Neverwhere
Genre: Urban Fantasy , Anges
Année: 1996
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: J'ai Lu
Collection: Fantastique
Auteur: Neil Gaiman
 

Vous êtes-vous déjà posé la question de la signification des noms des stations du métro parisien ? Vous êtes-vous vous donc déjà demandé si, par exemple, la station Abbesse pouvait cacher une sorte de sanctuaire chrétien dans lequel une horde de prêtres et d'abbesses en furies pouvait à tout moment s'abattre sur vous ? Mais au fait, fait-il d'ailleurs réellement si froid à la station Glacière et vous est-il déjà arrivé de croiser un archange à Saint-Michel ?
La liste pourrait ainsi s'allonger à l'infini et prêter à d'autres interrogations de ce type si vous ne me demandiez pas soudain quel peut bien en être le rapport avec Neverwhere de Neil Gaiman. Et bien je vous répondrais seulement que cette question un peu folle, l'auteur se l'est lui-même posée et c'est non plus dans le métro parisien mais londonien qu'il a décidé d'illustrer ses postulats oniriques sur un monde qui ressemblerait comme deux gouttes d'eau au nôtres mais dont les lois ne seraient absolument plus les mêmes...

Neil Gaiman est à l'heure actuelle l'un des auteurs de fantastique les plus novateurs et les plus plébiscité du genre et la clé de son succès est sans doute la redoutable richesse de ses écrits et l'énorme talent dont il fait preuve. L'un de ses thèmes de prédilection, c'est celui de la frontière, de la faille, mais aussi celui de l'intrusion : le thème universel de la rencontre entre deux mondes aux antipodes mais indépendants l'un de l'autre, les mondes du réel et de l'imaginaire. Il a ainsi axé une grande partie de son oeuvre sur la thématique de la féerie comme miroir ou négatif de notre monde et met en scène dans ses romans, et notamment dans Neverwhere, de multiples points de rencontre entre des créatures fantastiques et féeriques et des êtres comme vous et moi que rien ne prédestinait à de telles aventures.
Et Neverwhere va donc être la parfaite illustration de cette obsession. Car quand le jeune Richard Mayhew va quitter sa province tranquille pour intégrer une grande compagnie financière londonienne, il ne pensait pas que sa vie allait basculer à ce point : déjà , une bonne place, une petite amie aussi belle que snob et agaçante, une vie terne mais bien rangée sont pour lui un tournant majeur dans son existence. Alors imaginez sa surprise lorsqu'il va plonger dans un univers qui serait une sorte d'envers invisible du sien et régit par des lois pour lui totalement incompréhensibles ! Certes sa vie est rasante et monotone, certes Richard ne s'épanouit pas autant dans son quotidien qu'il voudrait bien le laisser croire aux yeux de tous... Mais pour l'instant, Richard le timide et l'introverti s'en convient assez bien.
Et le jour où il va sauver Porte, une étrange jeune femme venue d'un univers parallèle au sien et qu'il va à la suite de cette rencontre devenir peu à peu invisible aux yeux de ses proches et disparaître totalement de la société dans laquelle il vit, tout cela ne sera pas forcément pour ravir notre héros... Mais petit à petit, une étrange attirance pour ce monde en négatif du nôtre situé dans un métro invisible aux londoniens "d'en haut" et un soudain rejet de son existence morne vont le pousser à intégrer cet univers halluciné et hallucinant et à partir en quête aux côtés ses nouveaux amis Chasseur et le Marquis de Carabas pour échapper aux cruels tueurs Croup et Vandemar qui sont à la poursuite de Porte, une jeune femme qui à l'étrange faculté d'ouvrir des passages là où il n'y en avait auparavant pas, le don d'ouvrir des portes entres des dimensions jusque là inaccessibles.
A une maîtrise du style et de l'histoire impressionnante s'ajoute ainsi une galerie de personnages plus attachants les uns que les autres. Il est même difficile de les trouver archétypaux tellement ils nous font vibrer : prenez par exemple le Marquis de Carabas, véritable dandy cabotin et roublard - bien qu'au grand coeur - véritable hommage au marquis du même nom inventé par le chat botté du conte de Perrault et par-là même véritable parabole sur le jeu des apparences et sur la portée des mots et du langage. Mais il serait aussi indigne de ne pas citer les "méchants" du roman, sinistres et horripilants à souhait, car ils ont eux aussi tout pour nous plaire : cruels et démoniaques, vous n'aurez pas de sitôt fait le tour de la palette de tourments et de tortures en tout genre qu'ils s'apprêtent à vous infliger !

Une fois que l'on pénètre dans ce livre, il est impossible de s'en détacher. L'histoire est haletante, il n'y pas un seul temps mort, l'humour alterne avec le suspense et l'on pénètre avec délectation dans ce monde d'en bas qui côtoie le nôtre sans que nous n'en ayons connaissance. Ici, les stations de métro sont vraiment ce que leur nom présuppose et dans des rames désertes vous franchirez des univers pleins de poésie et d'aventure. Ce thème de la fragilité des apparences et de l'invisibilité de chacun dans une société qui annihile toute place à l'imaginaire et à la poésie est universel, mais Neil Gaiman sait en jouer tel un véritable virtuose. A la frontière entre fantastique et urban fantasy, Neverwhere est avant tout une formidable claque.
Un livre que l'on oublie pas de sitôt et surtout, et quoi de plus beau pour qui aime la littérature, un livre que l'on regrette de refermer, un livre que l'on aimerait aussitôt reprendre pour ne pas devoir quitter les personnages, un livre que l'on aimerait avoir lu plus lentement pour en profiter plus longuement, mais surtout et c'est peut-être cela le plus triste et à la fois le plus beau, un livre que l'on aimerait avoir imaginé et écrit. Alors Chapeau bas Neil Gaiman !

Note : 9,5/10

 

Chaperon Rouge

 

A propos de ce livre :

 

- Prix Julia Verlanger 1999.

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