Voyeur pervers
Titre original: L'occhio dietro la parete
Genre: Erotique , Giallo , Thriller , Drame
Année: 1977
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Giuliano Petrelli
Casting:
Fernando Rey, John Phillip Law, Olga Bisera, José Quaglio...
Aka: Eyes Behind the Wall / The Crystal Man
 

Nous retrouvons le jeune et séduisant Arturo (John Phillip Law) dans le compartiment d'un train, assis en face d'une jeune femme ravissante. Arturo nous dévoile rapidement l'un des aspects de sa nature : l'homme viole puis étrangle sa victime.
D'apparence tout ce qu'il y a de plus normal, il est plus tard accueilli comme locataire chez Ivano (Fernando Rey) et son épouse, Olga (Olga Bisera). Ivano, écrivain rendu impuissant à la suite d'un accident de voiture, évolue sur son fauteuil roulant et est frustré de sensations en même temps que son inspiration se tarit. Pour tenter de remédier à cela, il a installé son petit système de caméras et de micros cachés dans le studio loué au jeune homme. Malgré l'homosexualité bientôt révélée d'Arturo, Ivano va tenter de pousser sa femme dans ses bras ; une occasion pour lui de lui faire l'amour par procuration. Seulement à ce petit jeu, les révélations scabreuses et dangereuses, aidées d'un quatrième homme, ne vont pas tarder à tomber...

 

 

Dans la vie réelle, on dit souvent que personne n'est vraiment "normal", que chacun a ses névroses et déviances, en remettant même en cause le terme "normalité". De fait, il est un procès que certains feront à L'occhio dietro la parete qui paraîtra caduque : lui reprocher d'être explicite là où l'une de ses sources (Luis Bunuel, par exemple) jouait la carte du symbolisme et de l'onirisme. Ailleurs, Hitchcock est également convoqué : Giuliano Petrelli emprunte à Fenêtre sur cour avec ce vis-à-vis (technologique ici) et ce personnage qui, malgré lui, assistait à un meurtre. Dans Voyeur pervers, le personnage campé par Fernando Rey (qui garde donc un fauteuil roulant, à l'inverse de James Stewart), est lui-même désireux de son voyeurisme et de ce qu'il génère. Mais en lieu et place de perversités, Voyeur pervers pénètre avant tout dans les méandres névrotiques de chacun des protagonistes, créant ainsi une atmosphère oppressante de dépravation. Un peu comme dans une ronde des déviances où serait vu qui croyait voir. Quant au traitement, le réalisateur opte pour une peinture crue et frontale, se mettant, et nous avec, dans la position même du voyeur.

 

 

Nous avons donc un jeune homme qui assouvit ses pulsions sexuelles en tuant ses victimes ensuite, un homme vieillissant qui, tout en faisant croire qu'il oeuvre pour ses romans, se laisse aller au penchant grandissant pour le voyeurisme. Ajouté à cela, Olga, réduite au rôle d'aide-soignante et frustrée physiquement tombera de haut lorsqu'elle verra le bel Arturo se faire sodomiser violemment par un grand black soulevé en discothèque. Mais comme si cela ne suffisait pas, un autre oeil vraiment pervers celui-ci, en la personne d'Ottavio le majordome, épie dans l'ombre. On apprend bientôt qu'il est secrètement amoureux fou de sa patronne et aime, par exemple, collectionner ses poils pubiens qu'il ramasse dans sa baignoire. Pire encore, frustré de ne pouvoir la posséder physiquement, il se rabat sur de jeunes filles de passage qu'il séquestre dans sa cabane pour les violer. Là-dessus, un secret assassin refera surface, rendant l'issue tragique pour tout le monde, ou presque...

Epousant une structure narrative théâtrale et un montage serré, L'oeil derrière le mur (titre littéral français) a l'intelligence d'impliquer le spectateur en convoquant son propre voyeurisme pour, petit à petit, l'étouffer. Plus que de perversité donc, comme le titre français vidéo le laisse imaginer, il s'agit de déviances additionnées de méfaits et de secrets enfouis. Bien entendu, Arturo tout comme Ottavio sont vite rangés au rayon des êtres dangereux et assassins, mais à aucun moment le réalisateur ne pose un regard moral sur ce qu'il étale au grand jour par écran interposé. C'est ce qui fait le prix de ce Voyeurs pervers qui s'intéresse avant tout à explorer le voyeurisme par le petit bout de la lorgnette en laissant le spectateur seul avec des personnages se croyant libres et dont chaque recoin est mis à nu. On s'aperçoit alors que la singularité, la déviance ou encore la perversité (celle du domestique) est tapie bien plus près de nous qu'on ne pourrait le soupçonner. Idem pour les meurtrissures de chacun qui n'ont ici pas droit à la pudeur.

 

 

N'en déplaise à cette bonne conscience tant convoitée par les moralisateurs chroniques, s'exemptant eux-mêmes de tels spectacles décadents, les mêmes qui, en leur temps, firent scandale pour des "Dernier Tango à Paris", "La grande bouffe" ou "Salo ou les 120 journées de Sodome" ou bien encore, a contrario, ceux qui n'en font pas tant à ce jour pour ces mêmes films, alibi culturel aidant, on pourrait bien, en tirant sur la corde pasolinienne, rapprocher L'occhio dietro la parete d'un autre film dans lequel la venue d'un jeune bellâtre dans une famille, tout à fait respectable en apparence, servait de révélateur à chacun, faisant dans un même temps voler en éclat le vernis de l'institution familiale ("Théorème"). Ici, dans ce drame lorgnant vers le thriller psychotique et érotique, la venue d'un nouveau locataire va elle aussi servir de révélateur, faisant du spectateur "l'oeil du témoin" ; en ne lui épargnant aucun détail salace ou saugrenu, ce dernier est donc confronté, comme suggéré ci-avant, avec son propre voyeurisme (que dire de John Phillip Law nous narguant de face en faisant des pompes avec les couilles bien ballantes ?)

 

 

Quant à son appartenance au genre giallo ou non, c'est une question accessoire qu'on réglera rapidement en précisant que, quand il y a manipulation (ici multiple), il y a machination, et que dès lors qu'un suspense propre au thriller est instillé, c'est qu'il a un bon pied (bon oeil) dedans. Mais laissons ces considérations de côté et remercions plutôt le sieur Petrelli pour cette véritable plongée libidonesque tordue menant à l'apnée...
Si le symbolisme, le surréalisme ou la suggestion sont des formes d'expression et de mises en images nobles, le fait d'être délibérément explicite peut tout aussi bien se voir comme une adéquation avec son sujet. Ce qui est le cas de cette pellicule très culottée dont Cinekult a récemment sorti une belle copie. Reste que la durée du film atteint 75 minutes pour une bobine qu'on pourra juger déjà copieuse, mais la frustration pointe le bout de son nez dès lors qu'on apprend qu'il manquerait une dizaine de minutes qu'on aimerait du coup découvrir, si elles existent. Vous avec dit plaisir coupable ? Pas vraiment, plaisir voyeur...
Si l'étude des caractères ne paraît pas tout à fait approfondie - en raison des minutes manquantes ? - , les acteurs, en revanche, sont à l'unanimité excellents. Il en va de même de la très jolie musique un brin vénéneuse signée Giuseppe Caruso ("Violez les otages!").

 

 

Mallox

 

En rapport avec le film :

# Le passage dans la discothèque sera repris par Franco Prosperi dans "La settima donna" lors d'une scène où les personnages regardent la télévision.

A propos du film :

# A noter que l'on trouve sur le verso de la VHS American Video un viol au bout de bois, scène absente de toutes les copies à notre connaissance.

 

 

- A bien y regarder l'on s'aperçoit qu'il s'agit de cette même scène :

 

 

- Ne pas se laisser abuser par les rayures de la veste de l'homme, l'image de la vhs étant surexposée, elle y sont bien sur la copie issue du dvd Cinekult.

 

 

- Cela peut être une coupe comme une scène promotionnelle. Mais vu comme la scène est coupée subitement pour laisser place à John Phillip Law lisant un magazine porno, je penche plus personnellement pour une coupe, la scène doit se terminer a priori avec l'usage du manche de la truelle se trouvant en bas à droite. D'autant plus probable quand on sait les désaccords entre le réalisateur et le producteur et l'hypothèse que le négatif fut détruit. Toute information supplémentaire à ce sujet est la bienvenue.

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