Zatoichi (20) contre Yojimbo
Titre original: Zatôichi to Yôjinbô
Genre: Chambara
Année: 1970
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Kihachi Okamoto
Casting:
Shintaro Katsu, Toshiro Mifune, Ayako Wakao, Osamu Takisawa, Masakane Yonekura, Shin Kishida, Shigeru Koyama, Kanjuro Arashi...
 

Après avoir dû combattre une fois de plus, Ichi aimerait retrouver un village qu’il a découvert il y a trois ans et où le calme et la sérénité semblaient éternels. "Doux zéphyr, gazouillis, parfum de prunier" sont les mots qui le font avancer vers cette bourgade paisible et qu'il se répète avec une quasi-volupté, comme pour se griser de la paix qu'ils annoncent. Pour le spectateur voyant, contrairement au masseur aveugle, la réalité est toute autre et le spectacle qu'’il découvre en approchant du village lui montre que c'est le vent de la violence qui règne ici à présent et que, pour les gazouillis et le parfum de prunier, on repassera.

 

 

Ichi en fera vite l’amère expérience, en tombant sur une brute carburant au saké et faisant office de garde du corps (Yojimbo) pour un jeune parrain local, Masagoro, aussi veule que cruel, et en découvrant que la douce Uméno, qui souvent le guida de sa main douce et chaude, l'a oublié et en est réduite à vivre de ses charmes et de l'alcool qu'elle vend dans sa petite taverne. Même l'ancien chef du village n’est plus le même, remplacé par un riche marchand, Eboshya, autre tête pourrie régnant sur le secteur et père de Masagoro. Tel père, tel fils, ces deux-là ne se ressemblent pas forcément mais sont tous les deux mus par les mêmes moteurs : l'or et l'enrichissement à n'importe quel prix.

 

 

Quel jeu peut bien jouer ici ce Yojimbo qui ne pense qu'à gagner quelques sous (en l’occurrence des ryos) et à picoler, tout en faisant office de sensei à un Masagoro dont il semble se foutre comme de sa première dent de lait ? Et comment Eboshya a-t-il construit sa puissance financière ? Enfin, Ichi peut-il décemment rester dans un tel village alors que tout ce dont il rêvait s'est évanoui et a été remplacé par la crapulerie et l'injustice ?


Petit à petit, les fils de l'intrigue apportent leur lot de réponses et de fausses pistes et se nouent autour des personnages en les emprisonnant dans les limites du bourg et en les ramenant constamment l’un vers l'autre pour des alliances de circonstances ou des conflits larvés autour de verres de saké parsemés d'injures tonitruantes. Progressivement, les masques tombent et le petit théâtre du vice et de la vertu n’est bientôt plus qu'un grand enchevêtrement de destins tordus marqués par le sabre où l'appât du gain.


Yojimbo, débarqué de chez Kurosawa chez qui il officia dans ce rôle pour "Le garde du corps" en 1961, et pour "Sanjuro" un an plus tard (à ne pas confondre avec "Le garde du corps" de Leterrier, Gérard Jugnot n'étant pas Toshiro Mifune), est un samouraï errant dont les intentions sont peu claires et ne se révèlent que peu à peu tout en lui échappant. C'est un adversaire de valeur pour Ichi, l'un de ceux qui marquent la série en apportant présence et consistance à des personnages plus complexes que de prime abord et offrant au masseur la possibilité de s'élever encore un peu plus dans sa propre mythologie : pittoresque, sentimental, joueur, charmeur, impitoyable quand il faut l'être, généreux mais pas toujours désintéressé ; Ichi est de plus en plus complet et Katsu en phase avec un personnage qu'il incarne pourtant depuis déjà vingt épisodes.

 

 

L'’arrivée d’un troisième larron, annonciateur silencieux de l’apocalypse avec son regard perçant et son teint livide, viendra apporter une couche de violence de plus à ce film qui n’en manque pas. Armé d’un révolver, ce Kutzuryu est mortel et, une fois encore, c'est un homme dont les intentions sont le plus souvent masquées et ne se révèlent qu'avant un coup de sabre ou de feu.
Ajoutez-y un ancien chef du village converti en sculpteur de Jizo, des statuettes funéraires commémorant les 128 villageois morts deux ans auparavant lors de la famine et des conflits qui en découlèrent, et vous avez une galerie de personnages qui se dirige vers un final forcément grandiose, puisque mettant aux prises Zatoichi et Yojimbo. Mais pas seulement, le goût du lucre poussant les fils contre les pères et les seconds couteaux au premier plan, pour descendre les uns et se faire descendre par les autres.

 

 

Démarré sur les chapeaux de roue avant de prendre un rythme plus pépère et non dénué d’humour, le cabotin Ichi n'hésitant pas à se moquer brillamment d’un Yojimbo ivre lors de leur premier combat, le film prend ensuite une route plus sinueuse et n’ayant peur ni du drame ni du mélodrame. Ce vingtième épisode d'une saga passionnante constitue indubitablement l'une de ses plus belles réussites. Grâce à ses acteurs, évidemment, mais aussi grâce à son réalisateur, Kihachi Okamoto, déjà à l'oeuvre sur Le sabre du mal notamment. Westernien, crépusculaire, confinant ses personnages dans une ambiance de plus en plus explosive, Zatoichi contre Yojimbo finit même sous de minuscules flocons de neige, rappelant un autre final éblouissant, celui de Route sanglante. S'il faut faire un choix parmi les vingt-six épisodes tournés pour le cinéma, et même parmi les quatorze proposés en France, ces deux là doivent en être car ils ont à la fois toutes les qualités des longs-métrages narrant les aventures du masseur aveugle, sans en avoir certains défauts.

 

 

Bigbonn


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