Trois pour un massacre
Titre original: Tepepa
Genre: Western spaghetti
Année: 1968
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Giulio Petroni
Casting:
Tomas Milian, Orson Welles, John Steiner, Luciano Casamonica, Annamaria Lanciaprima, José Torrès, Paloma Cela...
Aka: Trois pour un massacre / Tepepa... viva la revolución (Espagne) / Blood and Guns / Long Live the Revolution
 

Voici un Western Zapata des plus intéressant. Difficile de le disséquer quelque peu sans en déflorer quelques bouts, mais globalement il s'agit d'un bon film. Voire un très bon film. Dommage que certains choix, dus semble t-il au metteur en scène, soient si discutables, tant et si bien qu'autant efficace et chatoyant qu'il puisse être, le spectacle s'en trouve un peu terni. Avant de revenir là-dessus, passons à ce que nous narre le film...
Nous avons là un étranger arrivant dans la petite ville mexicaine en voiture avant qu'il ne tombe en panne. On reconnaît John Steiner à qui il ne manque plus qu'une moto en lieu et place de voiture pour comprendre que le sieur Leone est venu piocher là le look de James Corburn dans sa "révolution" - casquette anglaise, lunettes de protection, gabardine - bref, voici le Doctor Henry Price, venu on ne sait pour quelles raisons dans cet endroit perdu, et qui tombent en panne. Les paysans seront là pour pousser le véhicule, et à la manière légèrement arrogante du bourgeois, ce dernier sans politesse ni reconnaissance particulière indiquera même son chemin, la prison du comté, tenue par le tyrannique Colonel Cascorro (Orson Welles) et dans laquelle surtout est retenu prisonnier avant son exécution prévue pour le lendemain, le fameux Tepepa (Tomas Milian - tiens donc !), chef notoire des Companeros et que l'on tient à éliminer afin d'arracher les traces de rébellion par la racine. Welles se fait un plaisir de faire visiter les lieux au britannique intéressé pour le coup, en lui expliquant pourquoi et comment la mort de Tepepa est importante, et combien chaque mort de paysan peut compter dans l'addition finale.
Au lendemain, ça y est, le peloton est près, Tepepa est enfin sorti menotté de sa geôle pour être abattu (il aura le temps d'envoyer paître cependant le cureton et ses dernières volontés), mais c'est sans compter sur les troubles motivations du docteur, qui le sauvera alors in-extremis de la mort, faisant écran avec sa voiture au dernier moment pour emmener à son bord le révolutionnaire endurci qui se fera alors une joie de narguer ses poursuivants tout en se faisant son petit carton de miliciens. Le plaisir de cette libération inespérée sera un peu terni dès lors que "El Doctore" lui apprend que s'il l'a libéré, c'est pour mieux le tuer de ses propres mains. Et là, ça y est, les bases sont données, et l'on se retrouve dans un film à trois tête, schéma des plus classique s'il en est, mais qui fonctionne dès lors parfaitement.

 

 

Les raisons de cette réussite sont relativement faciles à comprendre. D'abord au scénario, nous avons l'excellent Franco Sollinas qui reprend dans ce film là tous ses thèmes de prédilections déjà présents dans les "El Chuncho" ou "Le Mercenaire", avec sans doute moins d'ironie dans l'évolution de ses personnages, et surtout un message politique absolument sérieux comme pas un, si bien que les dialogues entre les deux chefs révolutionnaires (José Torrès campe le second) ressemblerai presque à une réunion du grand soviet suprême, bref, on ne rigole pas avec l'avenir du peuple, et d'une manière plus général, on ne rigole pas avec la révolution. Elle est faite pour être mûrie puis pratiquée mais jamais elle ne sera remise en cause par les intérêts pécuniers de quelques bandidos se servant de la cause.
Ceux-ci, contrairement aux traitements ironiques superbement infligés par Corbucci ("Le mercenaire", "Companeros") seront totalement absents du film. (et même si le seul qui fera office de négociateur légèrement traître ressemble quelque peu à Lenine). Bref, on se dit que ça fait du bien et qu'on assiste là à une autre alternative plus sérieuse sur le thème de la révolution. Le résultat est peut-être plus manichéen, mais ma foi cela fonctionne bien et la première heure est très prenante. A cet égard on notera également une forte ressemblance avec "Le Dernier face à face" de Sollima, puisque Le docteur se retrouvera à vivre au sein du petit village paysan et on assistera alors à un récit initiatique très proche de celui de Gian Maria Volonte, avec la même prise de conscience et presque la même conviction au final, à une exception prêt, c'est que John Steiner est venu là pour régler un compte personnel.

 

 

Pendant que je suis dans le positif, il convient que je rende hommage à trois acteurs ici carrément époustouflants. C'est simple Tomas Milian, bien plus en retenue que partout ailleurs au sein du western, est formidable. Jamais cabotin, il livre ici peut-être l'une de ses meilleures prestations en plus de n'avoir jamais été aussi beau ! Le voir vêtu de son Pancho et sombrero noir, cartouchières faciales croisées, petit mouchoir aux couleurs du Mexique à la poche de veste, c'est quasiment un voyage en soi. Orson Welles, on l'oublie trop souvent, est un immense acteur, et en 'stoïciste' et pragmatique tyran qui assume pleinement sa condition, il perfore l'écran à chacune de ses apparitions. On sent que l'acteur venant sans doute cachetonner, prend du plaisir et l'on s'attendrait presque à le voir éclater de rire. Concernant John Steiner, si son à priori frêle stature aurait pu faire de lui le délaissé du film, loin s'en faut, il en sera même le centre. C'est à un personnage totalement obsessionnel auquel nous avons à faire. Un névrotique qui n'a jamais avalé l'infidélité de sa femme, un faible qui trouvera un temps rédemption dans la révolution, et dans l'apprentissage du monde paysan.
En parlant des paysans, s'il y a également une chose étonnante dans "Tepepa", c'est l'aspect quasi-documentaire dans la peinture de ce monde là, qui le rapproche par moments du neo-réalisme et d'un "Païsa" par exemple. C'est plutôt bienvenu, et l'on sent bien que Giulio Petroni a des choses en tête. C'est là une des principales qualités du film, mais aussi ses limites. Je m'explique, Petroni a prouvé qu'il est loin d'être manchot et autant sa "Mort était au rendez-vous" que son "On l'appelle providence" sont des films intéressants et réussis. Pour le premier, il y avait un énorme défaut que l'on retrouve ici. Tout comme John philipp Law (qui était obsédé par des images auxquelles il avait été témoin étant enfant, ce qui donnait des inserts flash-back très discutables formellement, en plus d'être grotesque par les absurdes signes distinctifs des assassins), John Steiner est obsédé par le même genre de trauma (sauf qu'il s'agit de l'infidélité de sa femme) qui se traduisent à l'écran par des résonances sonores qui ne passent pas. Qui plus est elles plombent le film tant ces effets paraissent à la fois superflus, absolument pas en adéquation avec ni le sujet ni la forme du film ? On dira même qu'on s'en fiche pas mal, mais surtout que le résultat à l'écran est assez horrible pour les oreilles. Décidément Petroni n'aurait pas dû faire son malin avec des effets d'images ou de son, car il demeure à mes yeux assez peu doué pour ça et surtout à côté de ses pompes.

 

 

Du coup, à l'heure de film, et à cause de ces choix graphiques et sonores dispensables et ratés, le film s'essouffle quelque peu et peine à repartir, ce qu'il parviendra à faire toutefois dans sa dernière demi-heure (je précise qu'il s'agit de la version intégrale d'une durée de 127 min dont il s'agit), heureusement, on aurait pas apprécié d'être plantés au beau milieu du film comme ça. Bref, ça se remue à nouveau et les companèros sont prêts à se sacrifier dès lors qu'un pacte de paix entre l'état et les paysans sera rompu par l'horrible Colonel (on l'en remercierai presque !) et là le film retrouve enfin tout son panache. Les fusillades sont rudes, mais les tableaux de guérilleras sont beaux. Ajouter à cela (mais oui encore !), une très belle partition de Ennio Morricone et le film prend des airs d'incontournable du genre.
Dommage alors qu'à nouveau le réalisateur fasse un choix malheureux dans sa toute fin de film. Un faux pas gigantesque. Déjà qu'on aura assisté au préalable à un pré "Je suis vivant" version révolution, mais encore pourquoi pas même si franchement les motivations de John Steiner semblent dépassées, stupides, pas dans le ton, presque sorties d'un autre film, mais ce qui nuira alors le plus au film c'est sa toute fin sursignifiée, avec juxtaposition d'images entre une enfant mexicain à cheval avec gros plans sur sa bonne bouille, et le visage de Tepepa. Tout ça pour nous faire comprendre que l'enfant prendra le relais dudit Tepepa, et que la révolution ne s'arrêtera jamais. Mon dieu, si nous ne l'avions pas compris avant ces images dispensables au lyrisme crétin, c'est qu'on avait vraiment zappé le film. Quant à cela vient s'ajouter un chant dès le générique, totalement insupportable, sensé re-surligner le propos du film en même temps de trouver de nouveaux militants communistes peut-être, on frôle la correctionnelle et l'on aura droit d'éteindre avant. Même les militants potentiels auront fuit !

 

 

A noter d'ailleurs que cette fin fut matière à un profond désaccord entre son scénariste qui avait prévu quelque chose de bien plus nuancé, et le metteur en scène qui est une nouvelle fois proche de planter carrément son film en moins de deux minutes en laissant une mauvaise impression. Pour ma part, je prends la version Solinas quelque qu'elle soit contre ce mauvais tour.
En l'état, et pour finir sur une note favorable, ce que mérite globalement le film, c'est très intéressant, souvent palpitant, parfois un peu mou, rehaussé par de grands acteurs au top, et malgré quelques égarements, c'est un fort bon film.

 

Mallox
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