui parvient toujours à m'enthousiasmer, à me fasciner, chaque fois que je le revois. C'est une plongée dans l'exploration de la manipulation mentale, dans un contexte pré-seventies faisant de ce film un chef d'oeuvre du psychédélisme, du pop-art, à partir d'un scénario surréaliste, que l'on doit au réalisateur : Piero Schivazappa. Metteur en scène peu connu, il a essentiellement travaillé pour la télévision, et très peu pour le cinéma. 1969, année érotique s'il en est, est à marquer d'une pierre blanche, ne serait-ce que pour ce"Femina Ridens", permettant à un couple d'acteurs de se livrer comme jamais ils n'en avaient eu l'occasion. D'un côté : Dagmar Lassander, généralement cantonnée à des seconds rôles ("Une Hache pour la Lune de Miel","La Louve Sanguinaire"), et ici au zénith de sa beauté et de son talent ; et de l'autre : Philippe Leroy, grand acteur qui a été formidable autant dans le cinéma de genre ("Milan Calibre 9"), que dans le cinéma plus classique ("Portier de Nuit"). Le Français et la Tchécoslovaque sont ici tout simplement magistraux, dans un huis-clos comparable (au niveau de la performance d'acteurs) au "Limier" de Joseph Mankiewicz, qui sortira trois ans plus tard.
Manipulation, jeu du chat et de la souris, rapports de domination et de soumission figurent donc au menu de"Femina Ridens", avec en plus les rapports sadomasochistes des deux protagonistes, l'influence du Marquis de Sade, un univers qui n'est pas sans rappeler celui de Radley Metzger, auteur à la même époque de"Camille 2000". Metzger est d'ailleurs crédité au générique, même s'il n'a pas collaboré au film en lui-même. L'atmosphère de"Femina Ridens" respire la créativité artistique de cette époque à chaque instant, depuis l'architecture futuriste de la villa, la dominante noir et blanc contrastant avec les sculptures de Niki de St Phalle, artiste française qui fut membre des Nouveaux Réalistes, et qui réalisa notamment la femme gigantesque pourvu d'un vagin denté à l'intérieur duquel Philippe Leroy pénètre à un moment du film.

 

 

N'oublions pas non plus la formidable bande originale, que l'on doit à Stelvio Cipriani, nous gratifiant en l'occurrence de morceaux tantôt "lounge", tantôt psychédéliques, plus un titre aux forts accents de western spaghetti. On y trouve également une cantate d'Alessandro Alessandroni, qui fut aussi un compositeur et un musicien d'exception, un excellent siffleur (c'est lui que l'on entend siffler dans les westerns de Morricone). Alessandroni a notamment composé la musique de "La Nuit des Pétrifiés", particulièrement envoutante.
Dans"Femina Ridens", Schivazappa se montre tour à tour misogyne et misandre, jongle avec les genres, alternant suspense et comédie, allant jusqu'à se permettre une parodie des romans-photos irrésistible. Le film est une succession ininterrompue de scènes anthologiques, et il est impossible de les citer toutes. On peut évoquer le passage où Sayer oblige Maria à faire l'amour avec un double en latex du médecin ; le petit-déjeuner en face à face, avec Sayer avalant goulument une tartine tandis que Maria est bâillonnée ; la scène de la salle de bains, avec Leroy sautant de sa baignoire et s'agrippant à un trapèze, avant de se faire masser les pieds par une Dagmar Lassander au début de son conditionnement. Et puis, la douche au jet dans la piscine, finissant par vaincre la volonté de Maria. Tombée d'épuisement, Sayer met un pied sur le corps de sa victime, posant fièrement devant l'objectif d'un appareil photo, tel un chasseur avec son trophée.

 

 

Enfin, il faut avoir vu la danse psychédélique de Dagmar, uniquement vêtue de gaze dissimulant à peine sa poitrine et son bas-ventre, se trémoussant sur le mobilier"arty" de son geôlier, au son de la musique enivrante de Cipriani. Une scène ou les rapports de domination/soumission sont momentanément remplacés par un exhibitionnisme/voyeurisme on ne peut mieux retranscris, teinté d'un érotisme très fort sans être scabreux.
Bref,"Femina Ridens" est une oeuvre unique, qui ne se rattache pas à un genre particulier, et dans laquelle le réalisateur égratigne avec beaucoup d'ironie autant le machisme que le féminisme. C'est un film très représentatif de son époque, à cheval entre la décennie du mouvement psychédélique et celle à venir annonçant la libération des moeurs.
"Femina Ridens" a connu une sortie vidéo en France, sous un titre très peu équivoque :"Le Duo de la Mort". Il mériterait à coup sûr de sortir des oubliettes, et qu'un éditeur lui rende un nouvel hommage, fort justifié.

 

Note : 9,5/10

 

Flint
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