Dément
Titre original: Alone in the Dark
Genre: Horreur , Thriller , Psycho-Killer
Année: 1982
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Jack Sholder
Casting:
Donald Pleasence, Jack Palance, Martin Landau, Dwight Schults, Erland van Lidth, Deborah Hedwall, Lee Taylor-Allan, Elizabeth Ward, Phillip Clark...
 

Le docteur Dan Potter (Dwight Schultz), psychiatre de profession, vient tout juste d'être muté pour venir travailler au sein d'un établissement psychiatrique d'une petite bourgade américaine. Un asile tenu par le docteur Leo Bain (Donald Pleasence), lequel s'avère lui-même par moments passablement agité du ciboulot, à l'instar de quelques uns de ses pensionnaires. Celui-ci ferait même faire des cauchemars à certains d'entre eux, et le film, pour illustrer ce fait, s'ouvre d'ailleurs sur une séquence dans laquelle Byron Sutcliff (Martin Landau), un ancien prêtre pyromane, se voit enchaîné la tête vers le bas, avant de se faire scier en deux par le tenancier de l'institut.
Une fois les présentations faites, et si tout semble bien se passer, cela sera de courte durée. Lorsqu'un soir, une panne d'électricité plonge la petite ville dans l'obscurité, quatre patients (et non des moindres) en profitent pour se faire la malle. Ils s'en vont décaniller les habitants, chacun avec sa propre folie, avant de s'en prendre plus particulièrement au docteur Potter et sa famille, qu'ils pensent responsables de la disparition du Docteur Bain (lequel n'a rien à voir avec la Barbara du même nom, épouse à la ville de Monsieur Landau).
Il s'agit de quatre sociopathes furieux : le prêtre pyromane précité ; Frank Hawkes, un ancien militaire retenu trop longtemps prisonnier et devenu adepte du tir à l'arbalète (Jack Palance) ; un pédophile obèse (Erland van Lidth) ; ainsi qu'un joueur de hockey saignant du nez chaque fois qu'il tue...

 

 

Alone in the Dark est l'un des films qui, à l'époque, permit à une New Line alors moribonde de se relancer, ce, avec le "Polyester" de John Waters. Si la société de production et de distribution avait entamé sa carrière à la fin des années 60, avant de produire une poignée de films dans les années 70, dont "Les nuits rouges" de George Franju", autant dire que le succès ne fut pas de suite au rendez-vous. En revanche (de Freddy... ha ha !), ce premier film de Sholder contribua à constituer un tremplin, lequel permit à la boîte de produire ensuite d'autres films qui allaient la faire s'épanouir ("Les griffes de la nuit", Phenomena, "Critters"...), pour se montrer de plus en plus productive au fil des ans (produisant au passage d'autres films de Sholder comme "La Revanche de Freddy" ou The Hidden), avant de pouvoir même se permettre de produire certains budgets faramineux tels que "Le seigneur des anneaux".
Jack Sholder se montre ici plutôt inspiré (ce qui ne sera toujours le cas par la suite), et nous pond un film dans la droite lignée d'un Halloween, substituant, en lieu et place, pas moins de quatre tueurs au lieu d'un. Même s'il convient de ne pas se montrer trop "catégoriste", précisons toutefois que Alone in the Dark n'a rien d'un slasher (genre dans lequel l'identité du tueur est inconnue, tout du moins jusqu'au final), et qu'il s'agit tout simplement d'un film de tueurs en série. L'amalgame tient sans doute au fait que l'on trouve dans le film une scène où deux adolescents en train de forniquer se font trouer, tandis qu'ailleurs le tueur répondant au doux nom du "saigneur" arbore un masque de hockey ressemblant à celui de Jason dans Vendredi 13 : meurtres en 3D. Une pure coïncidence, puisque la production du film de Sholder était déjà finie lorsque le tournage du film de Steve Miner fut mis en chantier.
Quoi qu'il en soit, ce premier film de Jack Sholder se révéla être un petit coup de maître, en même temps qu'il permit au cinéaste de redistribuer sa cinéphilie et de rendre hommage à des acteurs dont les carrières s'essoufflaient alors. Soit, Donald Pleasence était alors bien ancré dans le genre, jusqu'à y être quasi confiné ("Halloween", "New York 1997", "The Monster Club", puis ensuite : The Devonsville Terror ou Phenomena), mais les carrières respectives de Jack Palance et de Martin Landau patinaient alors dangereusement malgré qu'ils aient, deux ans avant, joué ensemble dans le joyeux foutoir qu'est Terreur extraterrestre, de Greydon Clark.

 

 

Il convient d'avouer que Dément démarre de façon plutôt molle et téléphonée. Un cauchemar dont tout spectateur sait qu'il s'agit d'un cauchemar, une mise en place des personnages un brin laborieuse, notamment de longues scènes dans lesquelles la famille Potter s'installe chez elle. Une présentation un peu too much du personnage de Donald Pleasence (même si l'idée en soi reste sympathique) qui, durant ses consultations, fume des pipes de beuh, ainsi que des sociopathes pas forcément bien dessinés et qui semblent de prime abord assez bénins ; même si les traits principaux (et qui serviront l'action ensuite) sont présents, et qu'au final c'est bien ce qui importera.


Le film s'emballe donc après une bonne demi-heure, dans une seconde partie où Jack Sholder tire brillamment parti de l'absence de l'électricité, et jouant sur la peur du noir avec une malice propre aux contes pour faire peur aux enfants. De là, tout peut se produire, et certaines séquences parviennent même à prendre à revers, à l'instar d'une scène assez étonnante où le pédophile croise la fille du docteur Potter dans sa maison, alors encore en plein jour. La manière dont s'échappent nos fous furieux est elle aussi astucieuse puisque, de par son budget, Sholder la réduit finalement à une seule et unique scène, celle où l'un des gardiens est découvert dans une remise alors qu'il s'y cachait par peur de représailles à son encontre, avant d'être découvert et de se faire briser la colonne vertébrale par le gros de la bande (qui le prend un peu brusquement sur ses genoux, si j'ose dire). Quant à la fin, que je ne dévoilerai pas, bien entendu, elle sait se montrer à la fois ouverte et bien plus finaude (et même touchante) que dans le tout-venant de ce genre de productions. On précisera à ce propos que Jack Palance offre une composition digne d'intérêt, tour à tour menaçant et suscitant l'empathie. A noter également une jolie idée émanant de son personnage : celle que les protagonistes ne sont pas fous mais font chacun un voyage.

 

 

Finalement, le film oscille de manière plutôt équilibrée entre un humour grotesque et décalé (pas loin de l'humour scabreux de certains contes de la crypte), une atmosphère intrigante et parfois même presque surréaliste (des dialogues ou des scènes tout à la fois délirants et sérieux, la nappe de brouillard qui enveloppe la petite bourgade la nuit venue), et le film de pure trouille, rendant dans un même temps hommage aux pères, notamment dans un dernier segment très classique, rappelant aux bons souvenirs des meilleurs films d'agressions en huis-clos tels que "Wait Until Dark" (Seule dans la nuit, 1967 - on notera la similitude du titre original), La nuit des morts-vivants, "Assaut"...


Sans être pour autant ni démentiel ni un chef-d'oeuvre, Alone in the Dark demeure à ce jour une bonne réussite de série B du début des années 80 ; de celle qui reste plaisante à revisiter de temps à autre. Quant à son réalisateur, après quelques bonnes réussites dans la même catégorie : la série B - The Hidden ou "Flic et rebelle" -, il est douloureux de constater sa déchéance à ce jour avec des films aussi insipides que "Wishmaster 2" ou Arachnid.
Pour l'anecdote, et pour les amateurs de musiques d'époque, on mentionnera que Tish et Snooky, les membres du groupe punk The Sic Fucks, font une petite apparition dans le film, tandis qu'on a droit ailleurs à la prestation du groupe sur scène.

 

 

Mallox

 

* Le Trailer US original :

 

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