Seconde mort d'Harold Pelham, La
Titre original: The Man Who Haunted Himself
Genre: Thriller , Fantastique
Année: 1970
Pays d'origine: Grande-Bretagne
Réalisateur: Basil Dearden
Casting:
Roger Moore, Hildegarde Neil, Alastair Mackenzie, Hugh Mackenzie, Kevork Malikyan, Thorley Walters, Anton Rodgers, Olga Georges-Picot, Freddie Jones...
 

Harold Pelham (Roger Moore) est un homme stressé. Haut cadre d'une grande industrie de technologie maritime, celui-ci fait tout vite. Trop vite. Il va et vient aux quatre coins des villes d'Angleterre, assiste à tous les meetings et réunions, en plus d'être actuellement en charge d'un projet ambitieux destiné à être vendu à une multinationale. L'homme n'en est pas moins attaché à certaines valeurs traditionnelles. Il a deux enfants et se veut être malgré tout, un bon père de famille ainsi qu'un mari présent. Hélas, débordé, il délaisse de plus en plus son épouse (Hildegarde Neil). Celle-ci se montre toutefois très compréhensive. Un soir, au volant de sa voiture et voulant aller toujours plus vite, voici qu'il sort de la route et se crashe violemment. Il se réveille un peu plus tard à l'hôpital et apprend qu'il vient de frôler la mort. La guérison se fait néanmoins assez rapidement et voici un homme neuf, rétabli, plein de bonnes résolutions qui sort de la clinique.
De retour au travail, il apprend que la société devra entériner une fusion avec un autre groupe afin de pouvoir mener à bien le projet mentionné plus haut. Tout d'abord étonné, on lui rétorque que c'est lui-même qui a défendu cette fusion. Mais ce n'est pas tout, les détails les plus étranges vont alors s'amonceler. Tout les gens qu'il croise, collègues comme amis, disent l'avoir vu à des endroits où lui-même est certain de ne s'y être jamais trouvé. Ainsi, on lui donne l'argent d'un pari gagné autour d'une partie de billard au bar-club le jeudi précédent alors qu'il se trouvait en Espagne, pour affaires ; ailleurs, une connaissance qu'il n'apprécie guère débarque chez lui, arguant qu'il a été invité par Pelham lui-même ; sans compter une femme qu'il pense avoir croisé une fois à la piscine et qui prétend avoir passé toute la nuit de la veille à faire l'amour avec lui.
C'est à devenir fou. Pelham a-t-il un doppelganger ? Souffre-t-il de schizophrénie ou d'hallucinations ? Malgré le verdict des médecins disant qu'il ne souffre d'aucune séquelle post-traumatique, quelque chose ne tourne vraiment pas rond depuis son accident. Sa petite vie bien rangée bascule alors et la paranoïa n'ira qu'en grandissant...

 

 

En 1970, Roger Moore, même s'il a déjà tourné quelques films, s'est surtout fait connaître par la télévision grâce à la série "Ivanhoé" dans les années 50, puis "Le saint" dans la décennie suivante, avant de tourner ce sympathique "The Man Who Haunted Himself" et d'enchaîner sur l'incontournable "Amicalement vôtre", pour devenir le James Bond que l'on sait. Un James Bond qui, soit dit en passant, est carrément cité par l'acteur dans le film ("Je ne suis quand même pas James Bond !" déclare-t-il lors d'une de ses nombreuses réunions. Difficile de savoir s'il s'agit d'un clin d'œil vis-à-vis d'un contrat en passe d'être signé ("Vivre et laisser mourir" ne sera tourné que trois ans plus tard) ou bien d'une simple coïncidence (tout de même difficile à croire).
D'un autre côté, "La seconde mort d'Harold Pelham" n'est rien d'autre que l'adaptation pour le grand écran de l'épisode "Le cas Pelham", écrit en 1955 par Anthony Armstrong pour la série "Alfred Hitchcock Presents", avec quelques ajouts scénaristiques dus entre autres à Bryan Forbes ("The Stepford Wives", dont l'ambiance reste assez proche de ce film-ci ou "The Naked Face" avec un Roger Moore accusé à tort de meurtre, dans un registre lui aussi assez proche), lequel a déjà travaillé avec Basil Dearden, notamment sur ce qui reste son chef-d'oeuvre : "Hold-up à Londres".
Un Basil Dearden qui travaillera ensuite sur plusieurs épisodes de "Amicalement vôtre" avec Moore, avant de succomber lui-même d'un accident de voiture sur la même route où le personnage de Harold Pelham se crashe en début de film.
Pour achever de citer les liens qui unissent l'équipe du film, on pourra également mentionner le fait que Roger Moore participa en 1959 à un épisode des "Alfred Hitchcock Presents".

 

 

Basil Dearden est en tout cas un réalisateur solide et rompu à l'exercice avec 35 films au compteur lorsqu'il tourne ce qui sera donc son dernier film. Un dernier film très agréable qui contient néanmoins plusieurs défauts. Il souffre par exemple de la comparaison avec certains films antérieurs, surfant eux aussi sur le thème du dédoublement d'identité ou de personnalité. La comparaison avec le superbe "L'opération diabolique", tourné par John Frankenheimer quatre ans plus tôt, n'est par exemple pas à son avantage et la livraison de Dearden pourrait paraître bien sage à côté, en même temps que ne pas pouvoir se targuer de posséder les mêmes qualités techniques. Une qualité technique toute au service d'une paranoïa grandissante avec même pas mal d'innovations (voir critique), ici complètement absentes. Dearden déroule son histoire de manière beaucoup trop classique et théâtrale et c'est finalement sur les épaules de Roger Moore que tout repose. Heureusement, notre Roger, si souvent conspué, est en grande forme et, à lui seul, parvient à rendre à l'écran tous les tourments de son (double) personnage. Beaucoup de froncements de sourcils diront certains ? Pas plus qu'un Clint Eastwood dans "Un frisson dans la nuit" par exemple... Et puis cette expressivité semble totalement en adéquation avec ce que vit notre Pelham dans sa descente aux enfers.
L'autre gros défaut du film, et sans aucun doute le plus gros, tient de son scénario. L'épisode "Le cas Pelham" ne durait que 30 minutes alors que "La seconde mort d'Harold Pelham" en fait presque 90. De fait, il est difficile de ne pas y voir les pièces rapportées qui, en plus de ralentir parfois le rythme et de rendre le film répétitif, surtout dans sa première partie, ressemblent le plus souvent à des incohérences.
Exemple : à un moment, Pelham s'en va consulter un psychiatre, lequel l'endort durant une longue période, peut-être même plusieurs jours afin d'examiner son cas. Jamais Pelham, décrit pourtant comme un homme ordonné, ne pense à prévenir sa femme. Et bien entendu, durant le temps de son sommeil artificiel, son double s'immisce dans son foyer, s'occupe de ses enfants, fait l'amour à sa femme, tout cela avant que Pelham 1er réintègre sa demeure pour s'apercevoir qu'il s'est fait duper (ou doubler, pour être plus juste et faire un jeu de mot pourri). Ce manque de bon sens, de faits qui semblaient pourtant couler de source, il y en a quelques autres ici et là qui finissent par nuire à la crédibilité de l'ensemble ainsi qu'à l'harmonie entre un jeu d'acteur parfait et une mise en scène très fluide.
Il en va de même pour les rapports de notre pauvre hère avec sa femme, laquelle le soupçonne d'infidélité, ce qui nous vaut quelques scènes de ménage et surtout pas mal de bavardages inutiles en plus de casser le rythme.

 

 

A regarder l'épisode de la série dont est tiré le film, cela n'étonne guère, puisqu'à l'origine Pelham était célibataire. Du coup, on évitait d'une part les longueurs évoquées ci-dessus, d'autre part toutes les invraisemblances qui parsèment cette "Seconde mort d'Harold Pelham".
Malgré ces défauts, ce nouveau cas Harold Pelham reste un film sympathique, agréable à regarder, où l'on se délecte de voir Roger Moore exceller dans le registre de la fragilité. C'est un film doté de beaucoup de charme, et l'atmosphère de la banlieue britannique y fait pour beaucoup, un peu comme de voir de belles Triumph ou Aston Martin, même si le charme ne se réduit heureusement pas qu'à cela. Certes, les quelques effets spéciaux y contribuent également, même s'ils pourront paraître datés pour certains, mais citons surtout pour finir la belle photographie de Tony Spratling ("Fanny Hill"... arf !) et la superbe partition de Michael J. Lewis ("La grande menace").
Si l'on fait fi de ses défauts, "La seconde mort d'Harold Pelham" reste un film mal connu mais qui mérite d'être découvert ou même redécouvert.

 

 

Mallox

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