Massacre des morts-vivants, Le
Titre original: Non si deve profanare il sonno dei morti
Genre: Zombie , Horreur
Année: 1974
Pays d'origine: Espagne / Italie
Réalisateur: Jorge Grau
Casting:
Christina Galbo, Ray Lovelock, Arthur Kennedy, Aldo Massasso, Roberto Posse, José Lifante...
Aka: The Living Dead at Manchester Morgue / Let Sleeping Corpses Lie / No profanar el sueño de los muertos
 

George Meaning, antiquaire, ferme sa boutique pour prendre quelques jours de vacances, durant lesquelles il doit rendre visite à une connaissance afin de lui montrer quelques objets. Il quitte donc la grande ville de Manchester et la pollution pour l'air pur de la campagne. A mi-parcours, un incident se produit dans une station-service alors qu'il faisait le plein de sa motocyclette. Une automobiliste, Edna Simmonds, fait une manoeuvre malheureuse et renverse la Norton de Meaning. Les dégâts occasionnés ne pouvant être réparés avant quelques jours, George suit Edna dont la destination est proche de la sienne. Celle-ci va rendre visite à sa soeur Katie qui souffre d'une dépendance à l'héroïne. Elle vit avec son mari Martin dans une ferme retirée.
Mais ce qui s'annonçait comme un week-end tranquille se transforme peu à peu en cauchemar. D'abord, Edna est agressée par un homme étrange qui s'avère être un clochard mort noyé depuis plusieurs jours. Ensuite, Martin est sauvagement assassiné durant la nuit aux abords de la ferme par ce même individu. Et pour couronner le tout, l'inspecteur de police chargé de l'enquête soupçonne Katie d'être l'instigatrice du meurtre. George et Edna sont également dans son collimateur...

 

 

Le massacre des morts-vivants est une oeuvre beaucoup plus subtile que son titre français ne pourrait le laisser croire. On la doit au réalisateur espagnol Jorge Grau, responsable d'une vingtaine de longs métrages. Toutefois, le film dont il est question ici fut le seul de son auteur à avoir été distribué dans notre pays (tardivement, qui plus est, en 1980 - D'après Encyclociné, il y a eu aussi "Le péché" (Noche de verano) en 1963 mais uniquement en Province...).
En dehors de Non si deve profanare il sonno dei morti, Jorge Grau (plutôt ancré dans le cinéma d'auteur) a également mis en scène deux autres films marquants dans le domaine du cinéma de genre : "Ceremonia sangrienta" en 1973, évocation réussie autour du personnage d'Erzebeth Bathory, et "Cartas de amor de una monja" en 1978, un nunsploitation dont le titre reprend peu ou prou les "Lettres d'amour d'une nonne portugaise" tournées l'année précédente par Jesus Franco.

 

 

A l'heure où je rédige cette chronique, les feux des projecteurs sont tournés vers la COP21 (Conférence de Paris 2015 sur le climat), ayant pour but de lutter contre le réchauffement climatique. D'écologie il en est également question dans Le massacre des morts-vivants. Dès le générique d'ouverture, Jorge Grau nous montre les ravages occasionnés par une grande ville industrielle (ici, Manchester) sur le quotidien de ses habitants. Des citadins obligés de porter un masque pour marcher dans les rues, ou d'avaler des pilules pour soigner un mal qui les ronge, tandis que les cheminées gigantesques des usines crachent des fumées méphitiques. La caméra s'attarde un moment sur un groupe de gens attendant le bus, avec un constat sans appel : tous, quel que soit leur âge ou leur condition sociale, ont un regard désabusé, presque vide, aussi déshumanisé (sinon plus) que celui des zombies qui interviendront plus tard dans l'histoire.

 

 

Car le long métrage de Jorge Grau est aussi (et surtout) un film de zombies, dont l'apparition est provoquée par une machine agricole expérimentale dans une zone rurale. Une technologie pensée pour exterminer les insectes qui détruisent les cultures, à base d'ondes et de radiations ultrasoniques. Les radiations attaquent le système nerveux des insectes, dans un rayon d'action limité. Elles n'agissent que sur les systèmes nerveux les plus élémentaires, donc sans incidence sur les êtres humains, ou la faune animale en dehors des insectes. Pourtant, dans un hôpital avoisinant, des bébés ont des crises d'agressivité intenses. Et surtout, plus grave encore, voilà que les morts se relèvent... Parce que les cerveaux de nouveaux nés sont encore "élémentaires", et que ceux des morts ne sont plus actifs, les ondes vont les affecter également.

 

 

Le réalisateur se pose indéniablement en tant que militant, dénonçant les dérives que le progrès peut engendrer, tant sur l'homme que sur l'écosystème. Il égratigne aussi les croyances, les peurs imbéciles, les lieux communs. Ainsi le personnage de l'inspecteur de police en constitue le parfait archétype. C'est un homme irascible, borné, violent, qui déteste la jeunesse du moment, les hippies, les drogués ; et agit en parfait inquisiteur, accusant cette génération abhorrée sans avoir la moindre preuve. C'est ainsi qu'Edna et George passeront du simple statut de babas cool stupides à celui d'adorateurs d'une secte satanique.
Car un cimetière a été profané, un lieu d'ordinaire paisible. La désacralisation des zombies est pourtant purement pragmatique, destinée à servir leurs desseins. Une croix de sépulture est arrachée de son socle pour devenir un bélier et enfoncer une porte, derrière laquelle les héros se sont réfugiés. D'une façon ironique, Jorge Grau sacralise au contraire la résurrection des morts lorsque dans la crypte, Guthrie Wilson (le premier des zombies, le clochard) ramène à la vie deux corps gisant dans leur cercueil en imposant ses mains sur leur visage, reproduisant par ce geste le sacrement du baptême, mais rappelant aussi le Christ guérissant les malades.

 

 

Concernant le décor de l'action, on ne peut qu'admirer la manière dont les extérieurs ont été exploités. Curieusement, cette campagne anglaise à la fois superbe et menaçante rappelle certaines oeuvres d'un autre réalisateur espagnol, José Ramon Larraz (ce sera d'ailleurs une constante durant toute sa période anglo-saxonne). On ressent en effet cette même beauté quasi-surnaturelle, ce sentiment de communion avec la nature, de sérénité, mais aussi de danger sous-jacent, prêt à frapper à tout moment. Le contraste est saisissant, la mort frappe là où la vie devrait s'épanouir. Oui, la mort frappe, les chairs des victimes sont arrachées violemment de façon mécanique par des créatures qui n'ont qu'un objectif : se nourrir. Dans la forme, Jorge Grau anticipe les films d'horreur que Lucio Fulci réalisera quelques années plus tard ; le meurtre de la standardiste à l'hôpital en est un exemple significatif. Quant au fond, il rappelle évidemment George Romero (un militantisme prononcé) et La nuit des morts-vivants (jusqu'au sort réservé à George Meaning à la fin du film, identique à celui de Ben dans "Night of the Living Dead").

 

 

Derrière la caméra on a le plaisir de voir un couple d'acteurs foncièrement sympathique et ici particulièrement convainquant, dont la beauté éclatante contraste avec les horreurs dont ils sont témoins. L'Espagnole Christina Galbo est notamment connue pour avoir joué dans un chef d’oeuvre du cinéma ibérique : La Résidence de Narciso Ibañez Serrador. On a également pu la voir dans deux gialli de très bonne facture: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? et The Killer Must Kill Again.
Son partenaire Ray Lovelock, né la même année qu'elle, est aussi une figure récurrente du cinéma populaire depuis la seconde partie des sixties (il eût un second rôle marquant dans le western de Giulio Questi, Tire encore si tu peux). Il abordera à peu près tous les genres au cours de sa carrière, le fantastique (Les sorcières du bord du lac), le giallo (Frissons d'horreur) ou encore le polar (La rançon de la peur), son visage angélique étant souvent utilisé à contre-emploi pour incarner des bad-boys. Quant au flic antipathique, il est incarné par une ancienne gloire du cinéma américain, Arthur Kennedy. Après plusieurs décennies marquées par le succès, cet acteur sera obligé de relancer sa carrière en Europe et notamment en Italie, un destin comparable à celui d'autres vedettes anglo-saxonnes parmi lesquelles figurent Mel Ferrer, George Sanders et Dennis Price (ces deux derniers étant britanniques).

 

 

Enfin, parmi les seconds rôles et notamment les zombies, le public averti reconnaîtra quelques visages familiers comme ceux de Fernando Hilbeck (Plus venimeux que le cobra, mais aussi La chair et le sang), José Lifante (Le baiser du diable), Roberto Posse (Voyeur pervers) et Gengher Gatti ("Exorcisme tragique", Les vierges de la pleine lune).
En résumé, Le massacre des morts vivants figure parmi les oeuvres majeures abordant le thème des zombies. C'est aussi un film résolument pessimiste, depuis son ouverture jusqu'à sa conclusion, et qui pose bien des questions sur l'avenir de l'homme et de la planète.


Flint



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