Dernière maison sur la plage, La
Titre original: La settima donna
Genre: Thriller , Drame , Rape and revenge
Année: 1978
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Franco Prosperi
Casting:
Florinda Bolkan, Ray Lovelock, Flavio Andreini, Sherry Buchanan, Stefano Cedrati, Laura Trotter, Laura Tanziani...
Aka: The Last House on the Beach / Junge Mädchen zur Liebe gezwungen / Terreur
 

Après un braquage sanglant dans une banque s'achevant par la mort d'un passant (une femme mourra plus tard des suites de ses blessures), trois malfrats prennent la fuite à bord d'une DS Citroën. Leur butin en poche, les braqueurs ont besoin de trouver rapidement une planque avant la mise en place de barrages de police.
Leur choix se porte sur une belle villa isolée au sommet d'une colline et au bord de la mer. Le trio, composé d'Aldo, Walter et Nino, doit aussi composer avec les ennuis mécaniques de leur véhicule. Ils ne savent pas encore que la propriété appartient à une institution religieuse, et que ses occupants du moment sont de jeunes étudiantes venues passer quelques jours dans cet endroit idyllique afin de préparer leurs examens de fin d'année. Elles sont cinq au total, plus une femme de ménage, sans oublier Soeur Cristina, chargée de l'encadrement.
Les truands investissent les lieux. Dès lors, ils vont se livrer aux pires exactions envers les malheureuses : humiliations, viols, jusqu'au meurtre...

 

 

Le cinéma d'exploitation a souvent puisé son inspiration dans certains films marquants, ayant fait date. Un constat qui s'est appliqué à tous les genres, dont celui du "rape and revenge". Une maison, une famille, des malfaiteurs s'introduisant dans la demeure en question et séquestrant ses occupants... C'est à peu de choses près le thème de La settima donna, renvoyant directement au classique du polar noir de William Wyler : "La Maison des otages"/"The Desperate Hours" (1955). Mais le côté "exploitation" entre en jeu lorsque les intrus commencent à commettre des atrocités sur les personnes prises en otages, et il se poursuit quand les victimes se transforment en bourreaux. Là, le film-référence devient alors La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven (1972), une oeuvre elle-même inspirée de "La Source"/"Jungfrukällan" (1960) d'Ingmar Bergman, qui va entraîner bon nombre de succédanés, notamment en Italie, entre le milieu des années 70 et le début des années 80.

La settima donna a été mis en scène par Franco Prosperi. Mais attention, dans le cinéma de genre italien il s'avère que deux Franco Prosperi ont officié en tant que metteurs en scène. L'un, né en 1928 à Rome, fut le créateur du mondo movie, avec "Mondo cane" (1962). Il se spécialisera d'ailleurs dans le documentaire volontairement choquant et racoleur, la plupart du temps avec son complice Gualtiero Jacopetti. Son homonyme, l'auteur de La settima donna, naquit en 1926 (à Rome également), il est décédé en 2004. Dans un premier temps, il travailla en plusieurs occasions avec Mario Bava, notamment sur les plateaux de "La Ruée des vikings", "La Fille qui en savait trop" ou encore Hercule contre les vampires, soit en qualité d'assistant-réalisateur, soit en tant que scénariste. Il a également réalisé des polars ("Pronto ad uccidere" avec déjà Ray Lovelock, et "Il commissario Verrazzano" avec Luc Merenda). Sa fin de carrière sera marquée par deux incursions dans l'heroïc-fantasy, alors en vogue en Italie suite au succès du "Conan" de John Milius : "Gunan il guerriero" et "L'Epée de feu", tous deux mettant en vedette la blondinette Sabrina Siani.

 

 

La settima donna est un démarquage de La Dernière maison sur la gauche. Ce n'est donc pas étonnant si le film fut commercialisé aux Etats-Unis sous le titre "The Last House on the Beach". Pourtant, on sera en droit de préférer le titre original, signifiant "La Septième femme", dans la mesure où il s'articule autour de son personnage principal, Soeur Cristina, qui incarne cette septième femme (en plus de la bonne et des cinq étudiantes), celle par qui la vengeance arrivera.
Le film suit une trame somme toute classique. D'abord le casse, filmé très rapidement, avec une caméra dirigée sur les jambes des protagonistes (un effet de style discutable, puisque l'on sait de toute façon assez vite qui sont les braqueurs). Ensuite, la fuite, brève également, et l'intrusion des criminels dans la propriété. Le gros de l'intrigue se résume en fait à un huis-clos impliquant le trio de malfaiteurs et ses otages, réduits à six après le meurtre brutal de la femme de ménage à coups de fer à repasser. La partie "rape and revenge" n'intervient que dans le dernier quart d'heure, relativement expédiée si l'on excepte le sort réservé à Aldo.

 

 

Le spectateur est donc convié à suivre essentiellement les faits et gestes de neuf personnes, soit les victimes et nos trois "bad guys". Un trio diminué presque d'entrée de jeu, dès lors que le personnage de Nino se voit sérieusement blessé par la pointe acérée d'un peigne en haut de la jambe, près de l'aine. Idée scénaristique intéressante, puisqu'elle permet en théorie d'équilibrer les rapports de force. La suite démontrera que même avec ce handicap, les trois hommes parviendront néanmoins à maîtriser la situation, jusqu'à ce que la mort atroce d'Elisa déclenche enfin la révolte, essentiellement par l'entremise de Soeur Cristina.

On pourra regretter toutefois un flagrant manque de charisme au sein du trio de malfaiteurs, même si en matière de délinquance et de perversion ils vont faire preuve d'un zèle évident. Le spectateur aura quand même du mal à identifier un véritable leader, un personnage de l'envergure de Macha Méril dans "Le Dernier train de la nuit", par exemple, ou de David Hess dans La Dernière maison sur la gauche et "La Maison au fond du parc". Franco Prosperi a misé sur le visage angélique de Ray Lovelock, dont le comportement tout au long du film en fait certes un personnage ambigu, mais pas assez "méchant" pour convaincre totalement. L'acteur est bien plus efficace, finalement, lorsqu'il est relégué au second plan, comme dans La Rançon de la peur ou "Brigade volante", dans lesquels il forme un complément homogène à Tomas Milian pour le premier et à Gastone Moschin pour le second. A la limite, le personnage de Walter (incarné par Flavio Andreini, dont la carrière sera relativement brève) va plus loin au niveau de l'outrance. C'est d'ailleurs lui qui a la scène la plus marquante, lorsqu'il se maquille avant de violer Lucia, volant pour le coup la vedette à Lovelock.

 

 

En ce qui concerne nos étudiantes, elles sont donc cinq même si l'une d'entre elles, Karine Verlier, est presque inexistante malgré un temps de présence honorable à l'écran. Les habitués du cinéma de genre italien reconnaîtront quelques unes des actrices subissant les violences de leurs bourreaux, parmi lesquelles Sherry Buchanan ("La Terreur des zombies" et l'inénarrable "Starcrash 2" de Bitto Albertini), Laura Trotter (L'Avion de l'apocalypse, "Miami Golem") ainsi que Luisa Maneri ("Body Count").
Enfin, Florinda Bolkan endosse le rôle titre, celui de Soeur Cristina. Elle s'en tire avec les honneurs même si on ne la sent pas vraiment à l'aise avec son personnage. L'actrice brésilienne s'est montrée bien meilleure dans des films comme Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Le Venin de la peur et bien sûr "Flavia la défroquée", sans oublier le moins connu mais néanmoins très bon Le orme.

Malgré cela, La settima donna conserve après toutes ces années cette saveur propre au cinéma d'exploitation. C'est un thriller malsain, pour lequel le réalisateur a su habilement mettre en opposition son cadre magnifique (la villa, et la nature environnante) et les événements sordides s'y déroulant. Le film est doté d'une belle photographie que l'on doit à Cristiano Pogany, qui oeuvra sur des longs métrages comme Voyeur pervers (dont on voit un extrait dans La settima donna, lorsque les protagonistes regardent la télévision) ou "Murder Obsession" de Riccardo Freda. Il possède également une partition musicale de qualité, composée par Roberto Pregadio (Death Carries a Cane). On regrettera quand même que Franco Prosperi n'ait pas osé aller aussi loin, dans l'ensemble, que son confrère Aldo Lado quelques années plus tôt ; contrairement à ce que fera par la suite Ruggero Deodato avec "La Maison au fond du parc", tant au niveau de l'érotisme (qui demeure très léger dans La settima donna), que dans celui de la violence, ici très atténuée par une pratique répétée du hors-champ. Cela étant, si l'on évite le jeu des comparaisons, La Dernière maison sur la plage possède suffisamment d'ingrédients pour satisfaire les amateurs de cinéma d'exploitation.

 

 

Flint

 

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# La fiche dvd Artus Films de La Dernière maison sur la plage

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