Au-delà de la terreur
Titre original: Más allá del terror
Genre: Zombie , Horreur , Esprits , Satanisme
Année: 1980
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: Tomás Aznar
Casting:
Francisco Sánchez Grajera, Raquel Ramírez, Emilio Siegrist, Antonio Jabalera...
Aka: Beyond Terror / Further Than Fear
 

Après un hold-up sanglant, une bande de jeunes voyous se réfugie dans une propriété isolée, habitée par une vieille femme et son petit-fils. Pour effacer les traces de leur passage, ils détruisent tout et mettent le feu à la maison dans laquelle était reclus un enfant. Dès lors l'horreur commence, les forces du mal se déchaînent et Satan conduit le bal...

 

 

Etrange mic-mac que ce Más allá del terror. Celui-ci arrive en 1980 dans un paysage espagnol horrifique quelque peu moribond, et semble vouloir mixer, en une bobine, deux mouvances exploitées précédemment : d'un côté le "Escalofrío" de Carlos Puerto, dans lequel un jeune couple était invité dans une sinistre maison hantée par des adorateurs de Satan, de l'autre il surfe a priori sur les deux "Perros callejeros" ("Street Warriors 1& 2") de José Antonio de la Loma, venant de sortir sur les écrans. Ainsi se retrouve-t-on avec un deux-en-un qui tente d'exploiter (tant bien que mal, surtout mal) deux filons plutôt viables commercialement. D'un côté, le film de malédiction, de l'autre, le film de gangs (ou de jeunes loubards, ou encore de trous du cul finis, selon affinités).

Tapis derrière le pseudonyme d'Alfredo Casado, l'auteur de ce méfait filmique par procuration n'est autre que le bien connu Juan Piquer Simón (Le continent fantastique), ici producteur, et qui trouvera sans doute le point culminant de sa carrière trois ans après avec son mémorable Sadique à la tronçonneuse. La chute de la censure en Espagne avait ouvert la brèche à un cinéma plus dévoyé, ce dont ont profité certains cinéastes. Pourtant, à la vision de Au-delà de la terreur, il est assez terrible, en plus d'une certaine vacuité, de constater qu'à sa manière la morale triomphe comme de coutume...

 

 

On est loin du nihilisme 'salvateur' du "Rabid Dogs" de Bava, et là où il y avait matière à tirer des forces du mal un objet, au minimum irrévérencieux ou ironique, on se retrouve, dans la forme comme dans le fond, à frayer des terres déjà bien trop arpentées.
Co-écrit par Miguel Lizondo ("Matar para vivir" de l'immense Aldo Sambrell), Juan Piquer Simón et Tomás Aznar, la mise en scène de ce dernier est d'une extrême pauvreté, laquelle évolue sur un script bâclé.

Ainsi, le film débute par une jeune femme qui couche avec un notable pour exercer son chantage puis le dépouiller de son argent, avant de lui planter un couteau dans les tripes. Un segment étrange, sans doute destiné à montrer que la jeune femme est prête-à-tout, mais qu'on aurait pu tout aussi bien ôter du film sans que ça ne change rien.
Enfin bref, voici un peu de temps gagné avant que cette dernière ne rejoigne son gangs de merdeux, lesquels ne tardent pas à prendre en otage un couple qu'ils obligent à les suivre dans leur périple. C'est seulement après ces détours que le groupe arrive enfin, de nuit, dans une maison reculée. Pourrait-on dire que c'est à ce moment précis que le film commence (en gros au bout d'une demi-heure), puisque le groupe va alors tomber sur une vieille dame habitant la maison, avant de la tuer, puis de mettre le feu à cette dernière. Entre temps, la femme de l'homme pris en otage aura été violée en prenant son pied, ce même homme déclarera n'en avoir rien à secouer (dans une scène crypto-gay où celui-ci, très détendu, se rase tandis qu'une des jeunes crapules prend sa douche. On s'apercevra très vite qu'aucun personnage n'a de motivations nobles puisque les deux otages sont à la tête d'un magot volé. Autant dire que l'empathie ne sera pas au rendez-vous.
Là dessus, et après avoir jeté le premier objet à portée dans le dos de la vieille dame, celle-ci mourra. Pour se débarrasser des traces, le gang mettra le feu à la maison, laissant dedans un enfant brûler vif.

 

 

C'est là que votre humble chroniqueur se voit fort dépourvu, malgré ses bonnes intentions, dont celle en premier lieu de dire du bien d'une telle pellicule, relativement rare qui plus est, tant l'ineptie la contamine jusqu'à la rendre sotte et assez souvent involontairement drôle.
Que dire du procédé qui consiste à balancer, d'un seul coup d'un seul, une voix-off façon commentaire audio de dvd (censée venir de la vieille dame morte), ce genre de débilité ? : "Viens à moi, je suis ton esclave ! Viens, emporte-nous dans les abîmes de ton royaume et écrase sous ta griffe immortelle ceux qui ont osé s'attaquer à tes fidèles !". Ok, on se dit que "ça y est, le film a enfin commencé" et que la malédiction va pouvoir enfin s'abattre sur nos jeunes échappés prêts à tout (il faut les voir tuer un type à bout portant dans un bar, pour que dalle, et sans aucun état d'âme). Sauf que le reste déçoit lui aussi quand il ne suscite pas l'étonnement, puis le rire. Ainsi, se farcit-on quelques passages aussi drôles qu'hallucinants comme celui où l'homme pris en otage périt dans sa voiture à laquelle on a mit le feu, avant que sa compagne s'exclame bouleversée : "Mon dieu, l'argent !!!". "Mais quel argent ?" lui demande le responsable de l'incendie du véhicule ; "ben, des deux millions qui étaient dans la voiture !" Tout ça avant que cette dernière se fasse traiter de salope et de grosse pute avant de se manger le pain de sa vie dans la trogne. Avoir affaire à un groupe de gens aussi malsains, dangereux, qui plus est dotés d'un Q.I. situé entre le galet et le grain de sable, ne mérite que sentence et peine de mort !

 

 

Ce qui, par ailleurs, ne manquera pas d'arriver, tout l'intérêt de film se situant alors dans une seconde partie où chacun se fait, par vengeance spirituelle, déchirer la gueule, assez souvent de façon absurde, le tout égrené des bons mots venant de nos jeunes gens ("ah la pute, je te viole ton cul de pétasse et comme t'es contente et que t'en redemandes, tiens, v'là un flingue dans tes dents !") et de quelques trivialités joviales du même acabit.

Finissons malgré tout sur quelques bonnes notes : tout juste sauvera-t-on du lot la jeune Raquel Ramírez (la jeune maître-chanteuse du début), qui possède une présence largement supérieure aux autres acteurs, unanimement exécrables. Notre petit groupe ne trouvera rien de mieux que de se retrouver dans un monastère abandonné, au sein duquel ils accéderont à des catacombes, ce qui vaudra au spectateur le meilleur du film : une dizaine de minutes vers la fin, où enfin, des zombies (très proches de ceux de De Ossorio) se déchaîneront dans un décor valant lui aussi le détour. C'est ce qu'a de mieux à offrir Más allá del terror, avec sa bande-son, étonnant mélange de pop, de rock, de progressif, d'électronique expérimental, et somme toute bien meilleure que cet objet parfois rigolo malgré lui, mais trop souvent esquissé et bâclé, peu crédible, et dont aucune réelle surprise ne viendra contredire sa redondance et pauvreté foncière.
Les salauds seront inéluctablement châtiés, la morale sera sauve, le spectateur médusé, remarquera que Satan a décidément un sens de la justice que l'on n'aurait pas soupçonné ! Bref, un défrichage tout compte fait assez peu gratifiant.

 

 

Mallox

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