Assassinats en tous genres
Titre original: The Assassination Bureau
Genre: Comédie , Action , Aventures , Macabre
Année: 1969
Pays d'origine: Royaume-Uni
Réalisateur: Basil Dearden
Casting:
Oliver Reed, Diana Rigg, Telly Savalas, Curd Jürgens, Philippe Noiret, Katherine Kath, Clive Revill, Vernon Dobtcheff, Annabella Incontrera, Warren Mitchell...
 

Ivan Dragomiloff (Oliver Reed) est à la tête d'une société secrète spécialisée dans les assassinats commandités. Un jour, il reçoit la visite d'une certaine Sonya Winter (Diana Rigg) qui, non sans ironie, lui propose de louer ses services pour assassiner un certain Ivan Dragomiloff. Après une petite joute verbale toute ludique, pas de doute, la personne à tuer n'est autre que le grand ponte de ladite secrète société, lequel s'en amuse, puis, trouvant bien du charme à cette journaliste venue le provoquer, accepte le challenge. Dès lors, il se retrouve pourchassé par ses propres agents internationaux et par la société-même qu'il a fondée.

 

 

Adapté d'un roman éponyme inachevé de Jack London, décédé à l'âge de quarante ans en 1916, ce thriller ironique d'aventures, proche de la farce et du jeu de massacre, fut achevé en 1963 par Robert L. Fish avant d'être adapté au cinéma une poignée d'années après par le talentueux Basil Dearden. Un Basil Dearden régulièrement oublié des cinéphiles, voire méprisé par une politique des auteurs qui en a laissé injustement plus d'un sur le carreau, mais qui a pourtant livré une oeuvre riche en films allègres, rondement menés, oscillant entre comédies noires à l'humour macabre typiquement britannique, et projets plus sérieux (thrillers, polars, films fantastiques...), pour finir sa carrière dans le gros budget tant à la mode à l'époque, avec des films plus ou moins intéressants mais toujours solides ("Khartoum" restant le meilleur exemple). Ainsi trouve-t-on son nom derrière deux fort bons segments (dont celui servant de liant) de l'indispensable classique Au coeur de la nuit, mais également derrière de petits chefs-d'oeuvre d'allégresse tels que le formidable "Hold-up à Londres" (le début avec l'un des malfrats sortant des égouts en ascenseur et en smoking est un régal !), le fendard "Sous le plus petit chapiteau du monde" dans lequel Peter Sellers faisait déjà des étincelles, mais aussi, et pour n'en citer qu'un de plus, La seconde mort d'Harold Pelham, un étonnant thriller offrant à Roger Moore ce qui fut probablement le meilleur rôle de sa carrière.

 

 

Quant à The Assassination Bureau, loin d'être un film Bis, il fait partie de ces gros budgets multi-stars, si convoitées à l'époque, qui donneront assez souvent des films plus gavants que drôles, plus agités que rythmés. Ainsi peut-on nommer "Le Tour du monde en quatre-vingts jours", "Un monde fou fou fou...", "Ces merveilleux fous volants", pour un seul d'entre eux vraiment réussi : "La Grande course autour du monde" de Blake Edwards (ce ne sont ni Peter Falk, ni les pingouins de la banquise qui me contrediront). On peut ajouter de façon plus accessoire, le lourdement fantaisiste "Chitty Chitty Bang Bang", qui me permet de faire la liaison avec le film qui nous concerne, puisque ce dernier était adapté d'un roman de Ian Fleming : en effet, Assassinats en tous genres ressemble à ces courses contre la montre aux relents de road-movies à travers le Monde, tout en ayant intégré les aventures et gadgets "James Bondiens".

Fait notable et plus que curieux eu égard à son manque de notoriété à ce jour, cette fantaisie débridée mais totalement maîtrisée met en scène deux acteurs que l'on reverra la même année dans le fameux Au service secret de Sa Majesté : 'Mrs Bottes de cuir', alias Diana Rigg, et Telly 'Kojak' Savalas. Etonnant, le temps passant, de voir que la présence de la première a contribué à asseoir le statut culte d'un fort bon opus bondien, bien qu'un peu longuet, (idem dans un registre horrifique avec l'excellent Théâtre de sang), et qu'un tel spectacle, qu'on pourrait qualifier de "plein", soit à ce jour complètement oublié. Autant Diana Rigg que Telly Savalas y sont excellents et d'ailleurs, fait assez rare pour ce genre de grosse production, tous les acteurs y sont bons ET drôles !

 

 

Philippe Noiret, dont la carrière côtoyait alors l'international (et je ne parle pas là du Moujik Man de Mr. Freedom ni de sa présence chez Fulci quelques années avant dans Les Faux jetons, mais plutôt de "L'Etau" d'Hitchcock ou de "La Guerre de Murphy" de Peter Yates) est le premier à exploser, dans toute l'acception du terme. A ses côtés, l'hyper 'cholesterolisé' Curd Jürgens, revenu à l'Empire prussien, s'y montre, fait notable, voire incroyable, drôle ! Notamment dans une dernière partie de film qu'il serait inutile de trop dévoiler mais dans laquelle on l'aide... Zeppelin. Une dernière partie évoluant non loin d'ailleurs d'un morceau de bravoure bondien, le tout dans un spectacle où le caviar serait la présence de l'excellent Vernon Dobtcheff (qu'on reverra du reste dans L'espion qui m'aimait aux côtés de... Curd Jürgens, tiens donc !) et dont le digestif de luxe, signe d'un repas copieux, serait l'incontournable Clive Revill (La maison des damnés, mais aussi la voix originale des "Amis de Chico") et ses déguisements plus absurdes les uns les autres.

Là-dessus, je ne manquerai pas non plus de signaler la très forte présence d'Annabella Incontrera que l'on connait bien ici, principalement pour sa fréquente présence dans des gialli (Liz et Helen, La Tarentule au ventre noir, Les Rendez-vous de Satan, La Peur au ventre, Crimes of the Black Cat), et qui, à elle seule, vampirise de manière revigorante un segment du film, jusqu'à voler la vedette à "l'intouchable" Diana Rigg !

 

 

Mais le meilleur, messieurs, dames... lecteurs, lectrices, je vous l'ai soigneusement gardé pour la fin, le meilleur, c'est Oliver Reed !
Soit, on l'avait déjà vu, entre autres, dans quelques opus de la Hammer, et on avait pu apprécier alors, et son talent, et sa forte présence à l'écran (Le fascinant Capitaine Clegg, "La nuit du loup-garou", Paranoiac, et qui rappelons le, a quasiment commencé sa carrière, sans être crédité au générique, dans le fameux "The League of Gentlemen" que j'ai déjà loué plus haut, réalisé par ce même Dearden), mais il prouve dans The Assassination Bureau, toute l'étendue de son talent, faisant preuve d'un charisme qui jamais ne se dément, en plus d'une élégance ironique à la fois romantique, sadique et raffinée qui fait penser à la vision du film qu'il aurait fait un sacré agent 007, en lieu et place du moumouté poulpeux Roger Moore (contre lequel je n'ai rien - voir Harold Pelham - mais qui remplit, à mon sens, des années durant, assez pâlement son contrat), ou de George Lazenby la même année dans le film de Peter Hunt.

Bref, sans être un chef-d'oeuvre incontournable, sans être tout à fait aussi drôle que le film de Blake Edwards cité avant (encore qu'à isoler certaines scènes, cela mériterait d'être vérifié en comptabilisant les bons points engrangés), Assassinats en tous genres peut se targuer d'être un spectacle entraînant de bout en bout, rempli d'humour macabre (bonjour au tueur professionnel qui, dans le train, se fait cramer la figure par Oliver Reed, grâce au Cognac que ce dernier était en train de déguster avant de s'allumer un cigare) et d'un grain de folie pour le moins contagieux, le tout sur un rythme trépidant et assez souvent irrésistible.

A redécouvrir pour réhabilitation !

 

 

Mallox

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