Täcknamn Coq Rouge
Genre: Thriller , Espionnage
Année: 1989
Pays d'origine: Suède
Réalisateur: Per Berglund
Casting:
Stellan Skarsgård, Lennart Hjulström, Krister Henriksson, Philip Zandén, Anette Kischinowsky, Lena T. Hansson, Gustaf Skarsgård...
Aka: Codename Coq Rouge
 

Dans un navire de guerre suédois se tient une rencontre entre l'amiral dirigeant les services secrets militaires et son collègue des renseignements "civils", Näslund, le chef de la Säpo. La réunion a pour objet le plan Dalet, une supposée attaque terroriste liée au conflit israélo-palestinien qui devrait avoir lieu sur le sol suédois. Assiste à la rencontre Folkesson, responsable de la section Moyen-Orient à la Säpo, et le lieutenant Carl Hamilton, agent spécialement formé aux "actions spéciales" (en d'autres termes : un tueur) sous le nom de code de "Coq Rouge" (en français dans le texte). Näslund refuse vertement l'aide militaire représentée par Hamilton et quitte le navire de mauvaise humeur.
Revenu sur le plancher des vaches, Folkesson affirme à son supérieur qu'il peut (grâce à ses contacts) faire annuler le plan Dallet à condition d'agir seul et officieusement, conditions que Näslund lui accorde.
Deux jours plus tard, Folkesson est retrouvé mort dans sa voiture sur une route déserte, une balle en pleine tête. L'arme du crime a été laissée sur place. C'est un pistolet Tokarev soviétique, l'arme de poing des officiers des armées du pacte de Varsovie, mais aussi vendue à quelques centaines d'exemplaires à la Syrie...

 

 

Täcknamn Coq Rouge (en français dans le texte), soit en traduction littérale : "nom de code röd tupp" (en suédois dans le texte) est la première adaptation cinématographique d'un roman (en l'occurrence le premier) de la série d'espionnage suédoise sur Carl Hamilton. Gros succès littéraire dans son pays d'origine, traduit en anglais mais n'ayant jamais débarqué sur nos rivages, Carl Hamilton a été surnommé en Grande-Bretagne le "James Bond suédois" (précisons que, comme son nom ne l'indique pas, Carl Hamilton, en tant que héros de la série éponyme, est un rejeton de nobliaux suédois).
En fait, c'est plus le personnage de Hamilton qui a un côté "bondien", par ses succès féminins et ses capacités "de combattant" que les romans eux-mêmes bien plus réalistes et moins manichéens que ceux de Ian Fleming. Dans la série romanesque Hamilton, après s'être élevé jusqu'aux plus hauts rangs de la Säpo, finira par basculer dans l'autre camp. Comme souvent dans la littérature populaire (et plus encore pour les séries "d'espionnage"), le héros est une version fantasmée et idéalisée de son auteur, et derrière Carl Hamilton on retrouve le romancier Jan Guillou.

 

 

La personnalité de Guillou est intéressante : d'origine bretonne et norvégienne, ex-enfant battu par son beau-père suédois et ex-délinquant juvénile selon ses dires et son premier roman (affabulation de mythomane, selon ses proches de l'époque), journaliste et militant d'extrême gauche pro-palestinienne dans les années 70, ses écrits sur la Säpo (les RG suédois) et le Parti social-démocrate au pouvoir lui vaudront alors quelques mois de prison.
Début 1980 il écrit un premier roman d'autofiction où il crée son premier double littéraire, "Erik Ponti", journaliste gauchiste que l'on retrouvera dans la série des Hamilton (où l'on aura donc droit à des dialogues entre Hamilton, la version fantasmée de Guillou, et Ponti un autre double un peu moins idéalisé de l'auteur !). La célébrité arrive quand Guillou publie en 1986, au lendemain de l'assassinat d'Olof Palme, "Coq Rouge", le premier des Hamilton. Difficile de trouver meilleur timing, l'atmosphère paranoïaque et complotiste du livre correspond parfaitement à l'état d'esprit des Suédois sous le choc de la perte de leur figure tutélaire. Le succès sera au rendez-vous et la série lancée.

 

 

Revenons maintenant à notre film qu'une affiche autochtone nous vend comme, je cite, un thriller de classe internationale. Dieu merci, malgré ce slogan publicitaire, on n'a pas cherché ici à copier un modèle hollywoodien et encore moins la série des James Bond, on peut même considérer Carl Hamilton comme un anti James Bond, en tout cas dans son avatar filmique. S'il va s'avérer être une redoutable machine à tuer et ne jamais hésiter à utiliser la violence quand elle s'avère nécessaire, Hamilton a aussi un passé, à bien des égards antinomique avec sa situation actuelle et qui le servira d'ailleurs dans son enquête.
Hamilton a aussi une famille et des états d'âme, même s'il ne les exprime pas par des mots, bref des failles dans son armure. Enfin, le film n'hésite pas à le présenter dans des situations humiliantes : jouant les "moutons", il se fait cracher dessus par l'idéaliste qu'il vient de piéger ; puis, plus tard, après s'être laissé capturer par des agents de l'OLP, il subit une fouille au corps intégrale (avec examen des orifices) afin de pouvoir rencontrer un gros ponte palestinien (on imagine mal Sean Connery se faisant renifler le fion dans "Dr No").
Enfin, "last but not least", toutes les filles sont moches (une pasionaria palestinienne et un agent israélien) et il n'en baise aucune (quoi que la première citée soit une ancienne maîtresse), ce qui peut se comprendre. Bref, Hamilton est un type complexe se débattant dans un univers réaliste.

 

 

Täcknamn Coq Rouge se divise en deux parties égales : l'enquête policière dans la première moitié du métrage, et une seconde moitié centrée sur le héros et orientée espionnage et action. L'enquête policière est assez complexe et un peu trop touffue, le défaut des adaptations littéraires trop fidèles avec des fausses pistes assez superflues. Loin d'être totalement convaincante du fait de ce scénario trop dense et d'une mise en scène assez plan plan, on doit reconnaître quand même qu'elle arrive parfois à recréer le charme si particulier des polars scandinaves (à la fois empathique et dépressif). Notons encore une fois l'absence de manichéisme, là aussi très scandinave ; pas de héros super enquêteur entouré de nazes, ici les agents de la Säpo sont des types relativement compétents et sincères dans leur engagement (directeur compris), choqués par les méthodes de cow-boy de Hamilton (qui sera dégagé de l'enquête), mais qui n'hésiteront pas par la suite à appliquer une realpolitik cynique pour ne pas créer de remous diplomatiques, quitte à laisser un innocent en prison.
La seconde partie repose entièrement sur les solides épaules de Stellan Skarsgård et aurait sans doute beaucoup plus de mal à passer si ce dernier n'était pas un acteur aussi doué et aussi charismatique. La reconstitution de Jérusalem dans le bled marocain fait quand même peine à voir.

 

 

Vous l'aurez compris, l'atout majeur de Täcknamn Coq Rouge est son acteur principal. Si avec le recul, et pour un non Suédois peu au fait de sa "carrière non internationale", Stellan Skarsgård "jeune" semble être l'acteur idéal pour ce rôle, son choix fut à l'époque très contesté. Révélé hors de Scandinavie par "Breaking the Waves" en 1996 (alors qu'il était déjà quadragénaire) où il incarnait une sorte de parangon de virilité, il va par la suite tourner pour Hollywood dans un peu n'importe quoi, mais le plus souvent dans des rôles de figure d'autorité. On en oublie donc qu'il eut une première carrière cinématographique strictement suédoise de "jeune premier séducteur / piège à minette" commencée (à peu de chose près) au côté de Christina Lindberg dans Anita. Pas étonnant, donc, qu'arrivé au terme de celle-ci Skarsgård fut jugé physiquement peu crédible pour le rôle, y compris par Jan Guillou. Le principal mérite du réalisateur Per Berglund fut de ne pas écouter les critiques et d'imposer Skarsgård. Celui-ci s'entraîna plusieurs mois au sein d'une unité d'élite et sa performance dans le film fit taire ses détracteurs.
Stellan Skarsgård reprendra la "défroque" de Carl Hamilton à deux reprises (dont un téléfilm). Dans les trois décennies suivantes, le "James Bond suédois" renaîtra sur les grand et petit écrans, avec à chaque fois des acteurs plus âgés (au moment du tournage) et plus musculeux que leur prédécesseur, dont Peter Stormare (pour l'anecdote le parrain de Gustaf, le fils de Stellan Skarsgård, qui joue son neveu de huit ans dans le film) et en 2012 Mikael Persbrandt.

 

 

Sigtuna

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