Call Of Cthulhu, The
Genre: Horreur , Fantastique , Expérimental
Année: 2005
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: Andrew Leman
Casting:
Ramón Allen Jr., Leslie Baldwin, Daryl Ball, Mike Dalager, John Bolen, Matt Foyer, Andra Carlson, Mona Weiss...
 

Aux Etats-Unis, durant les années 20, un jeune homme interné en clinique psychiatrique demande à son mandataire de brûler une série de dossiers et de manuscrits. De là, le film démarre vraiment, sous forme de flashback, dans lequel celui-ci explique la manière dont il se les est procurés. Il s'agit de plusieurs dossiers mystérieux qui appartenaient jadis à son oncle, archéologue réputé, et dans lesquels il relatait ses enquêtes menées. L'oncle en était du reste arrivé à la conclusion que toutes ces affaires étaient liées par une force obscure et maléfique, issue des fins des temps et du fond des âges. Il semblerait même qu'un plan mystérieux était en train de se tramer, et l'enquête menait invariablement à une mystérieuse entité nommée "Cthulhu".
L'histoire, écrite par Lovecraft en 1926, est présentée ici sous la forme d'un film muet, avec le souci de coller formellement à l'époque durant laquelle elle a été écrite. Le film raconte les histoires contenues dans les différents dossiers, mais aussi l'histoire qui nous apprend comment ces témoignages sont arrivés dans les mains de l'oncle...

 

 

Pour aller vite en besogne, disons le tout net, et pour ceux qui croiraient (comme votre humble chroniqueur) au préalable avoir affaire à un film chiant pour cause de mutisme, se tromperont. Soit, c'est donc un film muet, soit comme il se doit, il n'y a que des intertitres, mais ce moyen métrage (le film ne dure que 46min) est simplement tout sauf ennuyeux. Tourné en 2005 (récemment, donc), ce qui saute aux yeux, c'est le splendide rendu vieilli qui colle parfaitement à l'oeuvre de H.P Lovecraft, "L'appel de Cthulhu" (même si je ne suis pas spécialiste de l'écrivain, c'est en tout cas ayant lu quelques oeuvres dont celle-ci, l'idée que je m'en fais). Et, du coup, le pari formaliste qui peut sembler vain à la base (et même rédhibitoire(, contribue au fait, et là je me mouille, qu'on aura beau parler de ce film aujourd'hui comme demain, il ne vieillira pas en même temps, même si j'espère me tromper, que de rester dans les oubliettes. Ce serait vraiment dommage tant les qualités sont d'une évidence au-delà de tout soupçon.

Le film a été élaboré avec un budget dérisoire et, semble-t-il, tourné dans le garage du réalisateur (?!). Le choix formel évoqué ci-dessus n'est jamais gratuit, il se justifie paradoxalement par ce manque de moyens, mais qui plus est parce qu'il colle à l'ambiance qu'on a la plupart du temps du mal à retrouver à l'écran, il est vrai. Jamais, je dis bien jamais le film n'est ennuyeux, pas même une seconde et ce Andrew Leman est même un cinéaste que l'on se doit de suivre de très près, gageons même qu'on en entendra parler à nouveau d'ici peu. Quoiqu'il en soit, ce qui étonne également, c'est la facilité avec laquelle on suit un scénario alambiqué rendu, entre ses mains expertes, d'une fluidité exemplaire.

 

 

Une fois assimilé le procédé (en 2 minutes), celui-ci ne viendra jamais déteindre et prendre le pas sur la narration, et ça, je l'avoue, me semble un atout bien trop rare pour ne pas être signalé, d'autant plus dans une démarche que certains pourraient trouver prétentieuse et "auteurisante". Non, Leman ne se la pète pas du tout, et sait s'en remettre à son également très talentueux scénariste Sean Branney, qui joue par économie dans le film avec même une partie de sa famille.
Leman place son film dans une perspective "à la manière de" finalement assez humble, pour accoucher d'un film étonnant. Si le dispositif semble simple, avec ces emprunts au cinéma muet donc, et on pensera plus particulièrement à l'expressionnisme russe et allemand, de "Caligari" à Einsenstein, avec moult contrastes à tendance luminescents, rien n'est pour autant délaissé derrière. Les acteurs y sont formidablement dirigés, empruntant même savamment au jeu outré de l'époque (et ça le fait !), mais la narration serait presque la plus grande force du film, ce qui n'est pas rien, vu la qualité du reste.
A ce niveau, c'en est même assez bluffant, et comme le montage y est vif, précis, inventif, Leman parvient à livrer un film moderne qui se démarque du muet. Je dirais même qu'il arrive à se situer dans une espèce de no man's land, tuant un peu ses modèles en passant, pour s'affirmer, tranquillement, sûrement, à base de plans très élaborés et multipliant les axes. Pour exemple, le plan d'ensemble de la cérémonie Vaudou qui a lieu dans le film est tout simplement remarquable, avec cette statue qui semble gigantesque devant les humains réduits à l'état quasi-microscopique. Ailleurs, le réalisateur ose tout et réussit tout : collages, juxtapositions d'images, fondus, jeux sur les perspectives, tout ceci dans des décors somptueux (je le répète, ce film a été fabriqué avec pas grand-chose et il faut le voir pour le croire), et avec une partition musicale omniprésente absolument en harmonie en plus d'être très inspirée, avec ce trip qui ne laisse aucun détail au hasard.
Dernière chose, il est très rare de voir un réalisateur adaptant H.P Lovecraft parvenir à ce point (je pense au dernier tiers du film surtout) à décrire aussi malicieusement et efficacement l'indicible si cher à son auteur. Peu de gens y sont du reste parvenus, ce que font avec une maestria déconcertante Sean Branney et Andrew Leman, deux anglais dont on a je l'espère (et j'en suis persuadé) pas fini d'entendre parler.

 

 

Note : 8/10

 

Mallox
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