Due parà, I
Genre: Comédie , Aventures , Guerre
Année: 1965
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Franco Franchi, Ciccio Ingrassia, Umberto D'Orsi, Luciano Bonanni, Roberto Camardiel, Mónica Randall, Francesca Romana Coluzzi...
Aka: The Two Parachutists
 

Franco et Ciccio Impallomeni, deux frangins, artistes ambulants de métier, décident d'émigrer aux Etats-Unis après une succession de spectacles désastreux et d'échecs cuisants. Voilà qu'en embarquant clandestinement, ils se trompent de bateau et se retrouvent en lieu et place de New-York, à New Quiracao, la capitale de Santa Prisca, un état opprimé par la dictature sanguinaire du général José Limar...

 

 

Il y a encore à ce jour un malentendu conséquent dans la façon d'appréhender l'oeuvre de Lucio Fulci : lorsqu'une de ses comédies - première comme seconde période (en gros de I ladri à La Pretora) - est découverte puis évoquée, on la juge par rapport à ses œuvres plus sulfureuses, alors qu'à bien y regarder, et à rebours, les critiques sociétales qu'on y trouve n'ont fait que se développer, collant à leur époque. Ainsi, l'on trouvera plus inoffensives ses attaques contre l'église en oubliant entre autres de les remettre dans un contexte d'époque où celle-ci était plus présente, en occultant également que se sont des thématiques récurrentes et quasi obsessionnelles dont le genre comédie tend par son apparente légèreté à effacer leur portée, et qu'ayant de la suite dans les idées, cette fameuse première carrière aura emmené son réalisateur jusqu'à asséner son propos de façon sérieuse, voire douloureuse, avec Liens d'amour et de sang (à la base, probablement aussi pour être enfin pris au sérieux, la comédie rendant trop souvent une monnaie de singe) pour enfin, ce après avoir été vilipendé, passer du côté païen avec ses oeuvres vénéneuses des années 70 et du début des années 80 (Una lucertola con la pelle di donna, Non si sevizia un paperino, L'Aldila, Paura nella citta dei morti viventi ...).

Ici encore, dans ces Deux parachutistes, et quand bien même cela soit sur un registre a priori purement cocasse, on trouvera un quota de morts relativement étonnant pour lui trouver un sens (unique ?) et une affiliation vers ce qu'on considère comme étant son oeuvre : en gros, une douzaine d'années de métier sur une carrière partant en 1959 pour s'éteindre en 1991 avec Le porte del silenzio, le tout en couronnant cet artisan personnel et vigoureux d'une aura "Pape du gore" en croyant avoir tout dit. Une erreur énorme, portant préjudice à la fois à une carrière bien plus riche et aux talents bien plus hétéroclites qu'on ne peut/veut le croire. Ainsi croise-t-on fréquemment des autoproclamés fans du réalisateur qui finalement ne lui rendent guère hommage, limitant toute une carrière à leur propre goût pour l'horreur. Cela dit, passons pleinement à ce frénétique I due parà...

 

 

... dans lequel Fulci reprend les bases d'un pseudo-comique troupier comme pour Come inguaiammo l'esercito qui lui se situait durant la campagne d'Afrique de l'Est et plus précisément durant la conquête de l'Ethiopie.
Ici, nous sommes transportés au beau milieu des années 60, en premier lieu dans un pays d'Amérique latine sous le joug d'une dictature. Qu'on se le dise, il y a déjà tout (et même plus !) dans I due parà de ce qu'on trouvera une poignée d'années après dans le "Bananas" de Woody Allen. A noter que Lucio Fulci lui-même s'est attelé ici au scénario, aidé par Vittorio Metz et Amedeo Sollazzo avec lesquels il a déjà travaillé (séparément ou ensemble) auparavant sur Uno strano tipo, "002 agenti segretissimi", 002 operazione Luna, ou bien après avec des films tels que Come svaligiammo la banca d'Italia, Come rubammo la bomba atomica, Il lungo, il corto, il gatto.

Disons-le tout de go, I due parà est bien plus réussi que Come inguaiammo l'esercito qui souffrait de manière trop rude de la présence d'un Remo Germani, jeune bellâtre romantique poussant trop loin et trop souvent la chansonnette, qui aurait largement mérité d'en rester aux corvées de chiottes.

 

 

Dans I due parà éclate tout l'art de Fulci d'instiller un rythme trépidant, de transformer ce qui ressemble à une mécanique scénaristique en dynamique grisante, faisant - pleinement pour le coup - s'enchaîner les situations de manière aussi effrénée que drôle, aussi énorme que corrosive. Loin d'évoluer dans des univers reclus ou autistes, Fulci se réapproprie l'actualité pour en fustiger les outrances ou les absurdités.


Les Etats-Unis sont en ligne de mire et c'est le cas de le dire, en prennent ici pour leur grade : l'une des premières erreurs d'aiguillage de Franco et Ciccio, après s'être trompés de destination, sera du fait du soutien de ces mêmes Etats-Unis envers le pays tyrannique (ici fantaisiste, bien entendu). Franco et Ciccio, enrôlés d'office dans une guerre qui, pas de bol, éclate juste à leur arrivée, se retrouvent alors à tenter d'annihiler la guerre civile opposant "baffudos" et "sbarbados" avant que le général Limar (excellent Roberto Camardiel, faisant preuve d'un bel abattage), malgré les objections de l'ambassadeur américain (Umberto D'Orsi) qui tente de composer avec chacun, prêt semble-t-il à retourner sa veste à chaque instant, les oblige à infiltrer la plus grande geôle du pays. La stratégie est fine puisqu'ils sont emprisonnés avec une mission à la clé : évaluer la situation au sein des prisons d'Etat pour mieux museler les révolutionnaires.

 

 

Ces périlleuses péripéties se boivent d'autant plus fraîches que nos deux héros sont loin d'avoir écumé toute leur peine : voilà qu'après s'être faits prendre comme deux manches à balai trop maladroits, Franco et Ciccio, tous deux sauvés in-extremis par une intervention américaine, se retrouvent en Arabie dans le palais d'un sultan, à devoir démanteler un vaste complot terroriste. Il va de soi qu'ils échoueront à nouveau mais que dans leur malchance à se retrouver partout sauf là où ils le veulent vraiment, ils s'en sortiront malgré tout chaque fois...


"Les Etats-Unis se méritent !" clame ici ironiquement Lucio Fulci. Ils se méritent tant et si bien, qu'après ce grotesque périple effectué par hasard par nos deux siciliens dégénérés, ici de service, au moment où ceux-ci arrivent enfin à leur destination initialement prévue, les voici retenus puis envoyés de force au Vietnam combattre pour leur patrie !


Bref, I due parà, qui évolue sur une musique autant à propos qu'entraînante signée Piero Umiliani, est une comédie d'excellente tenue, politiquement peu correcte, fustigeant sans ménagement (malgré le mode comédie employé) l'ingérence permanente des Etats-Unis dans les pays totalitaires, faisant s'enchaîner puis se retourner les situations avec grand art, sinon, au minimum, avec une bien belle maîtrise du timing. Une réussite validée par l'une des prestations les plus dantesques de Franco et Ciccio.

 

 

Mallox

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