Then I Sentenced Them All to Death
Titre original: Atunci i-am condamnat pe toţi la moarte
Genre: Drame , Guerre
Année: 1972
Pays d'origine: Roumanie
Réalisateur: Sergiu Nicolaescu
Casting:
Amza Pellea, Ion Besoiu, Ioana Bulcă, Cristian Șofron, Gheorghe Dinică, Maria Clara Sebők, Iurie Darie, Sergiu Nicolaescu...
 

En Roumanie, durant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Elev devenu orphelin est recueilli par sa soeur et son époux dans un village de Transylvanie, dont son beau-frère est le pope et sa soeur l'institutrice (des notables donc à l'échelle du patelin). Quand il n'accompagne pas celui-ci à la pêche au silure géant, Elev passe son temps à jouer avec Ipu, l'idiot du village (un vétéran de la première guerre) à Napoléon et au tsar Alexandre, ou à la guerre dans les ruines du village voisin (rasé par les Allemands suite à une action de partisans). Un jour, Elev trouve le cadavre d'un officier tudesque. Prévenues, les autorités civiles rapatrient le corps sur la grande place du village rapidement investie par une unité de la Wehrmacht. C'est la consternation parmi la population qui craint de violentes représailles. Crainte justifiée car la réaction des Allemands ne se fait pas attendre : si l'auteur du meurtre ne leur est pas livré le lendemain à l'aube ils exécuteront les notables du bled et déporteront le reste de la population. N'ayant pas la moindre idée de l'identité du coupable, si tant est qu'il soit du village, le pope, le médecin, le notaire et leurs épouses décident d'inviter Ipu à un dîner fortement arrosé...

 

 

Dans la très abondante filmographie de Sergiu Nicolaescu, le tsar (que dis je, le Napoléon) du cinéma populaire roumain, ce film occupe une place particulière. J'allais écrire : dans la galaxie Nicolaescu Then I Sentenced Them All to Death brille d'un éclat particulier, mais se serait faire preuve du même lyrisme un peu lourd et du même symbolisme un peu trop appuyé que Sergiu Nicolaescu dans la première partie de ce film, aussi je vous épargnerai cette formule (remarquez d'ailleurs qu'en écrivant que je ne l'écrirais pas je l'ai quand même écrite).
Trêve de plaisanterie, si Then I Sentenced Them All to Death se distingue du reste de l'oeuvre de Nicolaescu ce n'est pas par sa "qualité", Nicolaescu ayant fait beaucoup mieux (La dernière croisade), mais parce qu'au milieu de films destinés au divertissement ou à l'édification des foules dans des genres aussi divers que la comédie tout public, le péplum (Les Guerriers), le polar (Un comisar acuza), le "cape et épée" (Nemuritorii) et bien sur la fresque historique à grand spectacle, "Atunci i-am condamnat pe toţi la moarte" est son unique "film d'auteur". Comme cette expression ne signifie pas grand-chose, disons plutôt que Nicolaescu délaisse pour l'occasion le grand spectacle et l'action pour le "drame intimiste", ceci avec des résultats contrastés.

 

 

De fait, le film piétine dans ses deux premiers tiers : défilé de chromos aux images trop léchées et à l'accompagnement musical trop envahissant et mélodramatique. Sans compter les flashbacks ridicules et l'omniprésence de ce préado rêveur et vaguement rebelle pour lequel on a du mal à éprouver la moindre empathie. Le film ne démarre vraiment que dans son dernier tiers lors du dîner quand enfin les enjeux dramatiques sont dévoilés (et que le chiard disparaît du premier plan). Et là le film s'avère beaucoup plus subtil et beaucoup moins manichéen que ce que la filmographie de son réalisateur et le sujet pouvaient laisser craindre. En gros, avec comme synopsis "les notables du patelin tentent de convaincre l'idiot du village de se sacrifier pour eux", on pouvait s'attendre à un pamphlet plus ou moins réussi et plus ou moins allégorique sur "ces salops de nantis exploitant la naïveté du peuple jusqu'à l'ultime sacrifice" mais il n'en sera rien. D'abord parce qu'en fait de notable, on a juste une modeste élite "intellectuelle" (le pope, l'institutrice, le médecin de campagne, etc.) dont les membres sont certes lâches (mais compte tenu des circonstances, difficile de le leur reprocher) mais loin d'être des salops (le pope est même franchement un "brave" type), et celle qui a le comportement le plus hystérique et agressif (la soeur du chiard) est aussi celle qui a le plus de circonstances atténuantes.

 

 

Ensuite parce que "l'idiot du village" est tout sauf un imbécile : le terme "d'idiot du village" désignant plus sa fonction sociale au sein de la communauté, celle de marginal / repoussoir, un mode de vie en marge qu'il a lui-même décidé d'adopter lors de son retour à la vie civile 25 ans plus tôt (c'est un vétéran de l'armée austro-hongroise) et qu'il va tirer profit de la situation (au propre comme au figuré). Enfin le dénouement final (assez inattendu mais je n'en dirai pas plus) apporte un éclairage différent sur les personnages.
Si la mise en scène est un peu trop appuyée, l'interprétation des adultes, est elle digne d'éloges. Bon, le chiard, lui, fait ce qu'il peut, par contre Ioana Bulcă et Ion Besoiu dans les rôles de la soeur et du beau-frère et surtout Amza Pellea dans celui de "l'idiot" sont prodigieux.
Notons que le film est tiré d'une nouvelle de Titus Popovici, le scénariste des premiers films de Nicolaescu (et les meilleurs), devenu un classique de la littérature contemporaine roumaine que Popovici adaptera lui-même. Un remake tourné en anglais et à financement international "Ipu, condamné à vie" est sorti en 2013 dans de nombreux pays, avec notre gros Gégé Depardieu national (enfin tri ou quadri national, je m'y perds) dans le rôle-titre et Harvey Keitel dans celui du pope transformé pour l'occasion en pasteur pour séduire le public américain (dans le même but la fin a été modifiée). Une sombre bouse selon les très rares spectateurs à l'avoir vu, à coté de laquelle le film original fait figure de chef-d'oeuvre.

 

 

Sigtuna

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