Grande Menace, La
Titre original: The Medusa Touch
Genre: Thriller , Fantastique
Année: 1978
Pays d'origine: Grande-Bretagne / France
Réalisateur: Jack Gold
Casting:
Richard Burton, Lee Remick, Lino Ventura, Harry Andrews, Marie Christine Barrault...
 

On a tenté d'assassiner l'écrivain John Morlar dans son appartement londonien. L'inspecteur Brunel, un Français en mission en Angleterre, mène l'enquête. Qui est Morlar ? Selon son psychiatre, le Docteur Zonfeld, Morlar était persuadé d'avoir le pouvoir de provoquer des catastrophes à distance. Il aurait ainsi tué sa nurse, ses parents, puis sa femme et l'amant de cette dernière. Intrigué, Brunel fait des recherches sur la télékinésie, action de la pensée à distance sur des objets ou des personnes. Il finit par être persuadé que Morlar n'est pas un mégalomane et possède réellement le pouvoir d'agir à distance.

 

 

Le cinéma anglais (notamment les films de guerre et d'aventure) s'est toujours différencié de son homologue américain par un souci du détail et une rigueur historique quasi-documentaire, mais surtout par un incroyable et impitoyable sens du masochisme. En effet, les Anglais n'hésitent pas à égratigner leurs institutions en place (armée, justice, religion, politique) en prenant un malin plaisir à mettre en exergue leurs défauts et lacunes. Inspiré par deux genres particulièrement en vogue à l'époque, le film catastrophe et le thriller démoniaque ("La Malédiction" and Co), cette production franco-britannique n'échappe pas à cette règle. Clergé pleutre et stupide, politicien véreux, juge obtus et réactionnaire, hypocrisie et conservatisme exacerbé, la société anglaise est loin d'être présentée sous son meilleur jour. Une société dans laquelle le pauvre héros / victime du film un certain Morlar ne s'est jamais senti à sa place
Le film démarre comme une banale enquête sur le meurtre sauvage d'un écrivain, un certain Morlar (Richard Burton). Au fur et à mesure que l'enquête de l'inspecteur Brunel (l'excellent Lino Ventura dans un de ses rares rôles à l'étranger) avance, certains faits troublants semblent faire glisser inexorablement le récit vers les frontières de l'irrationnel. En effet comment justifier l'inexplicable retour à la vie du cadavre de Morlar, étendu dans l'appartement depuis son meurtre et déclaré mort? Et ce n'est que le commencement car plus l'inspecteur accumule de témoignages sur la victime, plus le mystère s'épaissit. Morlar (Richard Burton) était-il un affabulateur ou possédait- il le pouvoir, comme il semble le penser, de provoquer les catastrophes ? La lecture de son journal intime et les révélations de sa psychiatre (Lee Remick, d'une fragilité désarmante) ne font que renforcer l'hypothèse du surnaturel. Pourtant, et c'est la grande force du script, tous les faits isolés peuvent être expliqués de façon rationnelle, le réalisateur laissant toujours planer le doute.

 

 

Voilà un film intéressant qui réussit le pari de mélanger suspense et scènes intimistes (le duel verbal entre Morlar, sa femme et son amant est un grand moment) avec des séquences plus spectaculaires comme le crash d'un avion ou l'effondrement d'une cathédrale. Le tout souligné par une photographie soignée et surtout la partition musicale de Michael J. Lewis (compositeur anglais mésestimé) qui réussit grâce à quelques notes à donner la chair de poule. Dés le pré-générique (le meurtre de Morlar) et le générique (illustré par un tableau de la Gorgone) le ton est donné inexorablement, une angoisse diffuse se distille dans le récit. Plus le nombre d'accidents (ou meurtres) augmente, plus inéluctablement le pouvoir (supposé) de Morlar semble s'intensifier et devenir pour lui une véritable malédiction. De quelques victimes, l'homme passe alors à l'extermination de masse. Ainsi, pour étayer ses propos, il n'hésite pas à faire percuter une tour par un avion de ligne (fameuse séquence du crash). Un geste qui semble enfin avoir convaincu quelqu'un et va entraîner la tentative de meurtre. Cependant, à ce stade de l'intrigue, la vraie question n'est plus de savoir qui est l'assassin ( les plus perspicaces auront trouvé depuis longtemps ), mais de savoir pourquoi la victime ne veut plus mourir.

 

 

Morlar est interprété par un Richard Burton en grande forme, à la fois pathétique et terrifiant. Il signe une interprétation remarquable et ses regards inquiétants sont autant de prémices à divers malheurs ou catastrophes. Face à lui, sa psychiatre/confidente, la troublante et vulnérable Lee Remick, qui malgré ses certitudes va doucement mais sûrement glisser elle aussi vers l'irrationnel et l'irréparable. Entre ces deux personnages, la présence étonnante du Français Lino Ventura, qui livre ici une très bonne prestation avec en bonus quelques superbes scènes de dialogue avec la belle Lee. Dommage que son rôle (il intervient après l'agression de Morlar) ne lui permette pas quelques échanges avec le grand Burton. Parmi les second rôles, on notera la présence de plusieurs gueules du cinéma anglais: Harry Andrews (La nuit des généraux), Gordon Jackson (la série The Professionals), Jeremy Brett (la série Sherlock Holmes) ou Derek Jacobi ( Cadfael) et, perdue au milieu de cette production et méconnaissable, la Française Marie-Christine Barrault (Cousin, cousine).

 

 

Si La Grande menace n'est pas un chef-d'oeuvre, il peut cependant se vanter d'être une passionnante et machiavélique mécanique de terreur et de suspense particulièrement bien huilée, dont les éléments disparates finissent par s'assembler au fur et à mesure de l'enquête, entraînant inexorablement le spectateur vers l'un des finals les plus inquiétants du cinéma fantastique. Alors que l'inspecteur Brunel arrache tout le matériel médical qui maintient encore Morlar en vie, celui-ci dans un dernier sursaut réussit à écrire sur un bout de papier un mot: WINDSCALE (le nom d'une usine atomique), quand soudain ses yeux s'ouvrent et qu'une voix off nous répète "Ne suis-je pas l'homme qui a le pouvoir de provoquer les catastrophes ?".

 

The Omega Man
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