Anthologie des scènes érotiques
Genre: Erotique , Document
Année: 1975
Pays d'origine: France
Réalisateur: José Benazeraf
Casting:
Plein d'acteurs recensés dans la filmographie de l'auteur...
Aka: Séquences interdites
 

Le vrai titre est en fait "Anthologie des scènes interdites des films érotiques ou pornographiques de José Benazeraf… par lui-même", même si le mot "pornographique" apparaît superflu, dans la mesure où l'éditeur a dû se rabattre sur une version soft (oui, car la censure n'est pas morte) pour éviter tout problème. Cette anthologie dure de ce fait 72 minutes, sachant qu' à l'origine, lors de sa sortie (sous le titre plus bref "Séquences interdites") le 6 août 1975, le film culminait à 110 minutes ; soit à trois minutes près la même durée que la version proposée par Canal + en novembre 1998 ("Anthologie des séquences interdites", 107 minutes). Si l'on ne verra donc pas d'extraits de "La Planque" (mélange de porno et de polar intéressant), on se consolera néanmoins avec une compilation de films s'espaçant sur près de quinze ans.
Le documentaire est scindé en cinq parties : Le Strip Boulevard, les Phantasmes, la Frustration, le Viol et la Pornographie. On peut noter au début (vers la 5e minute) et à la toute fin du film deux panneaux citant respectivement Apollinaire et Preminger, comme suit :

 

 

L'usage de la liberté littéraire deviendra de plus en plus rare et précieux. Les grandes démocraties de l'avenir seront peu libérales pour les écrivains. Il est bon de planter très haut des poètes drapeaux comme Baudelaire, on pourra les agiter de temps en temps afin d'ameuter le petit nombre des esclaves frémissants.
(Guillaume Apollinaire)
Je respecte leur droit à exprimer leurs opinions mais je ne tolèrerai jamais qu'ils interviennent ou interfèrent avec mes droits en tant qu'individu. Je ne reconnais pas cette sorte de gens tel que les faiseurs de lois et prêcheurs de goûts et je n'ai pas l'intention de couper mon film juste pour leur plaire.
La censure est le premier pas sur le chemin d'un gouvernement autoritaire.
(Otto Preminger)

 

 

Quant à Benazeraf lui-même, il y va également de son avant-propos (justifié) contre les censeurs, expliquant qu'il a voulu montrer qu'en termes de censure, les vérités ne sont que temporaires et relatives, et parfois mêmes contradictoires.Un peu plus loin dans le documentaire, le réalisateur évoque les trois commandements suprêmes de la censure, consistant à ne pas atteindre aux bonnes moeurs, respecter l'ordre public, et enfin être soucieux du prestige français et du maintien des relations internationales.
La contradiction des censeurs, évoquée un peu plus haut, n'est pas un mythe, mais bien réelle, Benazeraf en ayant été notamment victime pour "Joë Caligula", qui fut "hypocritement" interdit en raison de sa violence excessive, mais qui sortira deux ans plus tard dans une version expurgée… de scènes de striptease !
Cette anthologie se concentre donc sur la période 1961-1974. On peut y voir des extraits de la plupart des films disponibles chez K-Films, à savoir "L'Eternité pour nous", "Le Concerto de la Peur", "La Nuit la plus longue", "Joë Caligula", et "Le Désirable et le Sublime". De ces cinq films, deux seulement nous montrent certaines scènes inédites qui ne figurent pas dans les oeuvres en question (telles qu'on peut les voir sur le DVD). Il s'agit de "L'Eternité pour nous", où l'on peut voir Sylvia Sorrente se caresser les seins, lorsqu'elle est sur la plage avec Michel Lemoine. La superbe poitrine de l'actrice sera par ailleurs également censurée quelque temps plus tard dans le "Danse Macabre" d'Antonio Margheriti. L'autre film est "Le Désirable et le Sublime". En dehors de quelques passages n'apparaissant pas sur la copie de l'éditeur, le plus frappant est la différence de qualité de l'image. Elle apparaît en effet bien plus nette, beaucoup plus lumineuse, et dans un format cinémascope. Bref, on regrette d'autant plus que K-Films n'ait pas été en mesure de disposer d'une telle copie pour commercialiser le film.

 

 

Par ailleurs, cette compilation permet également de découvrir d'autres oeuvres du cinéaste, parmi lesquelles "Paris erotika", "Cover Girls", "Un épais manteau de sang", "Frustration", "Bacchanales 73", "The French Love", "Le sexe nu" ou encore "L'homme qui voulait violer le monde".
D'une manière générale, il apparaît plus intéressant de découvrir tous ces films, ne serait-ce que par de rapides extraits, que d'écouter les voix-off, tantôt du réalisateur, tantôt d'une interlocutrice. Une fois que l'on a compris les méfaits et les ravages occasionnés par la censure, on peut éprouver une certaine lassitude, en effet, à écouter le cinéaste lire les passages de la commission de la censure d'un ton blasé et monotone. Quant à la voix féminine (dont on ne connaît pas l'identité), elle est certes sensuelle et passionnée. Mais à force de se perdre dans des comparaisons littéraires plus ou moins justifiées, elle n'évite pas le ridicule lorsqu'elle se permet une allusion à Lovecraft, dont on se demande bien ce qu'il a à voir avec le cinéma de Benazeraf, à moins que l'on considère l'oeuvre de José Benazeraf comme indicible !

Note : 7,5/10

Flint
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