Watchmen - Les Gardiens
Titre original: Watchmen
Genre: Fantastique , Comics / Mangas
Année: 2009
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Zack Snyder
Casting:
Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan, Malin Akerman, Patrick Wilson, Billy Crudup, Jackie Earle Haley, Matthew Goode, Stephen McHattie, Matt Frewer...
 

Dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l'horloge de l'apocalypse -symbole de la tension entre les États-Unis et l'Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu'il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers, un groupe hétéroclite de super-héros retraités (seul l'un d'entre eux possède de véritables pouvoirs), Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun, et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l'humanité...

 


En 1986 paraît une bande dessinée qui va révolutionner le petit monde des comics US : la série intitulée "Watchmen" sera publiée entre septembre 1986 et octobre 1987 et comptera douze numéros, qui seront regroupés plus tard en un seul volume. Créée par le duo Alan Moore & Dave Gibbons la série devient vite LA référence dans le genre. Ayant le nez fin, le producteur Lawrence Gordon ("Predator", "Die Hard" et pas mal de Walter Hill) se rend immédiatement acquéreur des droits d'adaptation. Ce qu'il ignore encore, c'est le véritable chemin de croix qu'il va traverser pour adapter son bébé. Pourtant, tout semblait bien démarrer ; le succès du "Batman" de Burton avait remis les super héros au goût du jour. Associé à Joel Silver, et avec l'aide de la Warner, Gordon envisageait de proposer la réalisation à Terry Gillian, mais le réalisateur venait de subir un cuisant échec au box office, ce qui refroidit considérablement le studio. Ce sera le début d'une incroyable saga au cours de laquelle notre pugnace producteur, le projet toujours sous le bras, le proposera à tous les studios (Fox, Universal, Paramount), essuyant refus et incompréhension. En 2001, Gordon s'associe à Lloyd Levin ("Hellboy", "Tomb Raider"...), mais il faudra attendre 2006 pour que la Warner (qui avait déjà refusé le projet deux fois) accepte de financer le film, en grande partie parce que le réalisateur proposé n'est autre que Zack Snyder ("L'armée des morts") qui venait de réussir un coup d'éclat avec "300".

 


Considéré par beaucoup comme la bible des comics, "Watchmen" aborde sans détour des thèmes que seuls quelques geeks osaient alors imaginer, comme l'intégration des super héroïnes dans un monde de machos, et accessoirement l'influence de leurs tenues sexy (voir la tentative de viol du Comédien sur le Spectre Soyeux) ; mais aussi la différence et les relations entre les divers types de héros (avec ou sans pouvoirs). Psychotique, torturé comme Rorschach (référence à Batman ou The Punisher), indestructible, ayant perdu son humanité comme le Dr Manhattan (référence à Superman ou Hulk), ou le Hibou, héros plus consensuel (référence à Spiderman et autre Daredevil). Mais au-delà de ses considérations propres au genre, le comics aborde aussi de nombreux thèmes philosophiques, et il serait trop présomptueux de vouloir tous les aborder. Mais parlons du film : c'est la deuxième adaptation de comics du réalisateur Zack Snyder, puisque l'homme avait adapté de façon formidable les "300" de Frank Miller, autre monument de la planète comics. Snyder a un sens visuel indéniable qui colle parfaitement au sujet, l'utilisation de nombreux procédés actuels (ralentis, SFX visuels, CGI...) lui permettant de travailler au maximum l'image pour un résultat parfois époustouflant (voir Le Spectre Soyeux atterrir au milieu des flammes). Mais Snyder ne s'est pas contenté de restituer le plus fidèlement possible l'univers visuel des "Watchmen", il a aussi réussi le challenge de transposer les divers doutes, faiblesses, failles ou hésitations de nos super héros. Le film, comme son modèle, se passe dans une Amérique et un monde parallèles, le Président Nixon est réélu et supprime un amendement de la constitution pour pouvoir se représenter plusieurs fois (cinq !) ; le Dr Manhattan est "utilisé" par le pouvoir, notamment pour gagner la guerre de Viêt-Nam, et le Comédien devient carrément l'exécuteur des basses oeuvres du gouvernement (l'assassinat de Kennedy, répression anti émeute...). En 1977, une loi est votée (la loi Keene) qui empêche les super héros de porter des masques en public. Seul Rorschach refuse de se soumettre et exerce en toute illégalité. Le film débute par l'assassinat spectaculaire du Comédien. Pour le paranoïaque Rorschach, il s'agit d'un complot visant à éliminer les super héros. Il enquête auprès de tous ses anciens ennemis et associés ; et va entraîner dans sa périlleuse enquête son ami le Hibou et Le Spectre soyeux, devenus amants entre temps. Mais la vérité sera encore plus incroyable, et ébranlera à jamais les convictions de tous.

 


Et si le pire ennemi que nos valeureux héros devaient combattre venait de leur propre rang ! Le fait d'avoir des pouvoirs (parfois inimaginables, comme le Dr Manhattan) donne-t-il le droit de décider pour des milliards d'individus ? Peut-on se prendre pour Dieu et sacrifier des millions de personnes pour en sauver (sans leur demander) des milliards ? Pour Rorschach, la réponse sera évidemment non ! Personnage ambigu, adepte d'une justice expéditive, et dont la mère était une prostituée, Rorschach sera le seul à garder son intégrité et son sens de la justice (on arrête les hommes, on pique les animaux). Toujours masqué (par un morceau de tissu inventé par le Dr Manhattan), il est le personnage le plus intéressant du groupe, et les scènes ou il intervient sont aussi les plus impressionnantes par leur violence. Son séjour en prison est un grand moment, il faut le voir ébouillanter avec de l'huile un détenu qui essayait de le tuer, et crier aux autres : "Je ne suis pas prisonnier avec vous, vous êtes prisonnier avec moi" - ambiance. Seul le Comédien est autant intéressant, moins tourmenté mais tout aussi cynique. Violeur, assassin, il a vite compris qu'en proposant ses services à l'Oncle Sam (Nixon), il pourrait en toute quiétude exercer ses talents particuliers sans être traqué (comme Rorschach) ou inquiété. "Le rêve américain c'est cela", hurle-t-il au Hibou en canardant des émeutiers au calibre 12. Deux personnages immergés dans ce que notre monde a de plus vil et pervers, et dont la particularité est de ne posséder aucun super pouvoir, contrairement au Dr Manhattan et Ozymandias, qui eux vivent à visage découvert parmi la population, et qui paradoxalement semble complètement isolés (déconnectés) du monde, ce qui explique leurs réactions parfois excessives et déconcertantes. Entre ces extrêmes, on trouve un couple presque normal : la sublime Laurie, alias Le Spectre Soyeux II, et l'insipide Dan, Le Hibou II, qui vivent une torride histoire d'amour alors que le monde est à l'aube de sa destruction (voir le baiser sur fond de champignon atomique). Laurie, qui a pris la relève de sa mère Sally (qui fut le premier Spectre Soyeux - excellente Carla Gugino), qui fut sexuellement agressée par Le Comédien (avec qui elle aura plus tard une relation), et qui abandonna à regret sa vocation de super héroïne pour tomber dans l'alcoolisme. Laurie vivra un temps avec le Dr Manhattan, mais le comportement déconcertant de ce dernier la conduira dans les bras du Hibou.

 

 

On le voit, le scénario mélange petite et grande histoire, intimisme et spectaculaire, drame et action, humour et amour, sexe et violence ; le tout entrecoupé de flashbacks qui nous éclairent sur la vie de chacun. Zack Snyder restitue parfaitement l'ambiance de l'oeuvre originale ; comme sur "300" il matérialise fidèlement les cases qui, sous sa caméra, prennent littéralement vie, en frôlant parfois l'écueil du ridicule (voir la nuit d'amour du Spectre et du Hibou). Mais dans l'ensemble, Snyder s'en tire plutôt bien et livre un film aux multiples lectures et interprétations, chacun pouvant prendre fait et cause pour l'un des héros. Un film qu'il faut avoir vu plusieurs fois, et dont chacun retiendra ses moments forts. C'est une adaptation réussie qui s'appuie sur un casting peu connu (sauf Carla Gugino, croisée dans "Sin City") mais de grande qualité, avec une mention spéciale pour Jeffrey Dean Morgan (le Comédien), Jackie Earle Haley (Rorschach), et l'interprétation hyper sensuelle de Malin Akerman (pourtant blonde comme les blés), qui incarne à merveille le Spectre Soyeux II, un véritable phantasme sur talons hauts. "Watchmen" est donc une nouvelle réussite visuelle pour Snyder, dont l'avenir nous dira s'il a l'étoffe d'un grand, et s'il réussira à rebondir après l'échec relatif du film au box office. A suivre...

 

 

The Omega Man

 

A propos du film :


# Cette critique se base sur la version "courte", puisqu'il existe une version plus longue du film qui étoffe certains personnages (les deux générations de Hibou), et ajoute un peu plus de sang et de sexe. Cette version n'est malheureusement disponible qu'en zone 1 aux Etats-Unis, édité chez Warner. Peu de chance, donc, de voir cette version chez nous pour l'instant, car le film est distribué par deux studios différents (Warner pour les USA et Paramount pour l'Europe).

Alan Moore est un génie, mais l'adaptation de ses oeuvres au cinéma ne se sont pas faites sans mal ("From Hell", "V pour Vendetta", "Constantine"...). Ainsi, l'auteur s'est-il vu accusé par la Fox d'une obscure histoire de plagiat à la publication de "La Ligue des Gentlemen Extraordinaires". Dégoûté, il a décidé de refuser toutes les adaptations des oeuvres dont il possède entièrement les droits ; pour les autres, il exige que son nom n'apparaisse pas et refuse d'être payé, comme sur "Watchmen".

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Paramount Home Entertainment de "Watchmen - Les gardiens"

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