Cogneur de Harlem, Le
Titre original: The Hitter
Genre: Blaxploitation , Action
Année: 1978
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Christopher Leitch
Casting:
Ron O’neal, Adolph Caesar, Sheila Frazier, Bill Cobbs, Dorothi Fox, Alfie Brown, Percy Thomas, Ed Heath, Joe Pinckney...
 

Otis (Ron O'Neal), ancien boxeur déchu, est passé maître en trois choses : le jeu, les gonzesses et la baston. Le voici qui pénètre dans un bar à négros, en plein Harlem, un bar tenu par Slim (Bill Cobbs), un ponte du crime organisé qu'Otis ne tarde pas à défier pour une partie de billard jusqu'à ce que mort s'ensuive. Devant ses hommes de main, le tenancier se prend une taule avant de l'avoir mauvaise et de demander à ses nègres domestiques de lui foutre une pâtée en guise de récompense. Rompu à l'exercice, Otis les descend aux poings les uns après les autres. Le vieux Nathan (Adolph Caesar), qui avait l'habitude d'organiser des paris pour Slim et sa bande, assiste à la dérouillée. Celui-ci propose alors à l'ancien boxeur de Philadelphie de "rouler" pour lui. Une prostituée, Lola (Sheila Frazier), ayant aussi travaillé naguère pour Slim, se joint à eux, séduite par Otis, et tous trois quittent la ville. Nathan propose à son jeune et fougueux poulain de se reconvertir : il commence alors à organiser des combats à poings nus, des combats illicites ayant lieu dans des hangars et autres sous-sols malfamés. Voici donc Otis plongé dans un monde où règne le trouble et la violence des bookmakers, sans compter que Slim, revanchard, ne manquera pas de lui coller au cul... bref, comme dirait Buddy Van Horn, "Ca va cogner !".

 

 

Ecrit et réalisé par Christopher Leitch, Le Cogneur de Harlem est un tardif représentant de la blaxploitation, genre alors à l'agonie, sur lequel le réalisateur tente de capitaliser, ce avant "Un Flic de choc" en 1980, un polar d'action avec Telly Savalas et Eddie Albert. Le résultat, et c'est peu dire, est d'un convenu qui mériterait une bonne correction ! De qualité médiocre, rempli de clichés, de stéréotypes et de préjugés, The Hitter est surtout un film d'action peu inspiré, profitant de la vague des films de combats clandestins. 1978 voyait sortir deux films du même gabarit : "Doux, dur et dingue" dans lequel Clint Eastwood, sur un mode léger, campait un camionneur tentant d'arrondir ses fins de mois en participant à des combats à mains nues entre deux bahuts, et "La Taverne de l'enfer" de et avec Sylvester Stallone dans lequel, sur fond de crise économique, avaient lieu des combats de boxe ou de catch autour desquels s'agitaient des parieurs. C'est dans cette veine que tente de se situer The Hitter, et c'est peu dire encore que celui-ci n'a rien de novateur, et n'a rien d'un des premiers "punchfighter" à mains nues comme il est parfois dit à son propos. Pire encore, à chercher la petite bête, on la trouve aisément : "Le Cogneur de Harlem" pille la moitié de son script au "Bagarreur" de Walter Hill : un film solide, se situant en pleine grande dépression américaine, et qui tout en n'ayant pas le statut qu'il mériterait à ce jour, fut pillé des années durant si ce n'est encore aujourd'hui. Bref, après tout, Christopher Leitch parvient-il peut-être à en tirer une exploitation décente, avec plongée en bonne et due forme dans les milieux afro-américains les plus malfamés ?

 

 

En fait, pas vraiment. Si l'on ôte à cette bobine qui, soit, se laisse regarder sans trop d'ennui, les trois ou quatre rugueux et saignants pugilats, dont un dernier qui fait mal aux articulations, il ne reste pas grand chose. Si l'on considère qui plus est que la blaxploitation fut un genre censé revaloriser l'image de la communauté afro-américaine au cinéma, c'est également raté dans les grandes largeurs : aucune dignité ici présente, ni pour Ron O’neal que beaucoup connaissent pour sa prestation dans le très sympathique "Superfly", et qui voit la calvitie le guetter si dangereusement qu'il arbore une coupe de 5 cheveux sur le côté façon moumoute, ni pour les seconds rôles, tellement caricaturaux qu'ils ne suscitent aucune empathie, bien au contraire. Le pire finalement, en terme de dignité, c'est l'omniprésence d'un sexisme de bas étage, tout fait d'ostracisme et de beaufitude : que dire du pari qui consiste en ce que le vieux Nathan et son poulain Otis "baisent" chacun trois putes en une demi-heure ? La femme, dans Le Cogneur de Harlem est réduite à sa plus simple expression : une créature inférieure tout juste bonne à se faire mettre, tandis qu'ailleurs, histoire d'enfoncer le clou, un transsexuel est forcément une dangereuse crevure. On a déjà du mal à croire que Ron O’neal soit présenté comme un "jeune" promis à un brillant avenir et sur lequel on mise, ce n'est certainement pas Adolph Caesar (jusque là surtout spécialisé dans les voix off de bandes-annonces : "Blacula", "Hammer",...) qui relève le niveau avec une prestation forcée, tentant en vain de retrouver la gouaille de Burgess Meredith, le célèbre Mickey de "Rocky". Ailleurs, Sheila Frazier ("Superfly", Les Démolisseurs), en pute, est en toute logique sacrifiée jusqu'à la transparence, et c'est finalement l'excellent Bill Cobbs (Les Pirates du métro, "Bodyguard"), en saloperie de service, qui apporte un peu de piment, sans toutefois atteindre la délicieuse fureur aryenne d'un William Smith (voir Black Samson).

 

 

Finalement Le Cogneur de Harlem est une bobine tardive, trop inégale et qui ne surprend jamais. Les segments y sont disproportionnés, l'humour y est balourd, et quand une femme a le dessus sur son homme, c'est uniquement parce que c'est une grosse dondon (ainsi qu'une truie nymphomane) qui pèse de tout son poids sur un gaillard plus léger qu'elle. Bas du plafond, The Hitter n'a semble-t-il même pas conscience de son ségrégationnisme foncier, et son propos ressemble davantage à un concours de bites qu'à un parcours initiatique suscitant un véritable intérêt. Restent quelques combats de brutes, bruts, en plus d'une plongée trop complaisante pour se montrer vraiment réaliste, dans les bas-fonds d'un Harlem peu fréquentable. Une façon d'appréhender un univers qui aurait pu se révéler passionnante mais qui jamais ne gratte la surface, décidant, faute de mieux, et sans doute faute de talent, de rester dans la superficialité et le recyclage bon marché de pellicules mal blanchies.

A l'image de son traitement, la musique signée par le groupe Garfeel Ruff, formé en 1974 par les frères Godfrey, et fort de deux albums sortis chez Capitol records, est elle aussi utilisée de manière inégale, parfois en parfait synchronisme avec une scène, parfois encore complètement à contresens ou balancée au petit bonheur la chance. Bref, The Hitter ne frappe pas bien fort.

 

 

Mallox

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