Rituel de Chair
Titre original: Ritual
Genre: Fantastique , Gore , Horreur
Année: 2009
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Milady
Auteur: Graham Masterton
Traducteur:
Jean Daniel Brèque
Sortie VO: 1988
Illustrateur: Anne-Claire Payet
 

"Une véritable descente aux enfers. Un roman qui vous fera regretter de l'avoir lu et, pourtant, impossible à lâcher, impossible à oublier". C'est ce qui est marqué en quatrième de couverture et cette fois c'est vrai! J'ai lu ce livre il y a bien plus de dix ans, à l'époque où il me fallait faire des fiches de lectures sur les "grands auteurs", vous savez ce genre de travaux que l'on vous demande au collège. Le livre était alors publié chez Néo et la couverture avait attiré mon regard et il me semblait que cet auteur que je ne connaissais pas alors devait être bien plus intéressant que Balzac, Zola et consort. J'ai donc mis grâce à ce Rituel de Chair et à Masterton le doigt dans un engrenage qui depuis ne m'a plus jamais lâché et j'ai par la suite, grâce à cette lecture, dévoré les King, Koontz et autres et je n'ai jamais arrêté. Alors, non, ce petit roman n'est pas facile à oublier et je dirais même qu'il est inoubliable et après ma quatrième lecture je vous l'avoue, ce Rituel de Chair continue à faire partie de mes livres préférés, de ma mythologie personnelle, de ce genre de roman que j'emporterai avec moi sur une île déserte (parmi tant d'autres c'est vrai mais quand même!) et que j'ai eu plaisir ici à rererelire grâce à Milady.


Dès le  début on est happés par ce qui est la force première de ce roman, et qui est même le moteur principal avant même l'horreur et le gore, c'est l'ambiance. Charlie est un père raté, divorcé, il n'a pas élevé son fils, Martin. Critique gastronomique il a passé sa vie sur la route et pas assez de temps avec son fils. Alors, pour tenter de nouer (et non pas renouer, ce qui est encore pire!) des liens avec lui, Charlie l'emmène dans une de ses tournées des restaurants à travers tous les Etats-Unis. Dès le début on se rend compte des tensions et incompréhensions qui existent entre ce jeune ado et cet adulte un peu paumé. Dialogues de sourds dans une voiture traversant des villages perdus sur les routes américaines. Masterton expose alors ici toutes ces difficultés qu'un fils et un père peuvent rencontrer, toutes ces difficultés à construire des relations familiale durables et saines et il nous amène à nous rendre compte que même si nos enfants sont la chair de notre chair (et l'auteur file la métaphore sur l'ensemble du roman!) nous ne les connaîtrons jamais entièrement et qu'à partir d'un certain âge ils nous échappent. Mais alors qu'en est-il de cette éducation ratée ? Et bien Martin, par hasard ou presque, va découvrir avec son père un étrange restaurant, une étrange société gastronomique, les Célestins, qui va s'avérer être une secte qui pratique des rituels bien étranges et surtout très atroces.

Alors bien sûr à partir de là Masterton va s'en donner à cœur joie et ponctuer son roman de scènes particulièrement gores où se mélangent cannibalisme et automutilations. C'est absolument bien écrit et il y a de quoi vous mettre en état de choc. Alors même si ces scènes "égaillent" le récit et plairont aux amateurs de sensations fortes, Masterton ne perd  jamais de vue son sujet, les rapports père-fils. Car bientôt Martin disparaît. A-t-il été enlevé par cette secte? Ou bien, encore pire a-t-il décidé de couper les ponts lui-même avec cette famille qui ne lui convient plus, avec ce père qui ne sait pas donner? C'est ce que prétendent M. Musette et sa femme qui s'est déjà mangé elle-même plus de la moitié de la main. A moins que ce ne soit ce nain étrange qui ait enlevé le jeune garçon? Le roman bascule alors complètement et encore une fois, plus que les scènes gores ou même les scènes d'actions (à noter quand même une scène d'anthologie de course poursuite dans les bayous du sud des Etats-Unis!!), c'est l'ambiance qui prime. Une ambiance qui nous fait vite sombrer dans la paranoïa, dans le doute, on se met à croire au grand complot et on plonge alors dans la thématique de la secte... Puis peu à peu d'autres éléments se mettent en place et alors que Charlie fait tout pour sauver son fils des griffes des cannibales il apprend qu'il doit aussi se battre contre le temps car un événement majeur doit arriver au cours du quel Martin sera dévoré vivant. L'occasion aussi pour Masterton de réfléchir sur la religion catholique et son fameux adage "ceci est mon sang, ceci est mon corps"...


Il y a plus de quinze ans avec ce livre donc, je découvrais l'horreur, je découvrais Masterton. Son ambiance paranoïaque, ses passages sanglants, voire gores, cet étrange road movie à travers les Etats-Unis devaient me marquer à jamais et c'est avec le plus grand plaisir, et grâce à Milady que je le redécouvre aujourd'hui. Masterton fait preuve dans ce court roman d'une intelligence implacable, sachant ménager le suspens et faire la part des choses entre l'horreur pure et l'intelligence d'un propos, ou plutôt devrais-je dire d'une mise en garde. Et je ne peux, pour éclairer cette conclusion, m'empêcher de vous citer l'auteur lui-même, qui parle par l'intermédiaire de Charlie, ce père désœuvré qui passe à côté de son fils, qui le perd et qui dit ceci : "Si [les] sectes prospèrent ainsi, c'est notre faute, la faute des parents. Car enfin qu'avons-nous à donner à nos enfants en matière de valeurs spirituelles? Et je ne parle pas seulement de matérialisme. Je parle d'un manque criant d'esprit." D'un manque criant de respect de soit même. Ecrit à la fin des années 80 "Rituel de chair" et par la même occasion Masterton criait déjà à une certaine faillite de l'esprit, à une certaine déliquescence des valeurs et l'horreur alors de ce roman ne vient peut-être pas que des scènes de mutilation et de cannibalisme, mais aussi de ces images de parents perdus, d'enfant perdus, de dialogues impossibles et de tous ces regrets que nous gardons au fond de nous et que certains appellent enfance... Voilà pourquoi ce livre est important, touchant et qu'il faut le lire. Le lire comme un livre d'horreur mais aussi comme un beau message et une belle mise en garde. C'est ressorti chez Milady, et vous pouvez y aller les yeux fermés.

 

Note : 9/10

 

Le Cimmerien

 

A propos de ce livre : 

 

- Site de l'éditeur : http://www.milady.fr/
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