Wolfen
Genre: Lycanthropie , Epouvante
Année: 1980
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Michael Wadleigh
Casting:
Albert Finney, Diane Venora, Edward James Olmos, Gregory Hines, Tom Noonan, Dick O'Neill...
 

Dans la soirée qui a suivi la pose de la première pierre d'un immeuble qui portera son nom au coeur du Bronx, le richissime Peter Van Der Veer, sa femme et son chauffeur-garde du corps sont assassinés sauvagement, jugulaire et carotide tranchées, à Battery Park. Cet endroit préservé, contrastant totalement avec le vaste champs de ruines fait d'immeubles abandonnés, de bâtiments en cours de démolition et de montagnes de gravats au centre du projet immobilier Van der Veer, est aussi un lieu de mémoire pour sa famille puisque l'on y trouve la réplique du premier moulin à vent implanté en Amérique par l'un de ses illustres ancêtres débarqué d'Europe 300 ans plus tôt.
Au côté de ce prestigieux vestige, bercées par le vent, des girouettes ou sculptures mobiles d'indiens semblent se charger également d'une force symbolique assez énigmatique. Nous sommes à New-York, cité moderne et symbole de l'Amérique triomphante s'il en est, mais les rares descendants d'indiens qui bâtissent les gratte-ciels et les ponts suspendus, n'ont peut-être pas dit leur dernier mot...

 

 

A l'occasion de ce triple meurtre aussi barbare que violent, Dewey Wilson est rappelé par son supérieur et réintégré dans la police. Mis au rancart suite à des déboires conjugaux doublés d'une plongée au fond d'une bouteille, il semble reprendre pied et son chef le juge apte à mener ce genre d'enquête.
Sans être en concurrence directe avec elle, il rencontre à cette occasion une organisation privée de protection des PDG et autres magnats de la finance à laquelle appartenait le garde du corps de Van der Veer. Directement touchée par ce crime, cette organisation qui a l'oreille du maire souhaite ardemment en trouver les coupables. Nous sommes à l'heure des multiples mouvements terroristes d'extrême gauche, privilégiant parfois l'action directe à la propagande lénifiante, et la piste choisie est, dès lors, celle de l'assassinat politique.
Rebecca Neff, une psychologue travaillant sur la motivation des terroristes, est à son tour embarquée dans l'affaire, ainsi que Whittington, un médecin légiste cool et funky, et le Dr Ferguson, un vétérinaire du zoo de New-York. Wilson s'oriente en effet, lui, à cause de poils retrouvés sur les victimes, sur des attaques animales. Mais de quels animaux s'agit-il ? Tous ceux qui auront lus le titre avant de voir le film s'en douteront quelque peu. Il s'agit en effet de Canis Lupus, plus communément appelés, des loups... Des loups ou des hommes-loups ? Des loups-garous ? Des indiens, dont le lien avec la nature serait si fort qu'ils seraient capables de se transformer en loups ?
Pour Ferguson, seul un homme peut tuer aussi sauvagement d'autres hommes. Un loup ne tue que pour se nourrir, pour se défendre ou pour sauvegarder son territoire. Or, Van der Veer, sa femme et son gorille ont été tués mais non dévorés. Bref, ça ne colle pas pour Ferguson qui ne voit là que l'oeuvre possible d'un détraqué portant, peut-être, un costume de loup.

 

 

Mais avec les travaux de déblaiements qui se poursuivent dans le Bronx, 8 nouveaux cadavres font leur apparition. Cadavres en partie dévorés de malades, de SDF, de drogués, sur lesquels Whittington retrouve, une fois de plus, des poils de loups... Avec l'aide de Rebecca et de Whittington, Dewey approfondit ses investigations en direction de la piste animale et de la piste indienne et les ancre définitivement sur cet endroit de désolation au fin fond du Bronx, dans une église en ruine où même les restes de vitraux semblent avoir une signification. Cette curiosité professionnelle qui les amène à fouiller dans la tanière des "Wolfen" va aussi les placer comme danger potentiel pour ces derniers et, donc, comme cibles humaines à éliminer. Les chasseurs vont devenir chassés. Les traqueurs traqués...


Wolfen offre de nombreux moments de tension, relevés par la musique ou l'absence de musique, les cadrages et les angles de vision particulièrement bien choisis et par un filmage dynamique à la Louma et en steadycam, notamment pour ces séquences en vision subjective des déplacements des loups.

 

 

Le statut de ces derniers reste d'ailleurs énigmatique et place l'histoire aux lisières d'un fantastique nourri de mythes amérindiens millénaires. Chacun choisira d'y plonger ou pas, l'option cartésienne de la tribu canine, toujours vivace quoique devenue aussi invisible que celle des indiens dans l'Amérique de la fin du 20ème siècle, restant possible également.
Wolfen et les indiens. Ce qui les unit semble aussi fort que ce qui les sépare de l'homme "civilisé". Leur lien profond avec la nature trouble et envoûte à la fois un Dewey de plus en plus désemparé devant l'incroyable vérité. Et le final brillant, après un dernier coup d'éclat sanglant de la tribu des loups, laisse planer le doute sur la seule réalité concrète des animaux.


Michael Wadleigh mène son histoire de main de maître, dévoile ses créatures très progressivement, ajoutant à leur présence réelle une dimension proprement spirituelle ; il use du caractère particulièrement cinégénique des ruines d'un quartier urbain voué à la destruction et place ses personnages principaux dans des situations qui, bien souvent, les dépassent.
A l'image de ces indiens ne connaissant pas le vertige, il donne de la hauteur à son film dans un mouvement presque constant qui accompagne l'intrigue, la renforce et lui donne son ampleur. Wolfen est une belle réussite.

 

 

Note : 9/10

 

Bigbonn

 

A propos du film :


# Difficile d'avoir des renseignements sur Michael Wadleigh. A noter qu'il s'offre un cameo dans "Wolfen", jouant le rôle d'un indicateur.

# A noter que si le film date de 1980, il n'est sorti en France qu'en 1982. Il est adapté d'un roman de Whitley Strieber, très branché sur les animaux et le fantastique (et plus tard sur les ET). "Wolfen" a été son premier roman (1978). Deux autres de ses bouquins ont connu une adaptation au cinéma : "The Hunger" ("Les Prédateurs"), et le chiantissime "Communion" de Philippe Mora.

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