Bronson chez Cannon
Écrit par The Omega Man   

 

 

Dans le numéro de novembre 2017 du magazine cinéma "Studio Ciné Live", un article de trois pages revenait sur la filmographie de Charles Bronson, acteur dont on souligne quelques rôles marquants (Les Douze Salopards, Les Sept Mercenaires, The Mechanic...), mais dont certains aimeraient oublier la fin de carrière. L'article balaie cette période en quelques lignes (bourrées d'inexactitudes, d'approximations et de raccourcis hasardeux). Pire, l'auteur de l'article cherche à disculper le brave Charlie en mettant en exergue la maladie de son épouse. Exemple typique de l'incompréhension entre un acteur qui a fait le choix de satisfaire son public de base en contrepartie d'un certain confort matériel. Cette absence de prise de risque lui attirera évidemment l'opprobre des critiques. Certes, la qualité des films tournés par l'acteur entre 1982 et 1989 n'est guère transcendante, cela reste des films de série B, mais comme disait Musset : "Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse "

 

 

Le Justicier dans la ville 2

Titres alternatifs : Death Wish II, Der Mann ohne Gnade - Death Wish II, Il giustiziere della notte 2, O Vingador da Noite

Origine : U.S.A.
Genre : Policier
Année : 1982

Réalisation : Michael Winner
Casting : Charles Bronson, Jill Ireland

Scénario : David Engelbach, d'après les personnages créés par Brian Garfield
Image : Thomas Del Ruth et Richard H. Kline
Musique originale : Jimmy Page
Montage : Julian Semilian et Michael Winner (crédité Arnold Crust)


1974 - Charles Bronson va prendre une décision qui changera le cours de sa carrière. En effet, si l'acteur bénéficie d'une belle notoriété dans le monde (surtout en Europe), il n'a pas encore réellement percé le marché américain ; le contrat le liant au producteur Dino de Laurentis touche à sa fin. Le producteur italien croit beaucoup au potentiel de l'acteur, mais jusqu’à présent leur collaboration (Cosa Nostra, Le Cercle Noir, Chino) n'a pas donné les résultats escomptés. Il reste un dernier film à produire, et c'est le réalisateur Michael Winner (1935-2013) qui propose à l'acteur un projet recalé un peu partout, une sombre histoire de vengeance inspirée d'un roman intitulé "Death Wish". On connaît la suite, le film "Un Justicier dans la Ville" est un succès populaire, aux États-Unis les spectateurs se lèvent et applaudissent chaque fois que Bronson tire, et évidemment les critiques considèrent le film comme une merde ! Qu'importe, Bronson se retrouve au même niveau qu'un Clint Eastwood ou d'un Burt Reynolds (faudrait pas l'oublier celui-là, il était super bon en dehors de ses comédies débiles !). Winner passe dans la liste des réalisateurs qui comptent et Dino de Laurentis compte les billets verts.
Les trois hommes tombent d'accord sur une chose : il n'y aura pas de suite !
Mais c'est bien connu, comme le dira plus tard Sean Connery dans le business, il ne faut jamais dire "Jamais plus Jamais !" En 1979, lorsque deux producteurs israéliens, Menahem Golan et Yoram Globus, rachètent un petit distributeur américain appelé "Cannon", qui aurait pu penser qu’ils allaient à ce point être associés à la destinée de l’acteur.
Les premières productions "Cannon" sont des petits films érotiques (la trilogie "The Happy Hooker") et d'horreur ("X-ray, Shizoid, The Ritual...") qui leur assurent une rentrée d'argent rapide. Mais les deux hommes ont soif de notoriété, et il leur manque un nom à mettre sur les affiches, une star qui attirerait distributeurs et spectateurs. Bronson sera cet homme providentiel. Car, à l'aube des années 80, la carrière de Bronson semble au point mort ; son plus gros succès (Death Wish) date déjà de huit ans et les films qui suivirent ne rencontrèrent pas vraiment le succès escompté. L'acteur est alors approché par les deux producteurs et signe avec la promesse de toucher 1,5 millions de dollars. Fièrement, le studio annonce le tournage de "Death Wish 2" dans Variety, avec comme réalisateur Menahem Golan. Bizarrement, le studio annoncera la réalisation de cette suite sans en avoir acquis les droits cinématographiques (un incroyable imbroglio entre le roman et le film). Une aubaine pour le détenteur de ces derniers, un certain Dino de Laurentis (pour lequel le duo Bronson-Winner avait travaillé pendant plusieurs années), qui mit le studio dos au mur en menaçant d'un recours en justice. Cannon, pour se couvrir juridiquement, propose le rachat de la franchise cinéma pour 150 000 $. Mais lorsque le studio envoie le chèque à De Laurentis, ce dernier se ravise et le renvoie. Seulement, entre temps, le réalisateur Michael Winner est engagé pour réaliser le film. Winner réussit à convaincre De Laurentiis de céder les droits, non sans avoir refusé sa proposition de venir réaliser la suite pour lui. Pour Winner, c'est l'occasion de se refaire une réputation car le réalisateur n'a guère eu de chance, sachant que "Won Ton Ton, The Dog Who Saved Hollywood" (1976), "The Sentinel" (1977), "Raymond Chandler's The Big Sleep" (1978) et "Firepower" (1979) se sont plantés au box office.

 

 

C'était donc le bon moment pour reformer le duo du "Justicier", avec Michael Winner comme réalisateur et Bronson dans le rôle titre, mais De Laurentis essaye une dernière fois de couler le projet en proposant à Winner de réaliser un film de science-fiction intitulé "Space Vampire". Winner refuse de nouveau et le projet est abandonné (bien plus tard, Cannon récupérera les droits et réalisera le film sous le titre "Lifeforce" !). Cette mésaventure aura comme résultat de mettre définitivement le projet sur les rails. En effet, Bronson étant sous contrat, les droits du film en poche, la Cannon ne pouvait et surtout ne voulait plus reculer.
Le résultat de cette union particulière est une version réchauffée du premier opus, bien que particulièrement assaisonnée par Winner. La fin du premier épisode ne laissait planer aucun doute, Bronson mimant avec les doigts un revolver qu'il pointe sur une bande de jeunes en train d'agresser une jeune femme, et indiquait clairement que les défaillances de la justice seraient maintenant palliées par notre justicier. Michael Winner signe une sorte de remake grand guignolesque, pour lequel il semble se défouler sur les scènes de viols qui deviennent de grands moments de déviance assumée. Par contre, si les voyous sont des animaux répondant aux instincst les plus basiques et sans aucune circonstance atténuante, Winner ne stigmatise jamais une ethnie, préférant le panaché multi-racial (blanc, noir, hispanique)... tous pourris ! Heureusement Bronson est là et va reprendre du service en tirant sur tout ce qui bouge ; à noter, la présence de Jill Ireland qui sera le seul personnage féminin à sortira indemne de la série... pas de viol ni même une petite agression, au grand dame de ses détracteurs !

 

 

Le film fait consensus contre lui, les critiques sont dégoûtées par cet excès de violence tape à l’œil (un journaliste souhaite même que Winner se fasse violer !) et la censure anglaise sabre dans la pellicule. Par contre, les spectateurs sont ravis et plébiscitent le film, qui fait presque aussi bien que le premier en Amérique et rafle le pactole en doublant ses chiffres à l'étranger. Mais surtout, Bronson se replace sur l'échiquier. Avec ce coup de maître, l'acteur se voit implicitement proposer un contrat clé en main. Fini de se battre pour trouver un projet, le studio lui propose régulièrement des films (que l'acteur accepte ou non), avec la condition sine qua non de jouer de temps à autres un justicier. A 61 ans, et après des années de galère, l'acteur se voit offrir une sorte de pension complémentaire, tout en alimentant ses fans de base avec quelques productions. Avec ce deal, Bronson abandonne clairement toute velléité artistique au profit de la quantité et d'un certain confort (l'acteur sera payé environ 1.5 millions par film). Lui qui avait toujours galéré pour s'imposer accepte cette proposition que certains considèrent contre nature.

 

 

Le Justicier de minuit

Titres alternatifs : 10 to Midnight, Ein Mann wie Dynamit, Dez para a Meia-Noite, 10 minuti a mezzanotte

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1983

Réalisation : Jack Lee Thompson
Casting : Charles Bronson, Lisa Eilbacher, Andrew Stevens, Gene Davis

Scénario : William Roberts
Image : Adam Greenberg
Musique : Robert O. Ragland
Montage : Peter Lee-Thompson

 

 

Les relations entre Bronson et Winner n'ont jamais été des plus sereines, mais l'acteur considérait le réalisateur comme sa meilleure chance de percer, ce qui arriva avec "Death Wish". Si, incontestablement, Bronson est l'incarnation du personnage de justicier, Winner en est la cheville ouvrière, car un désaccord entre Bronson et son agent a laissé la place de producteur à Winner. Il sera le seul à trouver la recette pour mettre non seulement l'acteur en valeur mais aussi en faire une icône du genre. Mais Bronson sent que son association avec Winner bat tout doucement de l'aile. Il va alors rassembler autour de lui un noyau de fidèles, dont Jill Ireland et Pancho Kohner (fils de Paul Kohner, agent et producteur de Bronson depuis les années soixante) et choisir un réalisateur plus malléable sur lequel il pourra toujours compter. Son choix se porte sur Jack Lee Thompson (1914-2002). Les deux hommes sont amis depuis le tournage de "Monsieur St Yves", l'acteur apprécie sa rapidité et sa gestion des tournages ; mais surtout, ce dernier est beaucoup plus gérable que Winner. Réalisateur "de la vieille école", il a prouvé avec "Les Canons de Navarone" ou "Les Nerfs à vif" qu'il savait diriger aussi bien des grosses productions que des films plus intimistes.
De plus, les deux hommes n'ont que sept années de différence, alors que dix-huit ans sépare Winner de Bronson, d'où peut-être cette incompréhension générationnelle entre les deux hommes.
L'acteur se sent plus proche du rigoriste Thompson, ancien combattant, que de l'épicurien Winner (de surcroît ex-prétendant de madame Bronson).

 

 

Pendant ce temps, les patrons de Cannon annoncent à Cannes la sortie d'un nouveau Bronson pour profiter du succès de "Death Wish II", mais à part le titre du film ("10 to Midnight") et la participation de l'acteur, les deux hommes n'ont rien de concret. De leur côté, le réalisateur Jack Lee Thompson et le producteur Lance Hool ont un scénario intitulé "Blood Bath", inspiré par un tueur appelé Richard Speck (le 13 Juillet 1966, Speck fait irruption dans un internat, armé seulement d'un couteau et d'un revolver, et viole puis tue huit infirmières). Bronson lit le script et demande à son ami Pancho Kohner de le proposer à Cannon. Le mélange du polar traditionnel à la Bronson et du maniaque sexuel n'a pas de mal à convaincre les deux producteurs.
Le Justicier de Minuit est en fait un faux Winner réalisé par Jack Lee Thompson, avec une bonne dose de violence et de sexe. Le but évident du film est de faire entériner Thompson comme réalisateur aux yeux de la Cannon !
Mission accomplie, car si le film ne fait pas le carton d'un Justicier en salles, il rapporte énormément en location et sur les chaînes payantes, tellement que le réalisateur Jack Lee Thompson est accepté au sein du studio qui, outre les Bronson, lui confiera "Allan Quatermain et les mines du roi Salomon", "Firewalker" et "The Ambassador".

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Le Justicier de New York

Titres alternatifs : Death Wish 3, Death Wish 3 - Die Rächer von New York, O Justiceiro de Nova Iorque, Il giustiziere della notte 3

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1985

Réalisation : Michael Winner
Casting : Charles Bronson, Deborah Raffin, Ed Lauter

Scénario : Michael Edmond alias Don Jacoby
Image : John Stanier
Musique : Jimmy Page et Mike Moran
Montage : Michael Winner (crédité Arnold Crust)

Comme le pensait Bronson, Winner devient de moins en moins gérable. En acceptant de travailler pour Cannon, le réalisateur savait qu'un éventuel succès de "Death Wish II" lui donnerait le contrôle total sur le prochain opus (et 10 millions de dollars de budget). Winner a donc placé méticuleusement ses pions ; non seulement il dirige et s'occupe du montage, mais en plus il devient aussi producteur. Étendant son emprise sur le projet, il délocalise le tournage sur ses terres en Angleterre et réalise le film de vigilance ultime. La quête du justicier se transforme en guérilla urbaine, alors que de nouveau la misogynie du réalisateur explose. Les actrices Marina Sirtis (qui deviendra Deanna Troie dans la série "Star Trek Next Generation") et Sandy Grizzle ne gardent pas un souvenir impérissable du film (il faut dire que leurs personnages se font violer !) ni (surtou)t de Winner, qu'elles accusent de sadisme. Seule Deborah Raffin ("The Sentinel", Dance of the Dwarfs) aura le chance de "mourir" sans trop de complaisance graphique, mais surtout en gardant ses vêtements !

 

 

Une douzaine de cascadeurs se relaye sur le tournage, aidée par des figurants militaires recrutés dans la base américaine toute proche ; Winner n'hésite pas à faire exploser des immeubles et des voitures, le réalisateur est totalement en roue libre. De son côté, Bronson semble déconnecté du projet, il déteste le film qu'il trouve ridicule. Depuis le début, il a rejeté le script de Don Jakobi ("Tonnerre de Feu", Lifeforce...), mais surtout il vit très mal le fait d'être obligé de déménager en Angleterre alors que sa femme se bat contre un cancer. Bronson est fatigué et ne mange plus ; étrangement, son état va donner au personnage un côté hargneux et badasse totalement en adéquation avec le film.

 

 

Le spectateur, quant à lui, est aux anges. Aux États-Unis, le film devient un succès qui va presque effacer les deux premier opus ; en Europe, l'accueil sera plus mitigé, et comme toujours la critique n'y voit que le symbole de la déchéance de l'acteur. Par contre, en France et en Belgique le film devient un Nanar culte auprès des adolescents et un gros succès de vidéoclub.
Lors de sa première semaine de sortie, ce troisième opus se classe numéro un devant "La Revanche de Freddy" et "Police Fédérale Los Angeles" de Friedklin ! Cannon propose alors à Winner deux films : "Capitaine America" et "Delta Force 2" ; les deux projets seront réalisés sans lui.

 

 

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La Loi de Murphy

Titres alternatifs : Murphy's Law, Murphys Gesetz, A Lei de Murphy, La legge di Murphy, O Vingador

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1986

Réalisation : J.L. Thompson
Casting : Charles Bronson, Kathleen Wilhoite, Carrie Snodgress

Scénario : Gail Morgan Hickman
Image : Alex Phillips Jr
Musique : Valentine McCallum et Marc Donahue
Montage : Peter Lee Thompson et Charles Simmons

 

 

Le tournage du dernier "Justicier" achevé, Bronson s'empresse de retourner à Los Angeles. Il est enfin de retour chez lui et se prépare pour son prochain film. Il est clair que son association avec Winner est terminée, l'acteur s'en remet entièrement à ses fidèles lieutenants Jill Ireland et Pancho Kohner à la production. Mais surtout, il impose Jack Lee Thompson comme son réalisateur attitré. Cette sainte trinité (Ireland-Kohner-Thompson), selon Bronson, propose à Cannon un script original de Gail Morgan Hickman, auteur d'un scénario qui servit de base au troisième inspecteur Harry, "L'Inspecteur ne renonce jamais", et qui travailla sans succès sur le script du Justicier III. L'histoire de Hickman met en scène un flic accusé du meurtre de sa femme et se retrouve menotté à une jeune voleuse de voitures. Lorsque celui-ci décide de s'évader, il doit emmener la jeune fille avec lui. Évidemment, outre la police, les deux fugitifs se retrouvent avec une psychopathe et des gangsters aux trousses ! C'est donc un homme traqué que Bronson interprète ; les péripéties s'enchaînent et le duo avec la jeune Kathleen Wilhoite ("Gilmore Girls") fait mouche. La jeune fille au langage fleuri réussit à décrisper l'acteur, et dans une scène de dialogue assez crue, elle avoue ses intentions mais sera stoppée nette par un coup de téléphone. Carrie Snodgress (Pale Rider) interprète la psychopathe qui poursuit Bronson, son but : éliminer toutes les personnes responsables de son internement (policiers, juge, procureur...). C'est une véritable machine à tuer que rien, même pas Bronson, ne semble capable d'arrêter. A ne pas rater, la scène où elle étrangle sa thérapeute en lui disant : "Vous aviez tort de me libérer, je suis vraiment folle !".

 

 

Ce film est une agréable surprise après le tournage épuisant en Angleterre ; c'est également une véritable thérapie pour Bronson, qui se retrouve en famille avec sa femme comme productrice, son fidèle agent Pancho Kohner et un réalisateur malléable à souhait. La réalisation de Thompson ne s'améliore pas mais le script signé par Hickman accumule assez de rebondissements pour être divertissant et surtout, le film peut compter sur l'interprétation sans failles de Kathleen Wilhoite (mignonne et marrante) et Carrie Snodgress (inquiétante à souhait), les deux actrices volant presque la vedette à Bronson !

 

 

Pour information, La loi de Murphy est un principe universel érigé par Edward Aloysius Murphy Jr., né le 11 janvier 1918, un ingénieur en aérospatiale qui travaillait sur la sûreté des systèmes critiques. D'après lui, s'il existe au moins deux façons de faire quelque chose, et qu'au moins l'une de ses façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu'un quelque part pour emprunter cette voie. Aujourd'hui, La loi de Murphy est tombée dans le domaine public sous sa forme pessimiste et lapidaire : "Tout ce qui peut mal tourner, va mal tourner." !

 

 

 

Le Justicier braque les dealers

Titres alternatifs : Death Wish 4: The Crackdown, Death Wish 4 - Das Weiße im Auge, O Exterminador da Noite, Il giustiziere della notte 4

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1987

Réalisation : J.L. Thompson
Casting : Charles Bronson, John P. Ryan, Kay Lenz

Scénario : Gail Morgan Hickman
Image : Gideon Porath
Musique : Valentine McCallum, John Bisharat et Paul McCallum
Montage : Peter Lee Thompson

Avec 16 millions de $ de recettes (le double pour l'étranger), Le Justicier de New York a fait aussi bien que le deuxième épisode. Winner a doublement réussi son pied de nez, mais impossible de le rappeler à la barre ; Bronson ne veut plus en entendre parler. Pour contenter le studio, il décide alors de reformer l'équipe de "La Loi de Murphy" : Jack Lee Thompson à la réalisation, Gail Morgan Hickman au scénario et Pancho Kohner à la production. Mauvaise idée : aucun des intervenants n'a le savoir-faire de Winner, encore moins sa culture tape-à-l’œil et grossière qui mélange brutalité et sadisme. Bref... ce sont des enfants de chœur ! De toute façon, cela n'a pas grande importance puisque les producteurs ne visent plus l'exploitation en salles mais la prévente aux chaînes câblées et aux distributeurs vidéos, qui leur versent des avances permettant de compléter le budget revu largement à la baisse.

 

 

Pendant ce temps, les scénarios se succèdent. Dans une version tirée d'un projet avorté (voir ci-dessous), Kersey affronte une bande de terroristes qui aurait assassiné sa petite amie ! Qu’importe pour Bronson, qui reprend de nouveau le rôle de Kersey. Installé dans une sorte de torpeur, il déambule les armes à la main sans vraiment y croire ! Dans le script final, le justicier n'est plus qu'un sous-traitant éliminant des malfrats, non plus par vengeance (celle-ci dure cinq minutes), mais selon les desiderata de son commanditaire (John P. Ryan, excellent comme d'habitude).
Finis les loubards crasseux, haineux et sadiques, Kersey s'occupe des costards cravates, installe des micros et place des bombes dans des bouteilles de vin ! Toute la quintessence de la série s'est véritablement évanouie avec le départ de Winner : plus de nichons, pas un viol, le sang a presque disparu... le justicier devient politiquement correct.

 

 

Une piste intéressante fut soulevée pendant le tournage : le personnage de Kay Lenz, au lieu de mourir bêtement, devait épauler Kersey dans sa croisade. Mais l'idée fut balayée par Bronson et Thompson, dommage ! Malheureusement, la réalisation académique de Thompson ferait passer les frères Dardenne pour Michael Bay (seule la fusillade dans l'usine de conserves fait illusion) ; Bronson se fige de plus en plus mais reste néanmoins accroché à son rôle puisqu'il remettra une dernière fois le couvert en 1992, alors que le tournage d'un nouveau Justicier avec Michael Dudikoff (American Warrior) fut envisagé !

 

 

 

Protection rapprochée

Titres alternatifs : Assassination, Der Mordanschlag, Missão de Alto Risco, El guardaespaldas de la primera dama

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1987

Réalisation : Peter Hunt
Casting : Charles Bronson, Jill Ireland

Scénario : Richard Sale
Image : Hanania Baer
Musique : Valentine McCallum et Robert O. Ragland
Montage : James Heckert et Charles Simmons (non crédité)

 

Un peu de douceur dans ce monde de brutes... Bronson décide de se faire plaisir, et surtout de faire plaisir à sa femme Jill Ireland. L'actrice avait mis sa carrière entre parenthèses, ne voulant plus apparaître que dans les films de son mari. Cela ne plu guère aux fans du moustachu, considérant la pauvre comme une mauvaise actrice qui ne cherchait la gloire que dans l'ombre de sa star de mari. Mais cette gloire (ou reconnaissance), que l'infortunée ne trouvera jamais en tant qu'actrice, lui sera octroyée d'une manière affreuse et paradoxalement ironique en tant qu'écrivain.
En 1984, on lui diagnostique un cancer du sein ; l'actrice subit une opération et une lourde chimiothérapie, elle semble tirée d'affaire. Cette expérience douloureuse, elle décide de la partager en écrivant plusieurs livres à succès sur le sujet. Mais une des conséquences collatérales de ce malheur sera de rapprocher une dernière fois l'actrice et son mari à l'écran.

 

 

Dans le contrat conclu avec Cannon, le studio doit proposer à Bronson, entre deux "Justicier", des rôles qui n'ont rien en commun avec la série. "My Affair with the President's Wife" est donc le scénario proposé à l'acteur avant le quatrième "Justicier". A l'origine, Jill Ireland n'a qu'un rôle de productrice ; c'est même elle qui choisit l'actrice qui incarnera le rôle principal : Jaclyn Smith (l'une des "Drôles de dames" ). Mais lors d'une fête, pour sa guérison, les patrons de Cannon lui demandent d'interpréter le rôle. Les deux époux sautent sur l'occasion et acceptent bien volontiers. Jill Ireland, resplendissante, a vraiment l'air de s'amuser et n'hésite pas à se grimer (perruque, lunettes...). Bronson, plus détendu et décontracté, se balade en rassurant sa moitié ; il se dégage même de certaines scènes une véritable tendresse.

 

 

Cette fois, Peter Hunt remplace Thompson parti diriger Chuck Norris sur "Firewalker". Le réalisateur de "Au Service Secret de sa Majesté" fait de son mieux, le film aligne de belles cascades cette fois dirigées par le vétéran Jack Gill ("Furious 7", "Showtime", "Miss FBI"). En tant que cascadeur, sa spécialité est de traverser des murs de bois, de verre et de flammes avec divers véhicules. On peut apprécier son savoir faire, notamment lorsque Bronson fait exploser une grange au lance-roquette, alors qu'un motard s'en échappe, ou dans les nombreuses scènes d'action du film. A l'écran, le couple Bronson/Ireland fonctionne à merveille, les clins d’œil fusent, et surtout on passe un agréable moment. Le film fera de bons résultats, démontrant que le public est prêt à voir Bronson autrement que comme un simple justicier, a condition qu'il soit toujours armé et bien dirigé.

 

 

 

Le Messager de la mort

Titres alternatifs : Messenger of Death, Das Gesetz ist der Tod, Mensageiro da Morte, Il segno della giustizia, Mensajero de la muerte

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1988

Réalisation : J.L. Thompson
Casting : Charles Bronson, Trish Van Devere, Laurence Luckinbill, Daniel Benzali

Scénario : Paul Jarrico, d'après le roman de Rex Burns "The Avenging Angel"
Image : Gideon Porath
Musique : Robert O. Ragland
Montage : Peter Lee Thompson

 

 

A l'origine, on a une série de romans policiers mettant en vedette un inspecteur d'origine hispanique ; deux scénaristes vont travailler sur le script pour remanier l'ensemble et économiser quelques dollars. Le règlement de comptes final passe donc à la trappe et le héros devient un journaliste qui va enquêter sur l'étrange massacre d'une famille de mormons.

 

Le Messager de la mort est un thriller dans lequel Bronson essaye une nouvelle fois de s'éloigner clairement des rôles qu'il interprétait. Malheureusement, si le film contient quelques scènes intéressantes (le massacre qui ouvre le film, vraiment flippant, le camion fou qui essaye de tuer Bronson, le générique... ), il n'est pas assez abouti pour convaincre, et il y a erreur sur le réalisateur comme sur l'acteur !
Une rumeur prétend que le film fut réalisé aux trois-quarts par la seconde équipe, Jack Lee Thompson étant tombé malade, mais rien à part la réalisation anémique de Thompson ne vient confirmer les faits. A se demander si c'est vraiment le même réalisateur qui avait signé "La Conquête de la planète des singes" (1972).

 

 

Le film sera aussi une mise à jour pour Bronson, qui découvre que le studio n'a cure des états âme de son poulain. Pour preuve : le matériel publicitaire reprend une photo de la seule scène où Bronson brandit une arme, et l'utilise sur tous les supports (K7-DVD-Bluray). Résultat, le film ne restera même pas une semaine à l'affiche en salles, mais sera de toute façon un gros succès en vidéo et sur les chaînes câblées, même si les bénéfices sont divisés par deux par rapport à son précédent film.

 

 

 

Kinjite : Sujet Tabou

Titres alternatifs : Kinjite: Forbidden Subjects, Kinjite - Tödliches Tabu, Justiça à Margem da Lei, Kinjite: prohibido en occidente, Soggetti proibiti

Origine : USA
Genre : Policier
Année : 1989

Réalisation : J.L. Thompson
Casting : Charles Bronson, Perry Lopez

Scénario : Harold Nebenzal
Image : Gideon Porath
Musique : Greg De Belle
Montage : Mary E. Jochem & Peter Lee-Thompson

Pour son dernier film estampillé "Cannon", Bronson incarne un inspecteur raciste et puritain. Sa cible est un maquereau qui n'utilise que des mineurs. Le script accumule les détails sordides (viols à la chaîne sur une jeune japonaise, Bronson enfonce un gode dans le postérieur d'un pervers), les personnages glauques (une belle brochette de pervers sexuels, dont une femme particulièrement flippante !) et la violence gratuite (la fusillade du restaurant). Le mélange des deux cultures est assez maladroit, et le côté moralisateur un peu lourd. En effet, le Japonais obsédé sexuel sera puni puisque sa jeune fille est kidnappée puis violée (elle finira d'ailleurs par se suicider), alors que le méchant sera violé dans sa cellule.

 

 

Ne parlons pas du côté ouvertement raciste du film, les souteneurs sont tous noirs ou hispaniques, et tous les hommes d'affaire japonais sont des obsédés sexuels qui tripotent les écolières dans les transports en commun. Ironie du sort, Bronson semble s'amuser. Il faut bien avouer que pour une fois, son personnage ne voit pas sa famille se faire massacrer, ce qui donne à l'acteur quelques scènes cocasses avec sa femme et sa fille, en complète inadéquation avec le reste du métrage !

Kinjite est la preuve que le studio n'a absolument aucune considération pour sa vedette, et est prêt à lui faire tourner n'importe quoi. La réalisation de Thompson est de plus en plus désespérante, et on ne peut qu’imaginer ce que Winner aurait pu tirer de cet amalgame obscène de clichés. De son côté, Bronson ne semble avoir d'autre discernement que le chèque qu'il touche, se laissant guider par ses fidèles lieutenants (Thompson, Ireland, Kohner).

 

 

A la suite de Kinjite, Bronson devait encore enchaîner deux films pour le studio, dont un intitulé "The Four Horsemen", et évidemment un nouveau "Justicier". Mais une mauvaise nouvelle va changer la destinée de l'acteur (et peut être du studio !) : le cancer de Jill est revenu et emportera finalement l'actrice âgée de 57 ans. Bronson, dévasté, n'a plus envie de tourner et abandonne momentanément le cinéma pour se consacrer à ses enfants et au golf.

 


Projets avortés :

Bronson faisant partie de la maison "Cannon", son nom a été associé à divers projets dont un "Delta Force" avec Chuck Norris, réalisé par Joseph Zito ("Portés disparus"). Le film se fera plus tard avec Lee Marvin (beaucoup moins cher !).

Avant le tournage de "Death Wish 4", un film est annoncé lors du festival de Cannes : "Blood Sunday/10 to Midnight". Rien de commun avec le film tourné en 1983 par Bronson et Thompson, mais une tentative des producteurs de lancer un projet sans scénario ni l'aval de Bronson, seulement sur la base d'une affiche et d'une vague idée (une histoire de terroriste !).

Mais le projet le plus incroyable s'intitule «The Golem", version moderne du mythe. Le spécialiste des effets spéciaux Jim Danforth fut approché pour des essais. Il chiffrera le budget des effets spéciaux entre deux et trois millions de dollars, trop pour le studio qui stoppera le projet. Impossible pour eux de dépenser plus pour les SFX que le cachet de leur star !



Conclusion :


Jamais le duo Winner/Bronson n'a été surpasér en deux films (deux "Justicier" !) Les deux hommes on fait mieux que se défendre, et engrangé près de 32 millions de $, plus que tous les autres films que Bronson tournera pour la Cannon. Mais l'acteur ne sera guère reconnaissant envers son turbulent réalisateur ; pourtant les deux hommes semblent indissociables de la franchise, comme le prouvent les deux derniers opus non réalisés par Winner, et surtout les films que le réalisateur tournera sans Bronson ("La Dépravée", "Rendez-vous avec la mort", "La Dernière Victime").
Ces deux là étaient fait l'un pour l'autre, mais jamais aucun des deux n'a eu le courage de l'admettre.

Avec Chuck Norris, Bronson sera l'éternelle roue de secours du studio, engrangeant les dollars pour financer les projets plus "sérieux" de ses producteurs mégalomanes (comme payer le salaire astronomique de Stallone, engagé pour "Cobra" et "Over the Top") ou renflouer les caisses après certains fiascos (pour digérer "Pirates", un "Justicier 4" fut produit). Mais même la poule aux œufs d'or finit par s'épuiser, et les deux derniers films de Bronson ne suffisent plus à renflouer les caisses. A la mort de sa femme, Bronson clôturera le chapitre Cannon. Et si l'acteur tournera encore un "Justicier" pour Golan, il n'aura plus aucun contact avec Jack Lee Thompson ou Pancho Kohner.

Pendant sa période "Cannon", Bronson tournera un seul film hors du studio L'Enfer de la violence , ironiquement le meilleur film de la collaboration entre Thompson et Bronson, et un téléfilm, "Act of Vengeance", un biopic sur le monde du syndicalisme dans les mines, un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur car l’acteur fut lui même mineur.

 

 

 

Et Fin

En 1991, Bronson fait une apparition dans "Indian Runner" de Sean Penn.
En 1995, Bronson tourne son dernier film pour le cinéma, "Le Justicier : L'Ultime combat (Death Wish V: The Face of Death)".
De 1995 à 1998, Bronson apparaît au côté de sa nouvelle épouse dans trois téléfilms intitulés "Family Of Cops", sortis chez nous sous les titres de "Tel Père… Tels Flics !", "Le Justicier braque la Mafia" et "Le Justicier reprend Les armes". Évidemment, ces téléfilms n'ont rien à voir avec la série des Justiciers !
En 2001, les médecins détectent les prémisses de la maladie d'Alzheimer chez l'acteur, qui nous quittera en 2003.
En 2018 sort sur les écrans (dans l'indifférence totale) le remake du film original "Death Wish", réalisé par Eli Roth avec Bruce Willis. Peut-être le début d'une fleurissante série de direct to video !

 

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Filmographie Bronson chez Cannon :

Le Justicier dans la ville 2 / Death Wish II (1982) Michael Winner (16 M$ US - 32 M$ total)
Le Justicier de minuit / 10 to Midnight (1983) Jack Lee Thompson (7.2 M$)
Le Justicier de New York / Death Wish 3 (1985) Michael Winner (16 M$ US) démarrage à 5.3 devant La Revanche de Freddy (3.9)
La Loi de Murphy / Murphy's Law (1986) JL Thompson (10 M$)
Le Justicier braque les dealers / Death Wish 4: The Crackdown (1987) J.L. Thompson (6.7 M$)
Protection rapprochée / Assassination (1987) Peter Hunt (6.1 M$)
Le Messager de la Mort / Messenger of Death (1988) J.L. Thompson (3.1 M$)
Kinjite Sujet Tabou / Kinjite: Forbidden Subjects (1989) J.L. Thompson (3.4 M$)

Documentaire :

Electric Boogaloo (2015), de Mark Hartley

Bibliograhie :

“Bronson”, d'Arnaud Sagnard
“Bronson's Loose! The Making of the Death Wish films", de Paul Talbot
“Bronson's Loose Again! On the set with Charles Bronson", de Paul Talbot
“Winner Takes All: A life of sorts”, de Michael Winner