Miroir Obscène, Le
Titre original: Al otro lado del espejo
Genre: Erotique , Fantastique , Drame
Année: 1973
Pays d'origine: France / Espagne
Réalisateur: Jess Franco
Casting:
Emma Cohen, Lina Romay, Howard Vernon, Alice Arno, Chantal Broquet, Robert Woods, Val Davis (Waldemar Wohlfart), Monica Swinn, Philippe Lemaire, Françoise Brion...
Aka: Le miroir cochon / Lo specchio del desiderio / Lo specchio del piacere
 

Ana Olivera (Emma Cohen) vit seule avec son père (Howard Vernon) dans une vaste propriété sur une île de Madère. Sa mère est morte depuis longtemps, et depuis lors, son père lui porte une affection troublante à la lisière de l'inceste. Jusqu'au jour où Ana s'apprête à se marier avec Arturo (Wal Davis), fraîchement diplômé en archéologie. Le père prend mal la chose mais, devant le fait accompli, se soumet à la volonté d'Ana. Mais le jour même où elle essaye sa robe de mariée, Ana, allant à la rencontre de son père, le retrouve pendu près du grand miroir du salon. Après l'enterrement, Ana renonce à se marier avec Arturo. Sa tante s'installe dans le domaine, tandis qu'elle fait ses bagages et part à Lisbonne. Pianiste et chanteuse, Ana se retrouve à jouer avec une formation de jazz dans un club de la ville. Elle y rencontre Bill (Robert Woods), trompettiste du groupe. Il la drague, elle le repousse. Jusqu'au jour où il dit l'aimer. Cette déclaration coïncide avec l'apparition du défunt père à travers un miroir de la chambre d'Ana. Le mort communique avec sa fille par le biais de ce réceptacle, lui interdisant d'être aimée par un autre homme que lui, et l'incitant à venir le rejoindre dans le royaume des morts. Son message se concrétise par la matérialisation d'une dague ancienne à la lame recouverte de sang séché. Chaque fois qu'un homme dira à Ana qu'il l'aime, la jeune femme devra le tuer avec cette arme..

 



Ecrit en collaboration avec Jean-Claude Carrière en 1965, le script original de Al otro lado del espejo (intitulé "A través del espejo") fut refusé par le producteur espagnol de Jesus Franco de l'époque, à cause de la censure franquiste. Ce n'est que huit ans plus tard que Franco réalisa son projet grâce à José Manuel M. Herrero (Orfeo Producciones Cinematograficas) et Robert de Nesle (Comptoir Français du Film Production). D'abord baptisé "Outre tombe", Le miroir obscène est un véritable film d'auteur (du moins le montage espagnol d'origine) qui fut tourné entre quelques oeuvres beaucoup plus légères du cinéaste, à savoir "Maciste et les amazones de la luxure", "Maciste et les gloutonnes", "Les Chatouilleuses" et "Les Emmerdeuses". Il faut dire qu'en 1973, en pleine période Robert de Nesle, Jesus Franco était particulièrement prolifique, enchaînant pas moins de dix films en cette seule année (parmi lesquels on peut citer aussi La comtesse perverse, "La comtesse noire" et Plaisir à trois).
Avec ce personnage de Ana, tiraillé entre le monde des vivants et celui des morts, mi réel et mi fantomatique en plus d'être tourmenté, pianiste trouvant refuge dans la musique (le jazz en l'occurrence), on ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec une autre œuvre majeure du metteur en scène : Venus in Furs. Car déjà dans ce film, le personnage principal, interprété par James Darren, était un trompettiste de jazz dont l'existence oscillait entre les deux mondes. Al otro lado del espejo, en cela, figure parmi les films emblématiques de son auteur, c'est un coup de coeur et non un film de commande. Et pourtant...

 

 

... Pourtant, lorsque Robert de Nesle voit le film, il ne lui plaît pas du tout. Trop peu d'érotisme (on voit en tout et pour tout Emma Cohen nue en deux occasions, dont une fois intégralement), trop de passages musicaux, trop de bla-bla... Il faut tourner des scènes additionnelles, en majorité érotiques, et de ce fait intégrer Lina Romay qui commence à devenir une vedette dans ce domaine. Mais pour cela, il faut lui créer un rôle. Elle sera donc Marie, la sœur cadette de Ana, et l'histoire en devient par conséquent totalement chamboulée. Au début du film, dans ce montage destiné au marché français, ce n'est plus le père qui se suicide en apprenant le mariage d'Ana, mais Marie (elle se transperce avec une épée). C'est cette même Marie qui entretenait une relation incestueuse avec sa sœur. Ce n'est donc plus le père qui prend le contrôle d'Ana par le biais des miroirs, mais Marie, et c'est elle qui devient logiquement le bras assassin des soupirants de Ana.

 


Lors du tournage en Espagne, Jess Franco, sachant très bien que le film ne serait pas assez "épicé" en érotisme pour une exploitation en France, avait prévu de tourner quelques scènes en plus (comme le passage où Carla, jouée par Alice Arno, lit un bouquin sur un lit, seins nus, en compagnie de Ana... sachant que dans le montage espagnol Alice Arno n'a pas un seul plan déshabillé) ou d'en modifier d'autres. L'exemple le plus frappant est celui de la tentative de suicide de Ana puisque dans le montage original, on ne distingue (qu'à peine) la poitrine d'Emma Cohen, alors que dans la version française, on la voit entièrement nue. Mais surtout, des scènes érotiques sont tournées, mettant en lice Alice Arno mais aussi, donc, Lina Romay et Ramon Ardid. Au début du film, on peut ainsi voir Lina Romay en discussion avec Howard Vernon, Marie disant à son père qu'elle n'apprécie pas le mariage de sa sœur. Pour le reste, il s'agit essentiellement de scènes saphiques entre Alice Arno et Lina Romay (trois au total) et une scène d'amour entre Lina Romay et Ramon Ardid. On reste dans le domaine de l'érotisme lors de ces séquences, sauf à la toute fin du film lorsque Jess Franco montre une brève fellation de Lina sur la personne de Ramon (le film sort en France en 1975, lors de l'essor du porno).
Si l'on rajoute qu'une partie des dialogues ont été modifiés pour l'adapter au nouveau scénario, on obtient finalement un montage français bien différent de l'espagnol.

 



Concernant le casting, on retient avant tout la très belle prestation d'Emma Cohen (Cannibal man, la semaine d'un assassin, "Horror Rises from the Tomb") dans le rôle principal. Howard Vernon est égal à lui-même, Alica Arno tire son épingle du jeu (notamment dans la version espagnole) tandis que Robert Woods (Le corsaire des sept mers) et Wal Davis (L'horrible sexy vampire) s'avèrent plus anecdotiques. Après l'heure de métrage, entrent en lice deux acteurs français renommés : Françoise Brion ("L'Immortelle", "Cartes sur table") et Philippe Lemaire (La rose écorchée). Quant à Lina Romay, elle assure le cachet érotique du montage français sans coup férir, grâce à son talent dans ce domaine qu'on ne lui a jamais contesté.
On peut avouer que Jess Franco a offert là un très beau rôle à Emma Cohen, un rôle d’héroïne de tragédie grecque, hantée par un héritage familial où la mort tient une place prépondérante. Cette Ana si fragile va entraîner dans cette même voie tous les hommes qui auront voulu l’aimer. En cela, la référence à Médée dans le film n’est pas innocente, puisque la légende de cette héroïne grecque est constituée d’une succession de meurtres ponctués de fuites. Mais Ana a beau fuir, la voix de son père (ou de sa soeur, selon les versions), dont l’esprit vit toujours à travers un miroir, ne cesse de la poursuivre où qu’elle aille.

 


Que faut-il retenir de ce Miroir obscène ? Qu'il s'agit de l'un des films les plus réussis de Jesus Franco, à condition de privilégier le montage espagnol. Le montage français, quant à lui, est plutôt un film d'exploitation en partie réussi, même si parfois brouillon à cause de tous ces changements au niveau des scènes et des dialogues. Un dernier mot, enfin : même la musique est différente sur les deux montages, la musique originale de Adolfo Waitzman étant remplacée par celle d' André Benichou dans la version française.

Flint


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