Magnats du pouvoir, Les
Titre original: Winter Kills
Genre: Thriller , Drame
Année: 1979
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Richert
Casting:
Jeff Bridges, John Huston, Anthony Perkins, Eli Wallach, Sterling Hayden, Dorothy Malone, Tomas Milian, Ralph Meeker, Toshirô Mifune, Richard Boone, Brad Dexter, Erin Gray, Joe Spinell, Tisa Farrow...
Aka: Qui a tué le président ?
 

Quelqu'un pousse Nick Kegan à rouvrir personnellement l'enquête sur la mort de son frère aîné, Président des États-Unis. Nick est l'héritier d'une des plus grosses fortunes des U.S.A. : il a par conséquent le temps et l'argent ! Mais qui va-t-il trouver derrière cet assassinat ? Son propre père ? La mafia ? La CIA ?

 

 

Les magnats du pouvoir est un étrange thriller politique qui continuait en 1977 de fouler les sentiers d'un cinéma paranoïaque né au début des années 70. Il épouse en tout cas de manière assez lourdaude et alambiquée la théorie du complot avec, en fond, l'assassinat de John F. Kennedy, ainsi que l'éventuelle présence sur les lieux du crime d'un second tireur. Nick Kegan, fort bien interprété par un Jeff Bridges encore jeunot et à l'écran sous le joug d'un père monstrueux (John Huston), va s'escrimer à trouver l'identité du tireur tout en démantelant un sac de noeuds politique ayant abouti au meurtre de son frère.

On pourrait, de part la présence de l'acteur, en plus de l'intrigue trouble qui compose ce thriller politique, le comparer à "Cutter's Way" d'Ivan Passer, lequel sera tourné peu après, en 1981 : dans ce dernier, la paranoïa avait à la fois lieu d'être tout en étant le fait de trahisons vécues : la guerre du Vietnam comme le scandale du Watergate.

 

 

Winter Kills est une adaptation d'un roman de Richard Condon, dont les adaptations les plus connues pour le cinéma demeurent "Un crime dans la tête" (avec deux versions, celles de John Frankenheimer et de Jonathan Demme) ainsi que "L'honneur des Prizzi" que réalisera John Huston que l'on retrouve donc ici, vampirisant quasiment l'écran de sa présence : il faut le voir en slip rouge, arborant des allures d'orang-outan, tout en apparaissant comme un ogre financier, à la fois manipulé mais non dupe de l'être, tant que cela lui rapporte.

Presque oublié à ce jour et bien que bancal, Winter Kills possède pourtant quelques qualités et arguments et mériterait à ce titre une seconde chance.
Si le casting peut paraître hallucinant de prime abord, il répond au fait d'une production saccadée, heurtée, ce qui explique probablement, en tout cas, en partie, son aspect confus, donnant l'impression de voir deux acteurs principaux traverser un long chemin de croix, avec moult stars n'ayant qu'une seule scène à jouer (à l'exception notable de Richard Boone, d'Eli Wallach -en flashback- et d'Anthony Perkins qui en ont deux ou trois. Les derniers en font d'ailleurs de trop et seul Richard Boone joue à la bonne mesure). Ce traitement en fait aussi ses inégalités. La rencontre avec Sterling Hayden est tant caricaturale qu'elle se finit par une course en char, Toshirô Mifune n'a peu ou pas de rôle si ce n'est qu'il est là pour donner au film des airs de complot international ; quant à Tomas Milian, s'il fallait un Cubain, la production l'a trouvé et ce dernier vient déballer quatre phrases sans avoir l'air très concerné. Que dire encore lorsqu'on aperçoit une Elizabeth Taylor dont on ne retient que son généreux giron ?...

 

 

A la mise en scène, William Richert était quasi novice. Si sa réalisation s'avère inégale, un coup inspirée et tendue, un coup anémique, elle paye surtout le tribut d'une production qui connut quelques déboires de taille : celle-ci fut stoppée pas moins de trois fois avant de déclarer faillite. Mais ce n'est pas tout : Winter Kills a pu être tourné grâce à des fonds illégaux issus du trafic de marijuana. Ce sont donc deux magnats en la matière, Robert Sterling et Leonard Goldberg qui, de manière exécutive, l'ont produit. Seulement, Goldberg fut assassiné par la mafia en plein milieu de production, ce pour ne pas s'être acquitté de ses dettes. Quant à Sterling, il fut condamné juste après à quarante ans de prison pour trafic à grande ampleur de marijuana.
Du coup, en plein tournage de Winter Kills, la production s'arrêta pour s'expatrier en partie en Allemagne où fut tourné, toujours avec Jeff Bridges, une comédie politique illustrant cette fois-ci un scénario de Larry Cohen : "The American Success Company". Celle-ci fit rentrer suffisamment d'argent pour permettre de reprendre, puis de finir le tournage de Qui a tué le président ?, alias Les magnats du pouvoir (il y a parfois confusion entre les deux films, le titre "Qui a tué le président ?" étant parfois attribué à tort à "The American Success Company").

 

 

Souligné par un score de Maurice Jarre lui aussi atypique, Winter Kills demeure intéressant malgré tout ; on le suit en tout cas avec intérêt jusqu'à son terme. On peut lui attribuer le mérite d'offrir deux ou trois scènes mémorables (les trois personnes abattues du haut d'une tour dans une voiture où le personnage principal se trouve, l'assaut meurtrier d'une femme de chambre se retrouvant seins nus, ainsi que la glissade d'un protagoniste sur la bannière étoilée).
Finalement, il échoue surtout, à partir d'un récit pourtant simple, à sauvegarder la fluidité de ce dernier. Ménageant des secrets de polichinelle, il pourra de manière paradoxale en larguer quelques uns en cours de route, les laissant seuls avec un sac de noeuds, en plus d'un final en mode interrogatif.


Mallox

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