Accroissement mathématique du plaisir, L'
Genre: Fantastique , Fantasy , Recueils de nouvelles , Science-fiction
Année: 2008
Pays d'origine: France
Editeur: Le Bélial
Auteur: Catherine Dufour
 

D'autres avant moi ont très bien parlé de la difficulté d'appréhender ce recueil dans son intégralité, sa diversité et sa pluralité de tons et de genres et je ne ferais donc qu'enfoncer une porte ouverte en le répétant. Mais bon, autant le reconnaître, ca fait du bien quand même de le dire, on se sent un petit peu moins perdue et minable devant son écran, ne sachant pas vraiment par quel bout prendre ce recueil, par quelle nouvelle commencer et quels mots choisir pour vous transmettre les sensations éprouvées à sa lecture.


Car en effet, l'Accroissement mathématique du plaisir est pour moi une aventure sensitive, un voyage émotionnel au sein de récits variés allant de la fantasy trollesque à la science-fiction en passant par le fantastique à la Edgar Allan Poe. Et une chose est sûre, c'est que Catherine Dufour sait écrire. Elle aime écrire et Dieu qu'elle le fait bien ! La chose la plus surprenante dans ses écrits, c'est son style. Il y a une maitrise du style impressionnante chez cette auteure, une apparente facilité et une subtilité à faire pâlir d'envie n'importe qui. Que cela soit pour faire rire, "ricaner" comme je l'ai lu plusieurs fois dans ses interviews, pleurer ou frémir devant tant de noirceur et de cynisme, le style de Catherine Dufour fait mouche à chaque fois, notamment par la force de ses comparaisons. Elle parvient à faire passer du sens dans des comparaisons auxquelles nous n'aurions jamais pensé et qui pourtant paraissent évidentes dès que nous les lisons. Drôlatiques et jubilatoire autant que sordide. Allez comprendre, mais oui, cela se marie bien...

Et puis à côté du style, il ya des textes, certains meilleurs que d'autres, certains à mes yeux assez fades telles que "Rhume des foins", "Valaam" ou "le Cygne de Bukowsk"i et la plupart juste énormes, de ces textes qui vous font dire "ouah...", reposer le livre et réfléchir pour de bon à ce que vous venez de lire. Parmi ceux-ci, et si je ne devais en citer qu'un, il y a "l'Immaculé Conception", longue nouvelle lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2007. Celle nouvelle est un boulet de canon, un choc, une claque, qui parle peut-être plus viscéralement à la femme mais qui devrait être lu par toute future mère et par tout homme qui se sent un minimum concerné par la chose. Je ne sais pas réellement que penser de ce texte au final, car il mélange tellement d'émotions que j'ai du mal à définir quelle est celle qui prend véritablement le pas sur les autres, notamment en raison de sa chute. A la fois infiniment sordide, glauque cynique et profondément humain, "l'Immaculé Conception" fut pour moi une révélation. La maternité, la grossesse et la naissance, l'identité, le regard qu'on porte sur soi et sur les autres, la transformation, la conviction et la culpabilité, l'amour et la haine autant de mots que de sentiments, quelques thèmes qui se dégagent de cette affluence de sens qui déborde de cette nouvelle pour frapper le lecteur de plein fouet et pour le marquer quasi définitivement. A mes yeux, il faut posséder ce recueil ne serait-ce que pour lire cette nouvelle, pour moi la meilleur entre toutes de l'auteur.

Mais parmi mes préférées, il y a aussi "Mémoire morte", superbe texte d'anticipation qui nous parle de la perte du frère, de la douleur et de l'oubli, de la culpabilité et du pardon. Poignant, glacial et particulièrement sombre, ce texte est tout simplement magnifique. Dans un tout autre registre, il y a aussi "Une troll d'Histoire", où le pari réussi de nous faire rire tout en nous émouvant. Pourtant, malgré tout, cette nouvelle me parait l'une des plus tristes du recueil, ce Pougnard malheureux, pleurant son désespoir au comptoir, m'a réellement bouleversé tout me faisant rire par son côté fantasy lanfeustienne. "L'Accroissement mathématique du plaisir", nouvelle éponyme, est aussi très réussie, très bel hommage à l'art, une Venus de Milo devenue Méduse, le Beauté à l'état pur qui ne peut être mise entre toute les mains. La fin m'a un peu fait penser au « Parfum » de Sà¼skind, étrange quelque part.

Contre-toute attente, une autre nouvelle qui m'a énormément plu dans ce recueil, c'est "Kurt Cobain contre Dr. No". J'avoue y être allé à reculons pour celle-ci, étant peu friande de nouvelles portant sur la musique et ayant une aversion assez marquée pour le personnage de Kurt Cobain. Mais cette nouvelle est splendide ! Véritable tour de force de l'auteur qui nous laisse parler le défunt chanteur, toutes les réparties du personnage dans cette nouvelle ayant réellement été prononcées. Le résultat est troublant, passionnant, à la fois ludique et perturbant. Résultat : mon aversion pour Kurt Cobain se fait moins sentir et je suis scotchée par le travail en amont de ce texte.

 

Bon, je me rends compte que je ne pourrais pas vous parler de toutes les nouvelles que j'aime, il y en a bien trop. Peut-être juste un petit mot pour deux textes qui semblent un peu se répondre, "le Sourire cruel des trois petits cochons" et "Un soleil fauve sur l'oreiller", où l'amour d'une mère pour son fils, deux textes mûrs et émouvant dans leur sobriété et où perce l'infini tendresse d'une maman auteure, nous livrant à demi-mot la magie de l'enfance et la difficulté d'être mère. Magnifique. Ah si, je ne peux pas oublier "la Perruque du Juge" ou la rencontre pas si improbable que cela de Peter Pan et de Michael Jackson ! Je vous conseille ce texte, issu d'une anthologie sur Peter Pan, il est tout bonnement jubilatoire ! Un dernier mot rapide aussi sur "la Lumière des Elfes", bel hommage à l'Art, qui semble une passion de l'auteur, et aux chef-d'oeuvre perdus et méconnus.

Voilà , vous l'aurez compris, ce recueil est indispensable à toute bonne bibliothèque. Il aurait pu s'appeler « Différentes vues de l'Enfer » si le titre proposé par Catherine Dufour avait été accepté et c'est vrai que toutes ces nouvelles ont en commun ce sentiment de perte et de déréliction, une angoisse propre à chaque personnage. Car oui, ce recueil est résolument sombre. Parfois dur, troublant, vibrant, émouvant, sordide, Catherine Dufour met le doigt là ça fait mal, avec son style bien à elle, cette distance qui ne rend ses textes que plus riches et plus signifiants. On rit parfois, mais on grince surtout des dents à la lecture de l'Accroissement mathématique du plaisir. Et le pire, c'est qu'on aime cela ! La couverture de Caza est magnifique, le titre évocateur, le contenu bluffant, ce livre est tout simplement indispensable. Mon seul petit regret : que la nouvelle "La mort des joujoux" parue l'année dernière dans l'anthologie "les Noël Electriques" et que j'avais adoré, ne soit pas dans ce recueil. J'aurais vraiment aimé la relire au milieu des autres textes. Qu'à cela ne tienne, elle est là , sur mon étagère, je n'ai qu'à la relire dès maintenant ! Je conclurai enfin sur l'excellente idée des éditeurs d'avoir ajouté un paratexte fourni, notamment la longue interview de l'auteur qui nous fait voir les textes et la principale intéressée d'un regard neuf, ainsi que la postface revenant sur chacun des textes présentés.

Voilà , je vais enfin vous laisser même si j'ai le sentiment de ne pas avoir dit un dixième de ce que j'aurais voulu dire sur ce recueil. Mais l'accroissement mathématique de ma chronique n'étant pas de mise, il me faut mettre un point final en vous disant que Catherine Dufour est une excellente nouvelliste, une plume rare dans le panorama de l'imaginaire et qui fait un peu office de poil à gratter. Et personnellement, j'adore, et ce de plus en plus !!


Note : 9/10

Chaperon Rouge

 

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