Exorciste, L'
Titre original: The exorcist
Genre: Possession , Horreur
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Friedkin
Casting:
Ellen Burtsyn, Max Von Sydow, Jason Miller, Linda Blair...
 

Chris MacNeil, une actrice, vit seule avec sa fille Regan et ses domestiques dans leur maison de Washington. Petit à petit, cette vie déjà plutôt monotone va être bouleversée par des manifestations étranges, semblant évoluer de concert avec une modification violente de la personnalité de Regan. L'innocente enfant qu'elle était va devenir un "cas", que la science ne parvient pas à expliquer...

 

 

S'il y a bien un film fantastique qui revient lorsque l'on évoque la peur au cinéma, c'est bien L'Exorciste. William Friedkin, le réalisateur, ne possédait pourtant pas exactement le profil pour réaliser un tel film. En 1973, il était encore à son début de carrière, un début pourtant remarqué avec French Connection, un film policier/action datant de 1971. Auparavant, il avait donné dans des films modestes de genres divers. Une variété qui, si elle justifie le passage à un moment ou à un autre au film d'horreur, était loin d'annoncer le futur classique que serait L'Exorciste.
Le film est l'adaptation d'un roman de William Peter Blatty, auteur d'ailleurs également du scénario du film. D'entrée de jeu, les ambitions sont annoncées : tenir le spectateur dans un climat malsain, mystique, hors du temps et du matérialisme de la société moderne. Bref, dès la découverte des vestiges antiques en Irak, le spectateur est pris à la gorge. Toute la séquence en Irak, avec le très sec combat final des deux chiens tandis que la statue du démon se dresse, menaçante, va préfigurer l'ensemble du film.
On enchaîne directement dans un autre lieu, une autre ambiance. Washington, et la famille MacNeil. Petit à petit, les signes de possession vont se faire évidents. Mais précisons bien : petit à petit. Et ordonnés selon un processus logique. Friedkin et Blatty prennent leur temps pour construire un climat maléfique à travers des manifestations diaboliques à l'impact psychologique et à la violence croissantes, dont l'épicentre va bien sûr être Regan, qui elle aussi va sombrer de plus en plus dans un état de monstruosité avancée.

 

 

Et les plans en images subliminales sont là pour révéler que derrière tout cela se cache un démon, démon antique totalement insaisissable dans notre société moderne. A tel point que, assimilation aidant, Regan n'aura plus rien d'humain. En apparence. Car derrière cette façade, on devine la gamine toujours présente, avec son esprit perdu on ne sait où. Les effets de maquillage (signés Dick Smith), la musique, tout cela va contribuer à construire la peur. Une peur qui tourne donc autour du personnage de Regan, confiné dans sa chambre, chambre qui devient ainsi l'antre du mal. La seule vision de la porte close suffit à faire frissonner le spectateur. Une réalisation qui ne magnifie rien de ce qu'elle montre et se contente de présenter les évènements dans une froideur ambiante de plus en plus évidente. Jusqu'au paroxysme de l'exorcisme final.
Un exorcisme final qui va bousculer un peu ce que le film nous avait montré jusqu'ici en matière de peur. Déjà parce que Regan est sous nos yeux en permanence, et puis aussi parce qu'avec elle se trouvent deux prêtres, censés être habilités à faire face à ce genre de situation (ce qui change de la mère de famille et des domestiques dépassés). Pourtant, ce n'est pas réellement le cas. L'exorcisme va donc être l'occasion pour Friedkin d'étudier le comportement de 2 prêtres (l'un déterminé, l'autre doutant) face à leur foi. Un combat va s'engager non seulement contre le mal, mais aussi contre eux-même. L'un devra lutter contre sa foi vacillante, l'autre contre sa faiblesse physique. C'est plus cette incapacité à se battre que la présence du démon qui dérange, ici...

 

 

Mais "l'Exorciste", contrairement aux apparences, n'est pas qu'un film de trouille. C'est aussi un film au discours plus rationnel. Il évoque tout d'abord la fragilité d'une famille. Les MacNeil, sous leurs apparences aisées, cachent en fait une vie creuse, sans base. Regan, atteignant le début de l'adolescence, va donc en quelque sortir connaître une rébellion poussée à son paroxysme, et motivée par le manque de repères quant à sa famille. Une révolte adolescente que d'habitude la science explique, aussi bien au niveau physique que psychologique. Mais ce n'est pas le cas ici. C'est bien là tout le problème. Elle est incapable, malgré tout ses moyens modernes (et pourtant pas si éloignés des tortures médiévales -voir les scènes de souffrance liées aux examens cliniques-) d'expliquer ce qui se passe. La toute-confiance que l'on accorde de nos jours a la science est donc erronée.
Bref, la peur n'est pas la seule chose à retenir du film. C'est certes la plus marquante, et c'est même le but premier du film de Friedkin, mais elle se base et s'accompagne d'éléments plus rationnels qui, en plus de susciter des réflexions modernes (place de l'Eglise, de la science), contribue à enraciner le mal (datant de temps et de lieux reculés) dans notre société moderne, où l'on se sent à l'abri. Un film qui met mal à l'aise au-delà même de ses démonstrations fantastiques et qui mérite amplement son statut de chef d'œuvre.

 

 

Tout ceci est valable pour la version d'origine du film, qu'on préférera au Director's Cut de 2001. Celui-ci use en effet des images subliminales, qu'il sort un peu à tout va, et surtout à l'extérieur des rêves des protagonistes ou de la chambre de Regan. Bref le mal n'est plus confiné et se promène un peu partout dans la maison, à l'image de la scène certes effrayante mais pourtant hors-sujet de "l'araignée-Regan" dévalant les escaliers et vomissant un flot de sang.

Note : 10/10

 

Walter Paisley
 
A propos du film :
 
# Linda Blair fut entourée par des gardes du corps (embauchés par Warner bros), durant les six mois suivant la sortie du film car elle reçut plusieurs menaces de mort.

# Ellen Burstyn (Chris Macneil) s'est réellement blessée lorsqu'elle fut projetée contre le mur par son démon de fille, c'est bien le cri de douleur de l'actrice que l'on entend dans le film.
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