Ataragon
Titre original: Kaitei Gunkan
Genre: Science fiction , Aventures , Fantasy
Année: 1963
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Ishirô Honda
Casting:
Ken Uehara, Jun Tazaki, Yôko Fujiyama, Hiroshi Koizumi, Tadao Takashima, Kenji Sahara...
 

On ne sait pas tout de l'après-guerre nippone. Dans la série "on nous cache tout, on nous dit rien", sachez que tous les Japonais n'ont pas capitulé lors de leur défaite après la seconde guerre mondiale. Par exemple, certains sous-marins ont refusé d'être désarmés ; si les A400, A401 et A402 (I400 etc... dans la v.o.), des sous-marins techniquement révolutionnaires, l'ont été, le A403, commandé par le capitaine Jinguji, a en revanche préféré se sauver. Voici ce qu'apprend de "source sûre", l'amiral Kosumi de la bouche d'un photographe ("j'ai eu des renseignements !"). Lors de la discussion, il apprend aussi que son capitaine serait toujours vivant, toujours en guerre, prêt à en découdre pour la cause d'un Japon expansionniste, tout cela, vingt ans après.
Enfin, heureusement que cette bête de guerre soit encore vivante, parce que, outre ce genre de petite révélation, détail historique au regard du reste, des hommes-vapeurs émergent de la mer, la nuit, le long des ports, terrorisant puis tuant des gens, sans trop qu'on sache pourquoi, qui ils sont et d'où ils viennent vraiment...

 

 

En fait, ce que peu de gens savent c'est qu'il y a 12.000 ans, l'empire Mu régnait sur le Japon, ce avant de devenir "Terre engloutie" et de voir du coup son empire anéanti, en tout cas en apparence. On comprend alors pourquoi, depuis ces années ancestrales, des séismes ravagent les continents : le peuple Mu est un peuple sous-marin qui parfois envoie des agents sur Terre à des fins de repérage. Un empire qui jadis avait colonisé tous les pays terrestres (ce qui, en passant, prouve que les historiens et journalistes ont la mémoire courte et sélective). Cet empire a donc jadis disparu en une nuit, englouti par les flots de l'océan pacifique. Par contre, le peuple Mu étant un peuple supérieur, non seulement il avait su anticiper la catastrophe, mais en avait trouvé les dispositions utiles pour y parer. Visionnaire, il créa ainsi de nouvelles sources d'énergie, ce en domestiquant le "feu" de la Terre et d'autres sources naturelles enfouies au fond de la mer. Ainsi, l'empire Mu a, sans qu'on le sache, assuré sa survie et sa continuité. Seulement, y a pas que ça ! L'empire Mu, pour bien se faire comprendre, signifier, envoie un film par la poste nippone (c'est que le peuple Mu aurait aussi domestiqué le cinéma dans un aquarium géant), attestant qu'il est détenteur du fameux sous-marin A403 dont le célèbre capitaine Jinguji avait le commandement. Ses revendications : stopper immédiatement la construction de l'Ataragon, un sous-marin ultra-puissant qui les mettrait en danger. Des plans du sous-marin révolutionnaire ont été retrouvés dans le A403, il est désormais indispensable que tous les pays redeviennent les vassaux de l'impératrice Mu. Et puis, comme toute civilisation avancée, l'empire Mu, bien que sous le joug d'une impératrice, s'en remet à son dieu (un dénommé Manda, terroriste en puissance, dragon s'il en est...).

 

 

Bref, pour mieux se faire comprendre, autant noter en toute simplicité et sans analyse aucune, en quoi consiste l'histoire de Ataragon : un récit touffu, invraisemblable mais volontairement enclin à la fantaisie ; il brasse tant d'histoires en une seule qu'il finit par ressembler à un bouquet fleuri. Si je rajoute que le fameux capitaine Jinguji sera bien retrouvé sain et sauf, ce 20 ans après la capitulation du Japon, on peut affirmer sans honte qu'on n'a rarement vu script aussi parfaitement absurde ; en tout cas, sur le papier. Et c'est tant mieux ! Car c'est aussi ce qui lui sert de matière : ce dernier refusera dans un premier temps d'aider son pays, arguant qu'il est toujours en guerre contre certaines nations composant l'ONU, mais changera d'avis dès lors que le peuple Mu kidnappera sa fille. C'est du reste là, à l'instar du noyau terrestre dont se sert le peuple illustré à l'écran pour puiser son énergie, qu'Ishirô Honda puise matière à délivrer son message : d'abord via le personnage militaire, impérialiste en puissance, resté coincé dans des idéaux vieux de près de 20 ans - ceux qui séparent un Japon belliqueux, expansionniste, et un Japon plus moderne - ensuite par l'intermédiaire d'un peuple qui finalement n'est que le miroir des valeurs dans lesquelles il est resté englué. S'opérera enfin et à partir de là une prise de conscience. Et à Honda de délivrer un message naïf mais à propos en tout cas pacifiste, rappelant au passage non seulement les erreurs passées de sa nation, mais faisant preuve également d'une pudeur proche de la gêne dès lors qu'il faille régler par la violence, éradiquer purement et simplement le problème que pose ce fameux royaume sous-marin, lequel prétend à la suprématie et se déclare souverain des autres nations du Monde...

 

 

Si l'on pense durant un petit moment à Jules Verne et son Capitaine Nemo, ce n'est pas fortuit puisque Ataragon est l'adaptation d'un roman de Shunrō Oshikawa (pseudonyme de Masa'ari Oshikawa), lequel s'est longtemps inspiré des écrits de Verne avec des romans narrant les récits de jeunes aristocrates, d'inventeurs courageux ou tyranniques, ainsi que des "Robinsonnades". Un romancier populaire dans son pays mais qui n'a jamais été traduit dans les pays occidentaux, restant ainsi dans la confidentialité. Finalement, mort de façon précoce en 1914 à l'âge de 38 ans, ce n'est qu'à partir des années 60, de part l'adaptation de ses écrits, qu'il finit, par procuration, à atteindre l'occident. Sa série des "Kaitei Gunkan" est une succession de romans dont le plus connu est celui-ci. Le contexte de l'époque était tel que ses récits se faisaient le miroir d'un Japon patriotique et nationaliste dérivant vers le militarisme et l'impérialisme, prêt à en découdre alors avec la Russie (ce sera chose faite en 1904, ce avant la mise sous protectorat en 1905 de la Corée, puis de son annexion par le Japon en 1910).
A noter aussi qu'on retrouve Komatsuzaki Shigeru au générique : un fait à signaler dans la mesure où il fut longtemps illustrateur avant de lui aussi se faire romancier, recyclant les œuvres de Shunrō Oshikawa. Ainsi, après avoir illustré dans son pays des rééditions des œuvres de Oshikawa, il écrivit "Kaitei Ōkoku" (Lost World under the Sea), un dérivé de "Kaitei Gunkan". En plus d'avoir participé au tournage comme "concepteur artistique" (tout comme pour Matango), son nom sera crédité au générique de façon rétroactive car l'on considéra alors que Shin'ichi Sekizawa, principal scénariste du film, avait pour le coup écrit un mixe des deux romans, exploitant, tout comme Ishirô Honda derrière la caméra, tout le potentiel socio-politique en l'inversant de manière humaniste.

 

 

Ataragon est un film généreux ; dans son discours, comme dans le spectacle qu'il propose, il se base sur des écrits visionnaires, pourvus néanmoins de motivations d'un autre temps, pour le moderniser. Il semblerait que la gigantesque créature, gardienne du temple, que l'on peut voir comme un clin-d’oeil à Godzilla, soit un rajout purement scénaristique, imposé par la production pour rentrer dans la case Kaijū. Le reste défile parfois de façon un brin bancale (plusieurs équipes furent en charge du tournage afin de respecter des délais très stricts), alterne scènes dramatiques et d'autres plus spectaculaires, ce, avec un bonheur inégal mais contagieux (à défaut d'être radioactif comme cet agent de Mu et sa clé anglaise, envoyé en mission). L'illustration de la cité sous-marine lui donne des airs de péplum et de fantasy qui contrastent de belle manière avec l'aspect moderne d'une machine assez impressionnante et quant à elle autant sous-marine qu'aérienne : le fameux et ultra-puissant Ataragon. La mise en place, bien que laborieuse et confuse, reste en mémoire grâce à l'existence (encore mystérieuse à ce moment là) d'hommes-vapeurs pour le moins intrigants. On nage ainsi, durant 95 minutes pleines, à la croisée des genres, et l'on passe ainsi de la science-fiction à la fantasy, du thriller au film d'aventures, sans aucun ennui. Finalement, Ishirô Honda réactualise ici le discours de son Godzilla dans un spectacle qu'on qualifiera de plein et de chatoyant. La partition d'Akira Ifukube ne fait que confirmer cette bonne impression et louche de manière très efficace vers celle déjà fournie pour ce qui est déjà devenu alors une figure emblématique de la culture populaire nippone, pourtant créée en 1954, soit à peine dix ans avant. En l'état, Kaitei Gunkan demeure un bien chouette film, assez proche finalement dans l'esprit d'un George Pal.

 

 

Mallox

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