Enfer du rêve, L'
Titre original: Dreamside
Genre: Fantastique
Année: 1991
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Pocket
Collection: Terreur
Auteur: Graham Joyce
Traducteur:
Thomas Bauduret
 

Pour ma seconde incursion dans l'univers de Graham Joyce après l'excellent "La Fée des Dents", j'ai choisi "l'Enfer du rêve", son premier roman, car sa thématique me semblait très intéressante: le rêve et plus particulièrement les Rêves Lucides, ses rêves où nous sommes conscients de rêver et où nous pouvons avoir la chance d'interférer sur le déroulement de notre rêve. Et je ne le regrette absolument pas car sans être un chef-d'oeuvre, ce court roman est fort intéressant et me confirme dans l'intérêt que porte Graham Joyce à ses personnages. Une fois encore, c'est un roman à la très grande dimension psychologique que nous offre l'auteur, pas forcément très porté sur l'action, et qui présente une très riche galerie de personnages ainsi qu'une fine analyse des comportements humains.


L'Enfer du Rêve va nous conter la vie de quatre amis, quatre étudiants dans un premier temps, qui vont se retrouver autour d'un séminaire sur le rêve organisé à la fac par le professeur Burns. Ses séminaires portent sur le rêve lucide et demandent à des étudiants ayant déjà vécu ce genre d'expérience de se porter volontaire pour un cycle d'étude et d'expérimentation. Il y a aura donc l'intrépide Ella qui va se jeter tête perdue dans l'aventure, le beau Lee éperdument amoureux d'elle qui va la suivre dans le séminaire pour pouvoir l'approcher, la timide et réservée Honora et Brad, la grande gueule de l'université. Tous les quatre vont peu à peu former un groupe plus ou moins soudé au fil des expériences menées sur leur rêve et découvrir l'immense potentiel qui s'offre à eux. D'expériences en découvertes, ils vont vite découvrir qu'ils peuvent modeler leurs rêves à leur guise jusqu'à construire un véritable paysage onirique qui leur est propre et même parvenir à se rencontrer au sein de leurs rêves. L'aventure est totale, prodigieuse même, mais quelques distorsions de la réalité viennent peu à peu entacher leur bonheur. Il y a tout d'abord les répétitions, ces réveils qui n'en sont pas et qui leur font croire, parfois jusqu'à dix fois de suite, qu'ils se réveillent et débutent leur journées alors qu'ils sont toujours au plus profond du rêve puis des apparitions, des hallucinations qui deviennent de plus en plus dangereuses et terrifiantes. Le rêve les emporte, ils ont franchi une limite impossible et abordé les territoires du rêve, un monde d'où l'on ne revient pas totalement indemne...

Le livre s'ouvre donc sur l'existence de Lee treize ans après les expériences et les deux tiers de l'ouvrage sera un long flasback sur la jeunesse des protagonistes et la genèse des évènements. Car c'est une fois adulte qu'ils vont devoir affronter leurs pires démons et retourner dans le monde des rêves, celui qu'ils avaient décidé de quitter à jamais. De structure assez classique donc, on est pourtant bien happé dans ce livre où il ne se passe finalement qu'assez peu de chose. Mais Graham Joyce à su définir harmonieusement ses personnages, assez stéréotypés pour être familiers mais avec cette petite touche d'originalité qui nous les rends très facilement attachants. Et puis il y a surtout le sujet de son livre, un sujet captivant et proche des interrogations de tout lecteur : le rêve. Les rêves et ses territoires inconnus, fascinants, et la possibilité dont nous rêvons tous, celle de pouvoir en modifier le cours à notre gré. Prolonger un rêve agréable, y retourner par la suite, nuits après nuit ? S'échapper d'un cauchemar ou retourner la situation à notre avantage, qui n'y a pas un jour songé ? L'auteur s'appuie donc sur ce sujet universel pour nous proposer un roman fantastique assez classique (très peu d'horreur dans ce roman malgré la collection) mais très intéressant.


L'atmosphère est bien prenante et la lenteur de l'intrigue participe du climat assez oppressant qui règne sur l'ouvrage. Les pages s'enchainent et on s'enfonce peu à peu dans le trouble qui envahit les personnages, au fin fond de leur psyché et des démons qui hantent leurs paysages oniriques, paysages de plus en plus troublants. Graham Joyce est un faiseur d'ambiance, un peintre de l'âme humaine très talentueux. Même si ce roman n'équivaut pas La Fée des dents en qualité (aussi publié sous le nom de l'intercepteur de cauchemar chez Pocket terreur), l'enfer du rêve est un roman de qualité surtout intéressant par le thème universel qu'il évoque. Difficile de s'endormir sans y penser et de ne pas tenter sur soi les expériences évoquées dans le livre ! Une lecture assez édifiante pour quiconque s'intéresse au monde du rêve.


Note 7/10

Chaperon Rouge

 

A propos de ce livre :

 

J'ajouterais juste, en marge, un tout petit bémol à ce livre qui n'est absolument pas imputable à l'auteur. Il est bien dommage que la traduction soit assez imparfaite et que de nombreuses coquilles viennent gacher la lecture, notamment dans les noms des personnages et dans les dialogues. On a le droit à des transformations de prénoms (Honora devient fréquemment Héléna, on se demande pourquoi) et à des morceaux de dialogues accordés à la mauvaise personne, ce qui donne lieu à quelques situations assez fantasistes ! C'est vraiment dommage... espérons qu'une nouvelle traduction en soit prochainement proposée, peut-être par exemple chez Bragelonne qui a déjà publié une bonne partie de l'oeuvre de Graham Joyce.

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