Loi yakuza, La
Titre original: Yakuza keibatsuchi : Rinchi
Genre: Action , Sketchs , Yakuza
Année: 1969
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Teruo Ishii
Casting:
Ryutaro Otomo, Bunta Sugawara, Minoru Oki, Teruo Yoshida, Hiroshi Miyauchi, Ichirô Sugai, Yoshiko Fujita, Masumi Tachibana, Yukie Kagawa...
Aka: The Yakuza's Law : Lynching !
 

"Voler de l'argent, et voler la femme d'un autre...", voilà deux interdits à ne pas enfreindre lorsque l'on est membre de la puissante caste des yakuzas. Les règles à suivre sont nombreuses. L'une d'entre elles stipule que "quiconque attirera des ennuis au chef ou au clan sera chassé du territoire. S'il se représente sur ce territoire, il périra par le sabre." De même, "quiconque perturbera l'organisation ou dévoilera un secret, quelles que soient ses raisons, sera éliminé."

Ces phrases empruntées au code des yakuzas servent à introduire chacune des trois histoires de ce film, qui débute au début du XIXe siècle, sous le shogunat des Tokugawa, se poursuit au début du XXe, et s'achève à la fin des années 1960. Dans le premier récit, deux hommes, Shohei et Tsune, s'attirent le courroux de leur chef ; le premier parce qu'il a dérobé de l'argent provenant des recettes de la maison de jeux, le second parce qu'il a couché avec une femme qui était destinée au maître du clan. Le deuxième sketch suit la destinée de Shuji Ogata, qui vient de passer trois années en prison, et a été banni par son clan. Il découvre que la femme qu'il aimait s'est mariée avec le nouveau leader d'une faction rivale. Enfin, la dernière histoire nous plonge dans une guerre fratricide qui oppose les deux clans de yakuzas les plus puissants, les Hashida et les Omura. Un homme, mêlé aux règlements de compte incessants entre les deux gangs, va profiter de cette rivalité et précipiter leur perte.

 


Sixième et dernier volet de la saga "Joys of Torture" (de la période 1968/69), "La loi yakuza", bien que lui aussi découpé en trois sketchs comme d'autres films de la série, se démarque néanmoins de ses prédécesseurs. Exit les femmes criminelles, victimes et suppliciées, et bienvenue dans l'univers impitoyable des yakuzas, régi uniquement par les hommes. Apparus sous l'ère Edo, durant le shogunat des Tokugawa, les yakuzas, dont le nom provient d'une combinaison perdante à un jeu de cartes, désignaient à l'origine des pauvres ou des exclus de la société. Ils font partie d'un des syndicats du crime organisé, chacun de ces syndicats appartenant à une famille (comme la mafia sicilienne ou les Triades chinoises).

 


A l'instar des samouraïs soumis au bushido, les yakuzas ont aussi leur propre code d'honneur. S'ils suivent le gokudõ (la voie extrême), ils obéissent également au ninkyõdõ (la voie chevaleresque). C'est un peu la table des dix commandements (en l'occurrence neuf règles à suivre), qui ordonne la ligne de conduite du yakuza. Parmi ces règles, il est donc interdit de prendre la femme du voisin ou de voler l'organisation (voir le premier sketch). Mais il est également interdit de se droguer, d'offenser les bons citoyens (dans le deuxième récit, un yakuza est puni pour avoir malmené une vieille femme), de parler de l'organisation à quiconque. Enfin, le yakuza doit une absolue obéissance et soumission à son chef (allant jusqu'à mourir pour lui). Enfreindre l'une de ces règles peut conduire à de sévères châtiments. Le plus connu consiste à se trancher un doigt (tradition issue des Bakuto, joueurs professionnels itinérants apparus au XVIIIe siècle, et développés au cinéma avec le personnage de Zatoichi, notamment), mais parfois les yakuzas peuvent se voir infliger des tortures bien plus terribles.

 


Et dans "La loi yakuza", Teruo Ishii ne se prive pas de nous en montrer, des tortures. Au programme : oreille tranchée, énucléations, main brisée, etc... Le troisième sketch nous offre même deux moments d'anthologie, avec un yakuza traîné sur une plage, attaché par une corde jusqu'à un hélicoptère, et qui finira la tête fracassée contre un rocher ; et un autre concassé dans une voiture, dans une décharge. Le réalisateur ne lésine pas sur le gore, et ce dès le générique, comme il l'avait déjà fait pour "Femmes criminelles" et "L'enfer des tortures".

Avec son traitement sur différentes époques, "La loi yakuza" passe en revue (avec succès) différents genres comme le chambara (les yakuzas manient le katana comme de véritables samouraïs), et le polar. Les combats au sabre sont brefs et sanglants, les fusillades nombreuses et dévastatrices.

 


Autre bonne surprise, les trois récits sont assez équilibrés dans la durée (respectivement 29, 23 et 38 minutes). La dernière histoire est un véritable polar glauque, bourré d'humour noir ("faute avouée n'est pas pardonnée", dit un type à un traître sur le point d'être occis), avec des personnages hauts en couleurs (l'un d'entre eux joue au yo-yo) que l'on croirait sortis d'une bande-dessinée. D'ailleurs, par son côté sadique et politiquement incorrect, ainsi que sa musique pop/jazzy ancrée dans les sixties, ce troisième sketch possède une ambiance rappelant celle des fumetti. De plus, Teruo Yoshida (encore lui) joue un personnage trouble et ambigu, très proche du héros de "Yojimbo", ou de celui (évidemment) de "Pour une poignée de dollars". Si l'on retrouve donc, encore une fois, l'un des acteurs fétiches de Teruo Ishii, le reste du casting est néanmoins constitué de nouveaux visages. Parmi eux, figure Bunta Sugawara, qui sera quant à lui un acteur attitré de Kinji Fukasaku, jouant notamment dans "Police contre syndicat du crime", "Combat sans code d'honneur", "Guerre des gangs à Okinawa" et "Okita le pourfendeur".

 


En résumé, "La loi yakuza" s'avère un film parfaitement homogène bien que traversant trois époques distinctes, et dont les trois sketchs sont réussis, ce qui n'a pas toujours été le cas chez le cinéaste, loin s'en faut. Le rythme est omniprésent, et la variété des décors permet au film de ne jamais s'essouffler. Action non stop, donc, et du gore à go-go. Le sang gicle à gros bouillons, l'image est comme toujours somptueuse (Ishii possède vraiment une science inouïe du cadrage), et les personnages sont particulièrement typés. Si les femmes sont exceptionnellement en retrait, elles ne sont pas, pour une fois, malmenées (sauf une qui finit noyée dans du goudron chaud avec son amant). Bref, "La loi yakuza" est peut-être le meilleur opus de la série des "Joys of Torture".

 

Note : 8/10

 

Flint

 

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