Red
Genre: Thriller , Drame
Année: 2008
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Lucky McKee & Trygve Allister Diesen
Casting:
Brian Cox, Tom Sizemore, Noel Fisher, Kyle Gallner, Kim Dickens, Richard Riehle, Robert Englund, Amanda Plummer, Shiloh Fernandez...
 

 

Avery Ludlow (Brian Cox), sexagénaire paisible et veuf écoule un après-midi idyllique avec son chien Red près d'un lac.
Alors qu'il pêche, trois jeunes de la ville mal intentionnés plongent le petit coin de paradis dans l'enfer de la violence. Sous la menace d'un fusil, le vieil homme subit un racket en règle avant que la situation ne dégénère lorsque l'une des petites teignes abat "pour le fun" Red, son fidèle compagnon depuis 14 années.
Meurtri et désemparé, Avery s'embarque dans une croisade pour la rédemption, se heurtant à l'injustice, l'incompréhension et l'ignominie humaine.

 

 

Les admirateurs de son travail ne sont pas sans le savoir : le romancier Jack Ketchum s'impose en maitre dans l'art de sonder l'enveloppe corporelle de l'homme pour mieux en extirper toute la noirceur qui s'y terre.
Bon nombre de ses écrits dépeignent une horreur tapie, non pas au fond d'une crypte hantée ou d'un château des Carpathes mais plutôt dans votre ville ; votre quartier ; chez votre voisin d'en face. Votre voisin qui est pourtant si bien élevé, si sympathique. Comment auriez-vu pu deviner les monstruosités masquées derrière ce sourire ? Derrière la porte de sa maison ?


Red ne déroge pas à la règle. Chaque habitant de cette petite bourgade du Maryland semble bien cacher son jeu. Danny, Harold et Pete, les trois démons passent pour des teen-agers sans histoire. Inutile de préciser qu'Avery risque d'en baver des ronds de chapeau pour prouver leur culpabilité. Pas de témoins, une simple cartouche vide comme preuve. Sa parole contre la leur. D'autant plus que le père de Danny et Harold, McCormack (Tom Sizemore, excellente et épouvantable raclure), homme d'affaires influent a les représentants de l'ordre et de la loi dans sa poche. Un patriarche craint et respecté, eu égard à ses forfaits et sa violence souterraine. Par chance, Avery - par ailleurs lui aussi détenteur d'un très lourd secret de famille, en atteste la séquence la plus puissante et dévastatrice du film où le terrible drame l'ayant touché dans son passé est narré par ses soins - trouve du soutien auprès de deux personnes : son ami avocat Sam (Richard Riehle) ainsi qu'une journaliste d'investigation, Carrie (Kim Dickens).

 

 

L'objet de la revanche d'Avery peut prêter à sourire et sembler injustifié, risible. Un simple sac à puces ça se remplace scanderont certains. Seulement, Red ne fait pas juste office de meilleur ami de l'homme. Il représente surtout un leg sacré. L'ultime présent d'une épouse partie trop tôt dans l'autre monde pour son mari dévoué. Avec la disparition de Red se brise le dernier chainon entre sa défunte moitié et lui. Il fallait un cinéaste solide pour retranscrire la force de ce récit sans dénaturer l'univers de Ketchum. Par chance c'est le cas et c'est même son prénom : Lucky McKee, débarqué dans le monde du cinéma avec un superbe May et consommateur avisé des best-sellers de Ketchum. Rappellons qu'il officia en tant que producteur sur "The Lost" de Chris Sivertson, autre adaptation d'un bouquin de Ketchum. Quant à sa dernière réalisation en date "The Woman", il s'agit là encore d'une transposition cinématographique de l'écrivain.


Outre son sens inné à livrer de belles images incorporée à une mise en scène souvent astucieuse, McKee ne cède jamais à la facilité du clicheton qui voudrait que derrière n'importe quel citoyen de l'Amérique rurale se cache un bouseux illétré et alcoolo. De même pas question de caricaturer Avery, ex-vétéran de guerre. Point de discours patriotique ni de cynisme déphasé, le vieil homme apparaissant plus comme un gentleman cowboy à principes.
Jusqu'au bout, il écartera le recours à la violence. Il se contenterait même au départ de plates excuses des exécuteurs de son chien.

 

 

Tel un David Carradine tiré des griffes du Z et de l'anonymat par un Tarantino ou un Stephen McHattie propulsé tête d'affiches dans l'excellent Pontypool de Bruce McDonald, Lucky McKee confie le premier rôle à un vieux briscard du cinéma de genre, en la personne du britannique Brian Cox.
Bien lui en prit, l'acteur livrant une véritable performance toujours juste, souvent touchante. Le brave vieux Ave nous fout des frissons à plus d'une reprise. Dans des seconds rôles croustillants, il faut aussi évoquer la participation de Robert Englund et Amanda Plummer, tout bonnement brillants. Ils campent officiellement les parents de Pete, officieusement la lie de l'humanité, là encore camouflée de façon retorse sous les traits de deux personnes à priori fréquentables.
En revanche, pour ce qui est de clamer l'excellence d'un pareil film, pas la peine de se cacher. Red est une centrifugeuse d'émotion diverse et presque inclassable, pratiquement mystique dans son dernier quart d'heure éprouvant (on se doute bien que pareille histoire ne saura se résoudre autrement que dans le sang).
Exempte de tiques, capable de montrer les crocs quand il le faut, maligne et aimante, cette petite boule d'amour saura vous faire tomber "Red".

 

 

Throma

A propos du film :

# Au bout de plusieurs semaines de tournage, Lucky McKee est remercié sans véritable motif. La relève est assurée et non sans talent par le norvégien Trygve Allister Diesen.

Vote:
 
7.00/10 ( 1 Vote )
Clics: 3119

1 commentaire(s) pour cette critique


Autres films Au hasard...