Déviances et passions
Titre original: Meiji, taisho, showa ryoki onna hanzaichi
Genre: Erotique , Drame , Sketchs
Année: 1969
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Teruo Ishii
Casting:
Asao Koike, Kenjiro Ishiyama, Teruo Yoshida, Yukie Kagawa, Teruko Yumi, Rika Fujie...
Aka: Love and Crime / Meiji, Taisho and Showa Era : Grotesque Cases of Cruelty by Women
 

Alors qu'il se livre à une autopsie sur le cadavre de son épouse (qui s'est apparemment suicidée), un médecin légiste essaie de comprendre quels mécanismes peuvent pousser les femmes à commettre des actes de violence extrêmes. Soucieux d'en savoir plus, il se plonge dans la lecture des archives criminelles, pour en extraire quatre affaires ayant défrayé la chronique en leur temps. L'une d'entre elles concerne un tueur et violeur en série, mais les trois autres mettent en lice des femmes, qui ont tué chacune pour des motifs différents : la passion, la folie, ou la cupidité.

 


Cinquième opus de la série "Joys of Torture", "Déviances et passions" est le premier volet à sortir du cadre féodal initié par son réalisateur, en se focalisant jusque là sur la période Tokugawa. L'œuvre dont il est question ici se présente également sous forme de sketchs, liés les uns aux autres par un fil rouge qui est comme pour les autres films de la série un personnage. Dans "Femmes criminelles", il s'agissait d'un juge, dans "L'enfer des tortures" c'était un médecin. Dans "Déviances et passions", c'est aussi un toubib qui sert de lien entre chaque récit, et c'est encore Teruo Yoshida qui joue ce rôle (tout comme dans "L'enfer des tortures"). Teruo Ishii abandonne donc le moyen-âge et fait basculer le spectateur dans un décor contemporain, du moins pour trois des quatre sketchs. Il narre des faits réels qui firent en leur temps beaucoup de bruit au Japon. Les criminels dont il est question sont aussi célèbres là-bas qu'ont pu l'être chez nous Henri Désiré Landru ou Marcel Petiot.

 

 

Le réalisateur ne suit pas un ordre chronologique, puisqu'il va commencer par l'affaire la plus récente, et terminer par le fait divers le plus ancien. Le premier sketch nous transporte en 1957, dans le cadre de l'hôtel Toyokaku. Kinue Munakata, principale créancière de l'établissement, va élaborer une machination diabolique afin de tuer (ou faire tuer) le couple propriétaire de l'hôtel, avec la complicité de son amant qu'elle empoisonnera après coup. Le deuxième récit est certainement le plus connu pour nous occidentaux, puisqu'il relate la fameuse histoire de Sada Abe, cette femme qui avait étranglé son amant en lui faisant l'amour, puis avait tranché ses organes génitaux, les conservant dans son sac à mains. L'affaire Sada Abe (qui se déroula en 1936) fut retranscrite plusieurs fois au cinéma, notamment par Noboru Tanaka en 1975 ("La véritable histoire d'Abe Sada"), mais la version la plus connue reste évidemment "L'empire des sens", réalisé par Nagisa Oshima en 1976.

 


La troisième histoire est peut-être la plus effrayante. Filmée dans un noir et blanc "expressionniste", elle conte les méfaits de Yoshio Kodaira, ex-soldat de l'armée japonaise, qui fut accusé d'avoir violé et tué une dizaine de jeunes femmes entre 1945 et 1946. Il reconnut s'être livré à la nécrophilie pour certaines de ses victimes. Arrêté en 1946, il sera exécuté par pendaison en 1949. L'histoire de cet assassin hors-normes a été l'objet d'un roman de David Peace : "Tokyo année zéro". A noter que si Teruo Yoshida a généralement joué les "gentils" dans les films de Teruo Ishii, Asao Koike a, au contraire, souvent incarné des personnages tourmentés et pervers. C'est lui qui est ici dans la peau de Yoshio Kodaira, et une fois encore il livre une composition incroyablement réaliste.

Enfin, le quatrième sketch nous fait remonter jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. Nous suivons le destin tragique de Takahashi Oden, qui fut la dernière femme à avoir été exécutée par décapitation au Japon, en 1879, pour avoir tué un homme et empoisonné son mari. L'histoire de cette femme avait déjà fait l'objet d'un long métrage en 1958 ("Dokufu Takahashi Oden", par Nobuo Nakagawa). Après Teruo Ishii, ce sera au cinéaste Shôgorô Nishimura de faire un film autour de ce personnage avec "Koyamu", en 1983.

 


L'impression d'ensemble, au regard de cette oeuvre, est pour le moins mitigée. D'un point de vue positif, on constate que Teruo Ishii demeure, film après film, un excellent cinéaste, qui sait poser sa caméra et peaufiner ses décors. Il peut compter sur le talent de ses acteurs attitrés, et notamment ici Asao Koike, totalement habité par son personnage. Ses actrices sont belles, et souvent dénudées, pour notre plus grand plaisir. Toutefois, "Déviances et passions" est aussi un film inégal, avec notamment un dernier sketch (celui sur Takahashi Oden) quasiment sacrifié comparé aux autres, puisqu'il ne dure qu'une douzaine de minutes, ce qui est insuffisant pour rentrer dans l'histoire et traiter le sujet de manière satisfaisante. Et puis, la façon dont sont amenées toutes ces affaires criminelles est plutôt tirée dans les cheveux. On se demande en effet ce qui peut pousser un médecin légiste, dont l'épouse vient de se suicider (et qui le trompait), à s'intéresser à des faits divers dans lesquels des femmes ont commis toutes sortes d'exactions.

Bref, on ne voit pas trop le rapport, et pour le coup on a le sentiment que le réalisateur a privilégié les aspects "racoleurs" de son sujet. Pour preuve, il est allé jusqu'à "recruter" la véritable Abe Sada. Et force est de constater que le témoignage de ce petit bout de femme, cette grand-mère qui évoque sereinement les actes qu'elle a commis, fait froid dans le dos. Teruo Ishii a réussi un coup, certes. Mais c'est un peu l'arbre qui cache la forêt. "Déviances et passions" se repose un peu trop sur son côté "documentaire-choc", constat que l'on peut reprocher à son auteur. Cette surenchère dans le sordide et le sensationnalisme à outrance finit peu à peu par lasser le spectateur. Restent de très belles scènes (comme l'exécution d'Oden sous une tempête de neige), qui à elles seules justifient la découverte de ce volet inédit (en France) des "Joys of Torture".

 


Note : 6,5/10

 

Flint
 
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