Karloff, Boris

 

Malgré son nom à consonance slave, Boris Karloff est anglais, avec des origines indiennes, en provenance de sa mère. Son vrai nom est William Henry Pratt, et il est né le 23 novembre 1887 (et oui, quand même), au sud de Londres. Elevé avec ses neuf frères et soeurs, il connut une enfance aisée. Intégré à l'université de Londres, il était appelé à s'impliquer dans le milieu politique, et plus précisément dans la diplomatie. Cependant il prit le contre-pied de ce à quoi on s'attendait, et il émigra au Canada, dans l'Ontario, pour devenir fermier. C'est à ce moment-là qu'il commença à prendre des cours de comédie, pour devenir acteur. Et c'est également là qu'il adopta le nom de Boris Karloff.
Sa première apparition dans un film est datée de 1916, lors d'un certain The Dumb Girl of Portici (muet bien entendu), un drame adapté d'un opéra parisien. En 1919, alors établi à Los Angeles, Karloff commença un peu à s'ennuyer, et il envisage de se consacrer au théâtre. Mais c'est alors qu'Universal vint lui proposer un contrat en temps qu'extra. Il commença avec His Majesty, The American suivi en 1920 de Deadlier Sex, une comédie dramatique, où son rôle fut un peu plus important. Mais tout au long des 20's, Karloff ne parvint pas à s'imposer, ni en tête d'affiche, ni dans un genre précis. Souvent employé dans des rôles d'étrangers du fait de sa peau assez sombre, l'acteur demeura dans l'anonymat.
En 1929, pour Unholy Night, il participa à son premier film parlant. Il fallut attendre 1931 pour voir enfin Karloff prendre de l'ampleur. Tout d'abord dans The Criminal Code, un polar signé Howard Hawks, qui lui permit de se faire un nom, bien qu'il n'y tint pas le haut de l'affiche. Mais surtout, 1931 est l'année où Universal mit en route le projet Frankenstein. Bela Lugosi, contacté pour le rôle, déclina l'offre au profit d'un projet consacré à Quasimodo qui finalement ne vit jamais le jour. Quoi qu'il en soit, comme chacun sait, James Whale, le réalisateur, embaucha Karloff pour le remplacer.
A l'aide des effets de maquillage signés Jack P. Pierce, Karloff trouva là le rôle de sa vie (bien qu'il ne fut pas directement mentionné au générique, où le rôle de la créature fut déclaré joué par "Le Monstre"), et la Universal trouva là le fleuron de sa pourtant fort glorieuse période du fantastique des 30's. Depuis 1931, aucune adaptation de Frankenstein ne fut capable d'égaler le romantisme, la beauté et la profondeur de celle de Whale. Pas même celles de la Hammer.
L'interprétation de Karloff, basée sur son physique hors-norme de monstre torturé, reste encore un modèle éclipsant toutes les autres prestations (ne serait-ce qu'au niveau de la présence physique), auxquelles se sont pourtant livrés des acteurs tels que Christopher Lee ou Robert De Niro. Suite à ce succès phénoménal, Universal allait faire signer à Karloff un contrat de sept ans, contrat qui ne débuta qu'après que l'acteur eut satisfait ses obligations antérieures, incluant le Scarface d'Howard Hawks.
L'année 1932 commença aussi fort que la précédente pour Karloff, avec la tête d'affiche du Old Dark House de James Whale, suivi du Masque de Fu Manchu (pour la MGM), puis enfin un retour dans les monstres classiques de la Universal, avec l'interprétation de la momie, dans le sobrement intitulé The Mummy, le classique de Karl Freund. Encore une fois, Karloff montra ses talents d'acteur, toujours dans un rôle de créature démoniaque (ne possédant cependant pas la portée romantique du monstre de Frankenstein, cela dit). Encore un succès.
Karloff demanda alors à Universal une réévaluation de son salaire, qui fut refusée. En conséquence, il partit se ressourcer en Angleterre, chez lui, où il en profita pour tourner The Ghoul. En 1934, il participa à la Patrouille perdue, de John Ford. Réconcilié avec Universal, il participa toujours en 1934 au Chat Noir, adapté d'Edgar Poe, qui fut sa première collaboration avec l'autre star horrifique de l'époque, Bela Lugosi.
Les deux furent désormais souvent associés (dans environ dix films, dont The Raven, en 1935, une autre adaptation de Poe), et font un peu figure de précurseurs du duo Peter Cushing / Christopher Lee, à ceci près qu'aucun des deux n'est définitivement marqué "gentil" ou "méchant".
Toujours en 1935, Karloff livra encore une prestation époustouflante dans ce chef d'oeuvre qu'est Bride of Frankenstein, la suite du Frankenstein de James Whale de 1931. La fin des 30's virent Karloff continuer à tourner des séries B à la chaîne, sans forcément que ce soit systématiquement des films fantastiques, et sans qu'il n'y ait rien de bien marquant à signaler.
Notons tout de même en 1939 le troisième volet de Frankenstein, Le Fils de Frankenstein, sans James Whale, mais avec Basil Rathbone et Bela Lugosi au générique. Loin d'égaler les deux premiers.
Pendant la guerre, Karloff joua essentiellement au théâtre, pour Arsenic et Vieilles dentelles (sa prestation marquera d'ailleurs la future adaptation cinéma, signée Frank Capra, dans laquelle Karloff ne joue pas mais où il est souvent explicitement mentionné).
Son plein retour à Hollywood s'accompagna d'un nouveau Frankenstein, House of Frankenstein (1944, Erle C. Kenton), dans lequel l'acteur ne joue cependant pas la créature, bien que celle-ci soit présente, mais un savant fou. Il s'agit en fait d'un crossover mettant en scène Dracula (John Carradine), le loup-garou Larry Talbot (Lon Chaney Jr.) et donc la créature de Frankenstein (Glenn Strange). Pas trop mal.
Les films qui suivirent dans sa filmographie sont essentiellement des séries B sans grande envergure, soutenues par le talent de Karloff. Signalons quand même Le récupérateur de cadavres (1945, Robert Wise), Bedlam (1946, Mark Robson), Unconquered (1947, Cecil B. DeMille), Abbott and Costello meet the Killer (1949, Charles Barton)... A la fin des 40's et au début des 50's, Karloff se partagea entre Broadway, les séries B cinématographiques et la télévision, où il anima sa propre émission entre 1956 et 1958.
Dans les 60's, toute sa gloire fut restituée au sein des films gothiques en vogue à cette période-là. Ainsi, il participa aux films de Corman ou de l'American International Pictures (comme The Terror en 1963, Le Corbeau en 1963 aussi, The Comedy of Terrors en 1964, Die Monster Die - d'après Lovecraft - en 1965...), et même un des sketchs de l'excellent Les Trois visages de la peur de Mario Bava (la prolifique année 1963). Il participa à quelques courts-métrages, notamment un mystérieux Son of Frankenstein, où il est crédité avec Bela Lugosi et Basil Rathbone...
Atteint de problèmes de santé, Karloff réduisit alors le nombre de ses apparitions à l'écran. Ses tournages nécessitèrent notamment un fauteuil roulant. Notons en 1966 sa participation au doublage de How the Grinch stole Christmas, un classique de la télévision, adapté du Dr. Seuss.
En 1968, Karloff apparut dans ce qui fut considéré comme ses adieux, Targets (également appelé Before I die), d'un ancien protégé de Corman, Peter Bogdanovitch. Il y interpréta symboliquement le rôle d'une star de film d'épouvante à la retraite qui décide d'effectuer sa dernière prestation publique...
Boris Karloff mourut des suites de problèmes respiratoires le 2 février 1969, à Midhurst, en Angleterre.

Acteur au physique impressionnant qui en fait le successeur de Lon Chaney, Karloff est également un véritable morceau d'histoire cinématographique à lui seul. Ayant traversé l'époque du muet jusqu'au modernisme en couleurs du cinéma d'exploitation cormanien, en passant par de nombreuses collaborations avec des réalisateurs majeurs, il peut en outre se vanter d'avoir pu amener une parcelle de l'héritage des films Universal dans la nouvelle génération horrifique d'alors.
Un lien entre plusieurs époques, donc. Mais bien sûr, Boris Karloff est avant tout un grand acteur, et ses prestations dans les deux Frankenstein de James Whale restent ses plus hauts faits d'armes. Il fut cependant capable de s'en libérer, ne rechignant pas à jouer de son image (sa collaboration avec Abbott et Costello) et à se faire passer pour le vieillard grabataire au sein des nouveaux venus de l'horreur (dans The Comedy of Terrors), prouvant ainsi que son talent ne se limitait pas aux rôles de monstres, mais qu'il était autant capable de jouer la comédie.
Considéré comme un acteur révélé sur le tard (80 films avant Frankenstein, quand même), Boris Karloff est cependant une des personnalités que le genre fantastique a permis de mettre sur le devant de la scène. Un genre auquel il a rendu énormément, n'hésitant pas à endurer des souffrances physiques durant ses tournages (les Frankenstein).
Bref un modèle d'acteur, une gueule talentueuse, un style particulier, qui encore une fois, et c'est le propre de tout grand acteur, ne pourra être égalé.

 


Filmographie séléctive :

 

- 1968 : La Cible (Peter Bogdanovitch)
- 1965 : Comment le Grinch a volé Noël ! (Chuck Jones)
- 1963 : The Terror (Roger Corman)
- 1963 : Les Trois visages de la peur (Mario Bava)
- 1962 : Le Corbeau (Roger Corman)
- 1953 : Deux nigauds contre le Docteur Jeckyll (Charles Lamont)
- 1947 : Les conquérants d'un nouveau monde (Cecil B. DeMille)
- 1945 : Le Récupérateur de cadavres (Robert Wise)
- 1940 : Vendredi 13 (Arthur Lubin)
- 1935 : La Fiancée de Frankenstein (James Whale)
- 1934 : La Patrouille perdue (John Ford)
- 1932 : Scarface (Howard Hawks)
- 1932 : La Momie (Karl Freund)
- 1931 : Frankenstein (James Whale)
- 1931 : Dirigible (Frank Capra)
- 1931 : Le Code Criminel (Howard Hawks)