Hommes d'une autre planète, Les
Titre original: Huo xing ren
Genre: Science fiction , Kaiju Eiga
Année: 1976
Pays d'origine: Taiwan (Thaïlande / Japon pour le film
Réalisateur: Hung Min Chen (Sompote Sands pour l'original thaïlandais)
Casting:
Chiang-Lung Wen, Bao Yu Wang, Hsiao-hsuan Lu, Han Chang, des types déguisés...
Aka: Gli uomini di Marte / Mars Men
 

"Dans un parc taïwanais, des enfants jouent au base-ball, symbole de l'acculturation des masses, dans cet îlot impérialiste rebut de la Chine millénaire, au lieu de pratiquer le taï chi comme tous les jeunes Chinois de leur âge. Ils perdent la balle et celui, dans le groupe, dont la coiffure n'est pas inspirée par l'exemple de notre bien-aimé grand timonier mais par la jeunesse dégénérée de l'Occident honni, doit aller la chercher (bien fait pour sa gueule). Mais celle-ci tombe dans une grotte, l'enfant est donc obligé de se rendre dans le souterrain d'un temple (symbole d'une superstition rétrograde) pour la récupérer. Là, il est subjugué et aveuglé par l'éclat incandescent d'un joyau et s'évanouit. Pendant ce temps, son père regarde à la télévision capitaliste une oeuvre passéiste, mais celle-ci est interrompue par l'intervention d'envahisseurs martiens menaçant les nationalistes de destruction (on peut les comprendre) s'ils ne leur fournissent pas une pierre magique. Sur ces entrefaites, l'enfant se réveille et découvre une figurine de divinité Thaï (encore appelée l'idole des jaunes) qu'il ramène à son père..."
(citation de la gazette cinématographique de Canton, 1976)

"Ah Formose! ce confetti de Chine qui se rêve Japon."
(Yvonne de Gaulle, 1964)

 

 

Que dire de cette "oeuvre"? Selon les critères de la cinéphilie classique, il faut bien convenir qu'elle n'est franchement pas terrible (euphémisme). Scénario inepte, mise en scène allant du quelconque (pour la partie taïwanaise) au foireux (pour la partie thaï, cumulant cadrages ratés et faux raccords), trucages rudimentaires (même pour l'époque) et jeu d'acteurs, au mieux, médiocre. Mais il est clair, en tout cas de nos jours, que cela s'adresse à un public prévenu qui est là pour voir un spectacle complètement barré, allant bien au-delà des notions classiques de bon et de mauvais goût. D'une certaine manière (mais là c'est purement subjectif, car l'auteur de ces lignes n'est pas un amateur de ce genre de film), comme il est difficile de prendre au sérieux et au premier degré un kaiju eiga, on peut dire que Les hommes d'une autre planète repoussent les limites des films de monstres géants pour en devenir une sorte de quintessence.

 

 

En d'autres termes, c'est complètement con mais en même temps d'une telle naïveté dans sa maladresse que ça en devient sympathique, le pendant enfantin du cinéma d'exploitation.
Soyons clair, à moins d'être un "gogol" complet (genre "amateur autoproclamé de nanars") ou sous l'emprise de l'alcool ou de psychotropes que la morale (et la loi de notre beau pays) réprouve, vous n'allez pas vous marrer tout le temps.
A la vision du film, on oscille constamment entre amusement et consternation ; c'est d'ailleurs plus l'état d'esprit du spectateur qui le fera basculer au final du bon ou du mauvais côté.

 

 

Pour comprendre un peu le "quoi du comment du pourquoi" de la chose, il faut revenir à sa genèse, beaucoup plus complexe que son scénario. Au départ, il y a une série TV japonaise, du début des années 70, de "kaiju eiga SF": Jumborg Ace qui n'est en fait qu'un sous Ultraman qui lui-même... Enfin bref, toutes ces séries ont semble-t-il beaucoup de succès en Extrême-Orient.
Seconde étape - en 1973 sort en Thaïlande un film de kaiju eiga autochtone: "Tah Tien", avec en vedette "Yuk Wud Jaeng", une statue géante de divinité thaï, gros succès au box office local. Les producteurs du truc ont alors l'idée, pour exploiter le filon, de remonter à sa source (à savoir le Japon) en s'associant aux producteurs nippons de Jumborg Ace et Ultraman, afin de récupérer les dits personnages déjà célèbres, mais aussi pour réutiliser massivement des images de ces séries au sein des futurs longs-métrages. C'est ainsi que naquirent en 1974 pas moins de trois films, deux associant Yuk Wud Jaeng avec Ultraman et un troisième, celui qui nous intéresse, "Giant and Jumbo A" (pour son titre international), mettant aux prises notre statue thaï avec Jumborg Ace.
Troisième et dernière étape, un studio taïwanais rachète les droits du film et le remonte en 1976, en retournant les scènes avec protagonistes "humains" ; ce qui a le double "mérite" de siniser l’oeuvre (et d'en effacer ses origines thaï), mais aussi, si l'on en croit son "re-découvreur" André Dubois (quel magnifique prénom), de rééquilibrer l'ensemble et de rendre le film plus cohérent... Diable, au vu du film taïwanais, on en conclura que la version thaïlandaise ne doit pas être piquée des hannetons.

 

 

Pour en revenir au film lui-même et à ce qui fait le sel des kaiju eiga, si dans Les hommes d'une autre planète le côté destruction de maquettes laisse un peu à désirer, par contre au point de vue "baston entre craignos monsters" on est franchement gâté ; on frôle même l'overdose. L'essentiel du potentiel comique du métrage provient d'ailleurs de la partie thaï et est concentré dans le dernier tiers ; notons d'ailleurs que le cadrage souvent déficient de ces scènes est sans doute dû à un recadrage en format plus large de séquences de la série TV japonaise. La partie taïwanaise, plus "normalisée", n'est pas dépourvue de quelques incongruités de bon goût. Ainsi, cette réunion internationale de scientifiques (tous chinois) où les protagonistes, après avoir échangé quelques banalités bien pensantes (qui ne dépareraient pas dans une chanson de Zaz ou Noah), mais sans émettre la moindre proposition, sont interrompus par une intervenante proposant de procéder au vote... De quoi, on ne le saura jamais.
Si, dans le grand melting-pot asiatique que constitue ce film, les droits du copyright pour les images ont semble-t-il été respectés, il n'en va pas de même pour la bande-son. On notera entre autres emprunts une reprise de l'intro instrumentale de "Time" des Pink Floyd répétée en boucle.
Bref, une oeuvre autre, pas un bon film certes mais un bon divertissement, bien meilleur qu'un "Pacific Rim" par exemple... en tout cas bien plus jouissif.

 

 

Sigtuna


En rapport avec le film :

# Le dvd Bach Films de Les hommes d'une autre planète

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