Royaume des devins, Le
Titre original: Weave World
Genre: Horreur , Fantasy
Année: 1987
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Fleuve Noir
Collection: Thriller Fantastique
Auteur: Clive Barker
 

Oh Clive, cher Clive qu'as-tu fait ? Je connaissais tes nouvelles chocs, tes films cultes mais je ne te connaissais pas encore ce don... Tu me diras, et j'espère cher lecteur que tu seras d'accord avec moi, plus un homme s'élève plus il risque de tomber de haut.
Dans notre petit monde de l'horreur et du fantastique, qui n'est pas si petit que ça, tu as touché des cimes Clive, mais qu'en est-il aujourd'hui ? Encensé par une presse unanime, King lui-même signe les préfaces de tes ouvrages, chacun de tes bouquins devient un best-seller, vendeur, accrocheur etc. Là tu ne tombes plus, tu touches le fond... Bien sûr on peut me faire cette réponse simple : "Petit arrogant !". Oui très certainement.
D'ailleurs je suis doublement arrogant puisque je fais ici une chronique sur un livre que je n'ai pas compris. Mais lorsque je dis que je n'ai pas compris, je veux dire que je n'ai vraiment rien compris, ni le fond, ni la forme, ni la plus simple ébauche de personnages, d'atmosphères etc. J'ai nagé tout le long des presque huit cent pages pour fermer le livre et me demander s'il y avait un quelconque intérêt à écrire ce genre de "choses" incompréhensibles et impénétrables...
Je n'aime pas et j'ai même horreur de ce sentiment qui vous piège, dû à des auteurs bien consciencieux qui ont du remettre mille fois la patte à l'ouvrage pour vous façonner ce genre d'ineptie, dans une sorte de promenade pseudo littéraire et qui se fout bien de la gueule du pauvre lecteur et de son simple plaisir de lecture...
Pourtant tout commence bien dans cet ouvrage de Barker. Des oiseaux s'assemblent autour de la maison d'une vielle femme agonisante, détentrice d'un terrible secret qu'elle s'apprête à livrer à son unique petite fille. L'ambiance est là , tendue, pareille aux Oiseaux d'Hitchcock, sombres, nocturnes et vraiment intéressants. Cal, est-il fou, a-t-il entrevu le paradis sur terre et qui est cet étrange vendeur répondant au nom de Shadwell accompagné d'une superbe femme aussi belle que démoniaque ? Le mystère s'épaissit et l'ambiance s'alourdit... Il y a dans l'air comme un parfum troublant dans lequel volent les démons et la mort.
Cette femme se nomme Immacolata, un démon terrible à la recherche d'un tapis que possède la vieille femme et qu'elle souhaite léguer à sa petite fille Susanna... L'oeuvre de Barker s'ouvre ainsi, et ça dure cent pages, cent pages devant lesquels on retient son souffle, cent pages où les personnages sont peu clairs mais malgré tout charismatiques, cent pages où se mélange différents points de vue, cent pages troublantes qui se répètent indéfiniment tout le long du livre devenant de plus en plus obscur à tel point que même avec les anti-brouillard il est impossible de comprendre quelque chose ou bien même d'accrocher à cette purée.

Un voyage vous disais-je tout à l'heure qui, s'il fait des promesses au début du livre, est incapable de les tenir sur la suite. Certes, on a quelques éclairs de poésie mais pas le génie de Barker... Loin de là ...
Loin de là , donc, il vit dans un tapis tout un monde, un monde de devins qui ne sont pas devins. Déjà , là , je comprends pas. Peu importe, on est plus ici à une incohérence près... Nous les humains on est des coucous... C'est-à -dire ceux qui sont pas devins comme les devins mais qui ne vivent pas dans le tapis...Vous n'avez rien compris c'est normal, il faut se taper huit cents pages d'illisibilité pour comprendre ça...
N'est pas Neil Gaiman qui veut et n'est pas capable de concevoir la faille, cette porte entrouverte à la fantaisie dans nos sombres villes, qui veut... C'est raté ici pour Barker...
Le vieil adage qui dit pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple pourrait tout à fait résumer l'oeuvre de Barker. L'auteur tente de nous décrire un monde un peu comme Picasso nous a dépeint les demoiselles d'Avignon. Mais n'est pas non plus Picasso qui veut. Et le multi point de vue, l'éclatement de l'histoire ne réussit pas à l'oeuvre de Barker. C'est le chaos qui règne et le lecteur que je suis s'est perdu entre descriptions malhabiles et personnages ratés. Complexe, trop complexe pour moi.
Bien sûr, il faut y chercher des choses, ne pas finir sa chronique ainsi, pas avec Clive Barker. Alors on y cherche des choses, on y retourne, on s'y perd. Peut-être que gauchement Barker tente de montrer quelque chose. Il y a une lutte au sein du livre, une lutte entre ceux du tapis qui veulent survive et Shadwell le vendeur qui veut conquérir. Shadwell l'homme qui voulait devenir dictateur, qui peut vous vendre tout ce que vous voulez mais qui peut aussi tout vous prendre et vous rendre aveugle, c'est d'ailleurs un très "beau" passage dans le livre que ce flic borné, estropié par un Shadwell devenu démon ou quelque chose comme ça.
Barker jette donc un regard plein de dérision sur notre société de consommation, un regard critique envers ce monde qui consomme pour consommer et qui ne sait pas voir que dans un tapis peut vivre un autre monde, un autre monde qu'il détruit. Dans l'univers de Barker, il n'y a pas de dieu et pas d'espoir. Le chaos, la corruption et la violence règnent. C'est à peu près le seul intérêt que je peux concevoir à ce livre.
Les personnages, qui sont quand même en temps normal l'un des éléments moteurs d'une écriture sont ici banals et à peine esquissés. Suzanne, qui devient la gardienne du tapis monde et qui doit sauver les devins, accepte son sort sans rechigner et l'histoire d'amour entre elle et Cal fait très mélo. Seuls Shadwell et justement ce Cal deviennent des personnages intéressants. Le premier pour ce qu'il symbolise et le second pour ce qu'il est, c'est-à -dire un poète qui s'ignore, un homme de l'imaginaire un peu fou.
Tout Le Royaume des devins tient là , entre cette complexe oscillation entre l'imaginaire, le tapis, et le réel, notre monde. A la fin tout se mélange, les dieux sont des démons qui ont oubliés qu'ils ont été dieux et le monde, la trame de l'univers des devins, doit être reconstruite grâce à l'imaginaire... Bravo ! Mais l'on doit attendre un peu plus que ça de la part d'un livre qui part pétri de bons sentiments mais que la complexité d'une histoire pourtant simpliste gâche affreusement et qui se finit dans une fausse métaphysique auquel je ne crois pas du tout.
A lire si l'on est maso et pour les quelques scènes croustillantes (je vous fais grâce des passages à l'humour plus que douteux et franchement niais) de cet ouvrage qui ne me fera malheureusement pas oublier le reste. C'est long, trop long pour pas grand-chose, on s'ennuie et au finale : à éviter.

Note : 1,5/10

Le Cimmerien

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