Knife of Ice
Titre original: Il coltello di ghiaccio
Genre: Giallo
Année: 1972
Pays d'origine: Italie/Espagne
Réalisateur: Umberto Lenzi
Casting:
Carroll Baker, Ida Galli (Evelyn Stewart), Eduardo Fajardo, Alan Scott, George Rigaud, Franco Fantasia, Silvia Monelli, Dada Gallotti, Mario Pardo...
 

Martha Caldwell (Carroll Baker) attend sa cousine Jenny Ascot (Ida Galli) sur le quai d'une gare. Celle-ci, qui a déjà bien entamé une carrière de chanteuse, vient faire un tour en ville en même temps que de rendre visite à sa famille. Un train passe à toute allure, Martha se prend la tête à deux mains, puis, serre les poings. Un traumatisme vieux de 15 ans subsiste en elle. En effet, celle-ci a assisté plus jeune à la mort de ses parents lors d'un accident ferroviaire. Son père avait juste eu le temps, alors, de la jeter par la fenêtre du train en marche, avant que celui-ci ne s'écrase et prenne feu. Un accident qui a laissé Martha muette. Depuis, elle vit ici, en Espagne, avec son oncle Ralph (George Rigaud), un passionné de démonologie et de sciences occultes. Cela fait longtemps qu'elles ne se sont pas vues et les mots manquent pour décrire l'émotion qui submerge les deux femmes. Elles sont qui plus est interrompues par Marcos (Eduardo Fajardo), le chauffeur de la famille, qui ne tarde pas à les ramener au manoir de l'oncle Ralph. Lors d'une halte faite par Marcos, Jenny aperçoit deux yeux la scrutant au travers de la vitre. Un regard autre, presque martien. Elle prend peur. En revenant, le chauffeur, qui semble être un homme autant placide que sinistre, semblant toujours avoir une pensée derrière la tête, la rassure, lui expliquant qu'elle a dû voir un reflet...
Plus tard, après avoir été accueillie chaleureusement par l'oncle Ralph, une soirée est organisée avec tous les proches pour fêter l'anniversaire d'une jeune nièce, Christina (Maria-Rosa Rodriguez). Lors de la réception, Christina s'en va, un moment, chercher son chat dans le garage. Elle le trouvera et le ramènera bien. Une chose n'échappera toutefois pas à Martha : du sang sur la truffe de l'animal. Elle se rend dans le garage avec une étrange prémonition pour y trouver le cadavre de Jenny qui vient de se faire tuer à coups de couteau dans le dos ! C'est la débandade et on alerte la police. L'inspecteur Duran (Franco Fantasia) débarque sur les lieux, accompagné de son adjoint (Lorenzo Robledo) et se met à interroger chacun des convives. Hormis Martha, son oncle et la jeune fille, qui pourrait bien être coupable d'une telle abomination ? Parmi les gens présents, il y avait le Major (Consalvo Dell'Arti) et sa femme (Dada Gallotti), Rosalie, la bonne (Olga Gherardi), le chauffeur, mais également le prêtre du village (José Marco), Annie Britton, une amie de la famille (Silvia Monelli), ainsi que le docteur Laurent (Alan Scott) en charge de Martha.

 

 

C'est pourtant vers autre piste que se dirigeront les soupçons des policiers. En effet, Martha, lors de l'enterrement de Jenny aperçoit elle aussi ces drôles d'yeux en train de l'épier entre deux arbres. Les policiers trouveront alors un médaillon à l'effigie de Satan.
Hélas, les choses n'en resteront pas là, et c'est bientôt au tour de Rosalie, la gouvernante d'être assassinée dans un bois, lors d'une promenade en vélo. Non loin de son cadavre, le même signe démoniaque que celui trouvé sur le médaillon est retrouvé peint sur un arbre.
Un homme est bientôt arrêté. Il s'agit d'un drogué, accro à la morphine, bien connu des services de police. Pas de doute, il s'agit bien de l'homme qui semblait suivre depuis un certain temps Martha et Jenny.
Seulement voilà, durant sa garde à vue, Christina est retrouvée morte elle aussi, dans un fourré, au sein du jardin du manoir. Un manoir qui se trouve en face du cimetière où les victimes seront enterrées les unes après les autres, dans des cérémonies qui prennent de singulières allures de leitmotiv. Un cimetière dans lequel Martha aperçoit souvent la nuit une lueur ressemblant à celle d'une torche électrique. Un cimetière qui ne se trouve pas là par hasard puisque c'est l'Oncle Ralph lui-même qui décidât en son temps d'habiter aux abords, en raison de sa passion évoquée plus haut. Quant à Martha, elle se sent de plus en plus poursuivie. Mais par qui ? Difficile qui plus est de se défendre, lorsque d'une part on ne peut communiquer que par signes et que d'autre part, lorsqu'on est en danger, la seule façon d'alerter quelqu'un via un téléphone est de taper dessus avec ses doigts...

 

 

Impossible pour ma part de faire plus court sans laisser quelques indices au lecteur pour éventuellement trouver notre coupable, à moins qu'ils ne soient plusieurs.
Toujours est-il que Il coltello di ghiaccio est, à mon sens, le meilleur giallo de son réalisateur. Il s'agit d'un spectacle de haute tenue, maîtrisé, doté d'un travail sur la photographie, dû à José F. Aguayo Hijo, absolument remarquable. La narration y est limpide, le montage simple et efficace, et tout l'art de Lenzi pour cette livraison là est d'avoir sû instiller une ambiance proche de l'univers d'Allan Edgar Poe sans jamais démentir. C'est aussi une plongée assez vertigineuse dans la psyché de Martha Caldwell à laquelle nous assistons. "Alice au pays des démons" est également convoqué avec une interprétation magnifique de Carroll Baker, qui, elle aussi, livre sa meilleure prestation, se faisant une plongée à travers le miroir, assez proche de celle que se faisait Carole (Florida Bolkan) dans le génial Venin de la peur de Fulci l'année précédente ou, plus tard, Silvia (Mimsy Farmer) dans un autre thriller fantasmagorique somptueux, The Perfume of The Lady in Black de Francesco Barilli.
Pas de doute, Umberto Lenzi et ses co-scénaristes Luis G. de Blain et Antonio Troiso empruntent chez Fulci. Mais pas seulement. De part la présence d'une secte satanique en arrière plan, et tout ce que cela pourrait sous-tendre d'implications à l'intrigue, on pourra également le rattacher facilement au travail de Sergio Martino et de son Tutti i colori del buio, d'autant qu'on y trouve au sein des deux films un personnage assez similaire, ou, tout du moins, deux yeux scrutateurs omniprésents, dotés de lentilles quasi interchangeables (portées par Ivan Rassimov pour le Martino). Pourtant, Umberto Lenzi parvient à se démarquer de ses comparses de manière autant astucieuse qu'efficace.

 

 

La présence du cimetière offre au film un cachet indéniablement bien exploité, trouble et hypnotique, renvoyant à la fois à Poe cité plus haut mais aussi au duo Argento/Sacchetti venant puiser chez Bryan Edgar Wallace pour leur Chat à neuf queues. On y sent l'omniprésence de la mort. Les croix semblent faire partie intégrante des cadres. Les brumes viennent envelopper les paysages pour les transformer en miroirs que l'on choisit de traverser ou non. L'abondance de scènes nocturnes (peut-être un tiers du film) parachève d'emmener autant Martha que le spectateur vers un inconnu que l'on connaît mal. Celui des traumas enfantins, celle de la peur du noir, derrière lequel se cache parfois des démons factices et fantasmés mais aussi des démons réels. La peur prise à sa racine et qui suivra toute une vie, un peu à l'instar de la citation qui ouvre Knife of Ice et prise chez Poe lui-même, pour la décliner ensuite tout le film durant, en plus de donner son explication au titre du film : "La peur est un couteau de glace qui vous déchire au plus profond de votre conscience".
Contrairement à certaines oeuvres giallesques de Lenzi, parfois paresseuses (Le tueur à l'ochidée), parfois un peu statiques et bavardes (Orgasmo, Paranoïa), ou parfois même, quoique attractives, un peu courtes et répétitives au niveau de l'histoire (Eyeball), le réalisateur parvient ici à jongler avec plusieurs courants giallesques en même temps que de se réapproprier avec une belle maestria toutes les influences évoquées.
On ne trouvera en aucun cas ici l'onirisme cher à Lucio Fulci, par exemple. Il n'y aura pas non plus la lisière fantastique propre au film de Francesco Barilli, ni même les délires psychédélico-sataniques d'un Martino. Non, Lenzi opte pour une mise en scène classique mais ornée de plans très élaborés flirtant avec le morbide ainsi qu'avec un zeste de freudisme. La scène finale restera à cet égard longtemps gravée dans la mémoire.

 

 

Il élude également toute la panoplie érotique habituelle en même temps que les morceaux de bravoure à l'arme blanche. Exception faite du premier meurtre dans le garage, on ne verra luire, ni de près, ni de loin, aucune lame. Par contre, la façon dont il suit notre héroïne, ses déambulations de nuit, donne au film des allures de cauchemar éveillé ou d'insomnie teintée de paranoïa. Une paranoïa rejoignant la citation de Poe en préambule et trouvant sa source dans l'enfance pour aboutir, peut-être, à une conscience retrouvée. Mais à quel prix ? Il faudra voir le film pour le savoir car je ne vous ferai pas l'offense d'en dire davantage.
Aidé par des comédiens unanimement convaincants, avec, bien entendu, Carroll Baker qui porte le film sur ses épaules (et à l'aide de bougies ou d'allumettes), mais aussi un excellent Eduardo Fajardo, trouvant ici l'un de ses rôles les plus intrigants et subtils. Omniprésent lui aussi, même dans l'ombre, sa composition est un délice d'humour noir pince-sans-rire dans le rôle d'un personnage à la fois sinistre et malicieux.
On peut mentionner pour la forme la présence d'un George Rigaud chaleureux et rassurant, déjà présent dans certains films susnommés (Le venin de la peur, L'alliance invisible) et habitué au genre (Perversion Story, The Case of the Bloody Iris), tout comme celle d'Ida Galli avec qui il tourna juste avant "Maniac Mansion" de Francisco Lara Polop et Pedro Lazaga, écrit par le même Luis G. de Blain, présent au générique de ce film-ci. Une Ida Galli elle aussi assez spécialisée dans le genre avec, en vrac, L'adorable corps de Deborah, Una farfalla con le ali insanguinate, "La queue du scorpion", "Exorcisme tragique - Les monstres se mettent à table" ou encore L'emmurée vivante. N'oublions pas non plus de citer la trop rare Silvia Monelli qui est ici très bonne, tout comme Franco Fantasia, dans le rôle d'un commissaire de police tenace sinon pugnace, qu'on trouvait lui aussi dans ce "Maniac Mansion" que je n'ai, je l'avoue, pas vu. Alan Scott pourra bien sembler légèrement transparent au regard des autres acteurs, mais on pourra aussi arguer que c'est son rôle qui l'exige.


Quoi qu'il en soit et pour conclure, Knife of Ice est une fort belle réussite du genre, baignée dans les limbes d'une fantasmagorie de la peur et d'un soi retrouvé à travers la mort, puis bercée par une ingénieuse partition de Marcello Giombini, aux accents délicieusement morbides et ténébreux.



Mallox


En rapport avec le film :

# Une édition dvd de ce très bon film serait la bienvenue chez nous, ou en tout cas, en Zone 2, dotée de sous-titres français puisqu'à ce jour, on recense (si je ne m'abuse) que deux éditions.
L'une parue au pays du soleil levant, en anglais avec uniquement des sous-titres japonais, l'autre, chez Wham!USA, semble-t-il un bootleg de l'édition japonaise, dotée qui plus est d'une horrible jaquette.

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