Sampo
Titre original: Сампо
Genre: Aventures , Heroic Fantasy
Année: 1959
Pays d'origine: Finlande / Union Soviétique
Réalisateur: Aleksandr Ptushko (et Risto Orko)
Casting:
Andris Oshin, Eve Kivi, Anna Orochko, Ivan Voronov, Urho Somersalmi, Ada Vojtsik, Georgy Millyar, des pythons...
Aka: The Day the Earth Froze
 

En des temps légendaires, dans le boisé et fluvial pays de Kalevala, le preux Lemminkäinen aime la belle Annikki. Annikki a pour frère le forgeron Ilmarinen, le plus habile artisan du monde et le seul à connaître la recette de fabrication du Sampo, et à avoir la dextérité nécessaire pour le fabriquer. Hélas, pour pouvoir le faire, il lui manque le feu magique du pays de Pohjola.
Ici, une définition s'impose, qu'est ce que le Sampo ? Eh bien le Sampo - bande de béotiens - c'est un mixe entre la corne d'abondance et la pierre philosophale ; le Sampo produit de l'or et des vivres à volonté à partir de rien (ou de l'air ambiant, selon les disciples de Lavoisier).
Mais dans le désolé et troglodyte pays de Pohjola que dirige la laide sorcière Louhi, il manque le forgeron Ilmarinen pour pouvoir fabriquer le Sampo (avec un couvercle multicolore, Louhi y tient). Pour attirer ce dernier en Pohjola, Louhi enlève sa sœur à l'aide de son manteau magique. Son plan fonctionne, Ilmarinen et Lemminkäinen se rendent dans son royaume pour délivrer Annikki. Après diverses péripéties, Ilmarinen accepte de fabriquer pour Louhi le Sampo en échange de la libération de sa sœur. Alors qu'ils quittent Pohjola sur leur frêle esquif (en acier), Lemminkäinen n'écoute que son courage (et les récriminations de sa fiancée) et décide de retourner, à la nage, s'emparer du Sampo et affronter tout seul, avec sa bite et son couteau (une épée capable de briser la pierre), Louhi et son peuple de Gnomes. Bon, il échoue lamentablement et son cadavre est jeté dans la Baltique. Heureusement pour lui, sa mère a de la ressource...

 

 

Coproduction soviéto-finlandaise, Sampo est la première (et la plus célèbre) adaptation cinématographique du Kalevala, illustre poème épique finlandais écrit au début du 19e siècle par Elias Lönnrot. Le Kalevala est en fait une compilation des légendes orales finlandaises, estoniennes et caréliennes (ces trois "pays" étant culturellement proches) dont l'origine remonte à l'antiquité.
Mais pour le cinéphile, cette mise en images naïves et merveilleuses (dans tous les sens du terme) du Kalevala est surtout un film d'Aleksandr Ptushko. Enfin, en partie un film d'Aleksandr Ptushko, car même s'il n'est pas crédité au générique, le finlandais Risto Orko, par ailleurs coproducteur du film, en est aussi le coréalisateur. Est-ce pour cette raison, ou à cause des lourdeurs et difficultés liées aux coproductions bilingues (qui plus est à travers le rideau de fer), mais ce Sampo qui clôture une décennie 1950 qualitativement très "riche" pour Aleksandr Ptushko est loin d'être aussi réussi que ses deux précédents films (Sadko et Ilya Muromets). Ça n'en reste pas moins un divertissement de haut niveau, si on évite de se prêter au jeu des comparaisons avec Sadko et Ilya Muromets, mais il faut bien reconnaître que ce film est plastiquement moins enthousiasmant que ses deux aînés, ses décors plus chiches, ses effets spéciaux moins nombreux ; son histoire manque (paradoxalement) de souffle épique, et ses acteurs principaux sont moins charismatiques.

 

 

Le scénario est sans doute ce qui pêche le plus dans ce métrage. Il faut dire qu'adapter une somme telle que le Kalevala, salmigondis plein de bruits et de fureur où les frères violent par inadvertance leur sœurs et où les concours de chant ont une issue fatale, pour en faire un film d'aventure tout public ne dut pas être aisé. Au final le héros, Lemminkäinen, apparaît bien terne comparé à Louhi, son adversaire, mais aussi à son entourage qui lui sauvera la mise à plusieurs reprises. Ainsi, quand par vengeance (après que Lemminkäinen lui eut lors d'une seconde tentative dérobé le Sampo avant de le perdre corps et bien) la sorcière Louhi s'emparera du soleil (rien que ça), condamnant le pays de Kalevala à une nuit et un hiver éternel, la première réaction de Lemminkäinen sera d'aller voir son beau frère Ilmarinen pour lui demander de forger un nouvel astre du jour (ce que ce dernier ne pourra faire malgré tout ses talents).
Sampo est en quelque sorte l'anti-film de super héros, le personnage principal n'a aucun don mais il est entouré de "surhommes" aux pouvoirs surprenants (mais moins surprenants si l'on considère qu'à l'origine tous ces protagonistes étaient des divinités du panthéon finnois, et qu'ils perdirent ce statut lors de la christianisation des populations).
Mais soyons juste, si ce film n'était pas signé Alexandr Ptushko mais Risto Orko, le rédacteur de ces lignes, au lieu de remâcher sa déception, parlerait plutôt de l'incontestable réussite plastique que constitue cette mise en image d'un récit naïf et merveilleux.

 

 

Risto Orko, à la fois réalisateur et producteur, est surtout connu pour avoir été le directeur de la plus grande maison de production de Finlande, la Suomi-filmi, qui coproduisit ce métrage avec la Mosfilm. Chose amusante, Risto Orko qui occupait déjà le poste de directeur durant la seconde guerre mondiale, travailla à l'époque avec les services cinématographiques de l'armée allemande. Le reste de l'équipe technique est essentiellement soviétique mais, hormis le compositeur Igor Morozov, ce film constitue pour la plupart d'entre eux leur unique collaboration avec Alexandr Ptushko.
Le casting est lui aussi essentiellement soviétique (mais pas vraiment russe) et est constitué (hormis pour les deux jeunes premiers) d'acteurs de théâtre réputés mais dont la carrière au cinéma est assez courte quand elle ne se limite pas à ce seul Sampo. Tel n'est pas le cas d'Urho Somersalmi, le seul finlandais jouant un rôle important (le vieux et sage Väinämöinen qui vaincra Louhi), vétéran apprécié du cinéma finlandais. Sampo sera néanmoins son dernier film, peu de temps après il trucidera sa femme à coups de hache avant de se donner la mort, trouvant là une fin digne du Kalevala. Le couple de jeunes premiers, recrutés plus pour leur blondeur et leur connaissance du finlandais que pour leur jeu d'acteur, connaîtra un destin opposé : pour le letton Andris Oshin ce rôle sera une expérience unique ; pour l'estonienne Eve Kivi, par contre, ce sera le début d'une carrière de "sex-symbol" dans le cinéma soviétique, et elle reste à plus de 70 ans une célébrité et une grande prêtresse de l'érotisme dans son Estonie natale.

 

 

Pour être complet, précisons que les droits du film pour les États Unis ont été rachetés dans les années 60 par les studios Corman, qui se sont empressé de remonter ce métrage en l'amputant de plus du tiers, pour réduire sa durée à une heure. Comme les séquences chantées sont ici peu nombreuses, c'est carrément tout le segment central du film qui a été supprimé (la première tentative de vol du Sampo, puis la résurrection de Lemminkäinen). Le résultat étant trop drastique pour que le film fasse la durée voulue, Corman a dû rajouter une séquence post générique de présentation des acteurs, où ceux-ci sont affublés de noms scandinaves fantaisistes (le but étant de gommer toute référence soviétique en ces temps de guerre froide). Cette version fut exploitée sous le titre de "The Day the Earth Froze" et reste célèbre outre atlantique pour être passé à l'émission MST3000, sorte de "dîner de con" inversé (des cons "invitent" un film tout ce qu'il y a de plus respectable pour s'en moquer, mais très lamentablement parce que ce sont des cons. En fin de compte, cette définition n'est pas si éloignée de celle du "dîner de con" proprement dit).
Au moment où j'écris ces lignes, Sampo, qui n'a jamais été exploité en salle en France, est l'un des rares classiques du cinéma fantastique soviétique à ne pas avoir connu de sortie en DVD ou sur tout autre support solide (la version Corman est, elle, disponible aux USA) et c'est bien dommage.

 

 

Note : 7,75/10

Sigtuna

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