Antre de la Folie, L'
Titre original: In the Mouth of Madness
Genre: Fantastique
Année: 1995
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: John Carpenter
Casting:
Sam Neill, Julie Carmen, Jurgen Prochnow, David Warner...
 

Afin de prouver qu'il s'agit d'une escroquerie à l'assurance, l'enquêteur John Trent est chargé de retrouver Sutter Cane, dernier écrivain à la mode dans le genre horrifique, mystérieusement disparu. La maison d'édition de Cane enverra avec lui Linda Styles, éditrice attitrée du romancier. Trent pensera découvrir l'arnaque en se rendant à Hobb's End, patelin mentionné dans les écrits de Cane, mais qui ne figure sur aucune carte. Il découvrira bien l'écrivain, mais également de nombreuses choses étranges qui, puisque le film n'est qu'un long flash-back succédant à une scène d'asile, apporteront la folie dans tout le pays, comme il est suggéré d'entrée de jeu.

 

 

Carpenter s'attelle ici à un sujet plutôt casse-gueule puisque son film vise tout bonnement à synthétiser à l'écran tous les codes tracés par l'écrivain H. P. Lovecraft dans ses oeuvres liées au mythe des Grands Anciens, et ce afin d'aboutir à un film fortement marqué du style de l'écrivain, mais sans être directement l'adaptation d'une de ses oeuvres. Chose très périlleuse donc, tant l'intérêt de toute la mythologie lovecraftienne repose sur l'attente de l'avènement des Anciens, avec pour seuls indices des rêves, des découvertes archéologiques, des visions abstraites monumentales jusqu'à en devenir inconcevables et impossibles à retranscrire à l'écran sans tomber dans le ridicule.

Pourtant, Carpenter fait preuve ici de son très grand talent, livrant l'un de ses tout meilleurs films et sachant synthétiser à la perfection les éléments essentiels des oeuvres de Lovecraft. Le film reposera ainsi en grande partie sur une atmosphère étrange, créée par la présence de rares villageois, apparemment fous ou bien défigurés (chose présente chez Lovecraft, notamment dans Le Cauchemar d'Innsmouth et son village peuplé d'hommes-poissons adorateurs de Dagon). La réalisation de Carpenter est lente, joue beaucoup sur la musique et les bruitages, ainsi que sur le décor désolé de cette petite ville américaine où la grisaille règne.

 

 

Tout ce qu'il faut pour placer un contexte approprié à l'arrivée du personnage de Sutter Cane. Un personnage d'écrivain visiblement misanthrope (comme Lovecraft), dont les romans (aux titres très lovecraftiens également) semblent s'être emparés du réel. Ce qui bien entendu provoquera l'arrivée de choses défiant toute logique, avec avant tout des monstres ou personnages tordus, mais aussi d'autres choses jouant avec le temps et l'espace. Mais ce qui rend L'Antre de la Folie véritablement lovecraftien, c'est avant tout la présence du personnage de John Trent. Un enquêteur rationaliste, qui tout au long du métrage s'évertuera à trouver une raison logique à tout ce qui se produit. D'abord par réelle conviction en l'arnaque qu'il souhaite démasquer, puis au fur et à mesure par autodéfense contre la folie qui s'emparerait de n'importe qui. C'est ce combat mental entre Trent et Cane qui fera tout l'intérêt du film.

Carpenter emploiera un humour bien particulier, avec toute une succession de scènes surréalistes envoyées dans les gencives de l'enquêteur dont le rationalisme (véritable mur mental, comparable à celui que dresse le personnage du Village des Damnés pour que les enfants maléfiques ne lisent pas ses pensées) poussera jusqu'au ridicule. Car à la fin, les pôles seront inversés : les scènes issues de l'imagination de Cane seront la norme tandis que la logique sera marginalisée. Cette lutte entre la folie et la raison, en plus d'amener des scènes démentes à un rythme effréné, illustre en plus tout le coeur des écrits de Lovecraft, qui commencent souvent par le début de la fin, lorsque le personnage principal, doutant de sa propre raison, s'apprête à en finir mais tient tout d'abord à nous raconter son histoire.

 

 

Carpenter adopte ici la même structure, et ira même jusqu'à intégrer les Grands Anciens à son histoire. C'est d'ailleurs là qu'il commet l'erreur de les montrer, car une fois de plus, ils rendent particulièrement mal à l'écran. Mais enfin bon, il s'agit d'une toute petite partie d'un film superbement bien ficelé, écrit et réalisé. Et qui en outre se paye le luxe (secondaire mais pas négligeable) de tourner en dérision tous les phénomènes de mode hystériques, ces engouements de masse pour un artiste manipulateur. Vraiment, du tout bon.

Note : 9/10

 

Walter Paisley
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