4 mercenaires d'El Paso, Les
Titre original: El hombre de Río Malo / E continuavano a fregarsi il milione di dollari
Genre: Euro-Western (hors spagh) , Western spaghetti
Année: 1971
Pays d'origine: Espagne / Italie / France
Réalisateur: Eugenio Martin
Casting:
Lee Van Cleef, Gina Lollobrigida, Gianni Garko (John Garko), Jess Hahn, James Mason, Simon Andreu, Sergio Fantoni, Diana Lorys, Aldo Sambrell...
Aka: Bad Man's River
 

Quatre mercenaires, conduits par leur chef Roy King acceptent, en échange d'une belle somme d'argent promise par la belle Alicia, de dynamiter un arsenal. Déguisés en Mexicains, ils s'emparent des munitions. A leur retour, la commanditaire a disparu avec la prime promise. Leurs têtes mises à prix, ils la poursuivent tout en devant composer avec un militaire qui veut les utiliser dans sa guerre contre les États-Unis...

 

 

Les 4 mercenaires d'El Paso est une coproduction hispano-italo-française, plus précisément entre la Zurbano Films pour l'Espagne (Les Brutes dans la ville, Les Amazones), L'International Apollo Films pour l'italie (7 Murders for Scotland Yard, "La casa de las muertas vivientes") et Les Productions Jacques Roitfeld (Perversion Story, Obsédé malgré lui). Eugenio Martín est déjà fort d'une filmographie de onze films depuis le début des années 60 ("Le Tueur à la rose rouge") même si les amateurs le connaissent avant tout pour son très distrayant " Terreur dans le Shanghaï-Express" et, comme la plupart de l'équipe technique ayant collaboré au film, il est d'origine espagnole. Aussi parlera-t-on d'avantage d'euro-western avec un fort goût de paella plutôt que de plat sadique à base de spaghettis. Mais peu importe, Eugenio Martín a donc déjà fait ses preuves lorsqu'il s'attèle au script à l'aide de Philip Yordan, quant à lui totalement rompu à l'exercice puisqu'il est déjà responsable de quelques classiques méfaits du genre à Hollywood en plus d'avoir servi de prête-nom à quelques blacklistés qui sans lui seraient restés laissés-pour-compte. On le retrouve en tout cas crédité aux scénarios de "Johnny Guitare", "La Lance brisée", "L'Homme de la plaine", Bravados ou même encore "La Chevauchée des bannis". Inutile de préciser que cet apport précieux accouche d'une sorte de bâtard sympathique mais le cul pas forcément toujours bien sellé...

 

 

On se retrouve donc avec une drôle de mixture côtoyant plusieurs tendances ayant alors cours dans le genre : d'un côté, Les 4 mercenaires d'El Paso adopte le ton décontracté et nonchalant d'un "Butch Cassidy et le Kid", d'un autre, il emprunte à la mouvance Trinita (à ce sujet, Jess Hahn semble faire office de Bud Spencer ou de Walter Barnes du genre), le tout en surfant sur la vague des révolutions mexicaines qui décidément en ont vu passer des vertes et surtout des pas mûres. La révolte des péons n'est ici que prétexte au simple film d'aventures à tendance purement distractive, un peu comme pouvait l'être deux ans avant le 5 hommes armés de Don Taylor et Italo Zingarelli. On est loin des réflexions acides, engagées et/ou désillusionnées d'un El Chuncho ou encore des films de Sergio Corbucci (Le Mercenaire, Companeros). En parlant d'hétéroclisme, le casting n'est pas en reste, puisque, outre Sabata (Lee Van Cleef) dans un rôle olé-olé et Sartana (Gianni Garko) qui semble s'être fumé un cactus et donc de pas mal planer, on y trouve en vrac des habitués du genre comme Aldo Sambrell en bandido et Eduardo Fajardo en général sanguinaire (des rôles, il est vrai, qui leur vont bien), mais aussi des acteurs pas forcément habitués à monter en selle et dont la présence peut surprendre : Simón Andreu, par exemple, était alors reconnu pour ses présences dans des thrillers ("La Mort d'un tueur", "Photo interdite d'une bourgeoise", "Historia de una traición", Nuits d'amour et d'épouvante). Il peine ici à trouver ses marques, et des quatre mercenaires, il reste peut-être le plus invisible. Si on avait déjà aperçu Diana Lorys - ici très bien - dans "L'Ombre de Zorro", Rio Hondo ou "Pancho Villa", le plus étonnant reste finalement la présence de deux stars internationales : Gina Lollobrigida et James Mason, deux acteurs, faut-il le signaler, dont c'est le seul western au sein de leurs riches filmographies. Si la première s'en sort avec les honneurs, prenant l'ascendant à tous les niveaux sur ses partenaires, que dire de James Mason, semblant un peu égaré, et paraissant n'être là que pour changer le film d'orientation puis amorcer une dernière et épique ligne droite.

 

 

C'est du reste de par cette versatilité de traitement que pèche principalement Les 4 mercenaires d'El Paso. En témoigne une partition musicale assez faible dont le point d'orgue, si j'ose dire, serait cet horrible hard-rock progressif à mi-chemin entre Deep Purple et Jethro Tull qui surgit comme un pet de mule dans un plat de fayots. Imaginez le générique de 4 mouches de velours gris balancé dans La Prisonnière du désert et vous ne serez pas loin de la perplexité générée.

Passé ce détail, en plus d'un traitement fait de ruptures de tons et de mélange de genres parfois un brin indigeste et confus, en tout cas dans sa représentation à l'écran, Les 4 mercenaires d'El Paso demeure un spectacle aimable, relativement dynamique, jouissant semble-t-il d'un budget confortable, et qui comporte de fait, quelques morceaux de bravoure pas mal calibrés : ça va de l'attaque d'une forteresse (on pense fortement aux "Douze Salopards" ou à "Quand les aigles attaquent", un sentiment sans doute dû à l'implication de Yordan qui a également oeuvré dans le film de guerre), en passant par un train, un bateau, alors que quelques voitures du nouveau monde errent entre les tirs de mitrailleuses ou bien encore dans les villages abandonnés. Reposant sur un scénario solide quoique trop riche, Les 4 mercenaires d'El Paso a le mérite également d'être assez fertile en rebondissements. A ce niveau, on a droit à un final fort sympathique mais qui ne surprend personne... sauf cette belle bande de Mickeys de l'Ouest avec à leur tête un meneur d'hommes qui, à cause de sa faiblesse pour la gent féminine, est à l'image du film : un peu trop gentil pour emporter totalement l'adhésion. Reste un petit plat très récréatif comme le sera trois ans plus tard La Brute, le Colt et le karaté avec le même Lee Van Cleef.

 

 

Mallox

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