Zatoïchi (6) - Mort ou vif
Titre original: Zatoichi senryo kubi
Genre: Chambara
Année: 1964
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Kazuo Ikehiro
Casting:
Shintaro Katsu, Tomisaburo Wakayama, Shogo Shimada, Mikiko Tsubouchi, Machiko Hasegawa...
 

6ème épisode (sur 26) de la série pour le cinéma, Mort ou vif est le deuxième de la collection sortie en DVD en France par Wild Side (qui en compte 14). Alors que le premier opus, "Zatoïchi, le masseur aveugle", nous laissait clairement sur notre faim au niveau des combats, celui-ci rentre dans le vif du sujet dès le générique de début, à grands coups de sabre mortels dans une ambiance très stylisée. Zatoïchi, incarné par un Shintaro Katsu totalement imprégné de son personnage, prend ainsi, dès l'entame, toute son ampleur et annonce la couleur : mélange de rouge sang et de noirceur d'âme.

Mais Ichi, s'il est un virtuose de la lame, est d'abord un être humain, yakuza solitaire souvent, mélancolique parfois, parieur heureux et buveur convivial. Cette fois-ci, son voyage le mène à Itakura, ou il souhaite se recueillir sur la tombe d'un homme qu'il a tué trois ans plus tôt, sans le connaître. Et c'est là qu'il rencontre des villageois heureux d'avoir enfin réussi à rassembler les 1000 pièces d'or qu'exige l'intendant en guise d'impôt, malgré trois années de disette. Ces braves paysans, tout à leur joie de pouvoir contenter leur maître, chantent, jouent de la musique, boivent. Et, dans leur bonne humeur, invitent cet aveugle errant à se joindre à eux pour une petite coupette de saké (et même deux) et pour accompagner à son tour les chanteurs au tambour.

 


Quand tout commence aussi bien pour Zatoïchi, ça ne peut pas durer, c'est une constante de la série. Très vite, les ennuis commencent, avec le vol des 1000 pièces d'or dont il se retrouve rapidement accusé, ainsi que Chuji, un yakuza retiré sur le mont Akaji, pourtant réputé pour être bon et généreux avec les paysans (un Robin des Bois nippon, en quelque sorte). Molesté par les fermiers, vilipendé, injurié, Ichi proteste de son innocence et promet d'aller retrouver Chuji au coeur de son repaire pour établir, avec lui, la preuve qu'ils ne sont pour rien dans la disparition de la taille seigneuriale. Il s'engage alors sur un chemin qui se perd dans les bois, grimpe à flanc de montagne et retrouve ce yakuza qu'il connaissait déjà et pour lequel il a le plus profond respect. Les deux hommes ont de l'allure, malgré leurs ennuis respectifs (Ichi injustement accusé, Chuji désargenté), l'allure de deux hommes d'honneur au charisme indéniable, la grandeur d'âme de sabreurs aux valeurs fortes, contrastant bruyamment avec celles des vrais auteurs du forfait, l'intendant lui-même, son sbire Monji, et le trio de ronins qu'ils ont engagé pour accomplir leurs basses-oeuvres, Jushiro en tête. Pour cette clique-là, la seule valeur qui compte, est celle de l'or et le seul moteur, la cupidité.

 

 

Cette unique raison de vivre : l'appât du gain, si elle n'est pas fondamentale pour Zatoïchi, ne lui est pas non plus totalement étrangère. C'est un joueur né, qui aime à miser ce qu'il possède dans des tripots mal famés ou, en général, il gagne avec une constance qui énerve les tenanciers. Cette fois, il rencontre autour du tatami des mises le cruel Jushiro, incarné par Tomisaburo Wakayama, frère aîné de Shintaro Katsu et futur loup solitaire à l'enfant de la série Baby Cart. Un duel purement symbolique, à base de piécette à couper en deux, petit exercice formel dont se tire sans peine Ichi et qui lui rapporte, outre pas mal de pièces d'or, une vive inimitié de la part de son adversaire. On s'en doute, cette première rencontre ne sera qu'un prélude à leur véritable combat, duel final du film entre le voyant méprisant, qui ravale les aveugles au rang de vers de terre, et le non-voyant bafoué dans sa dignité d'homme et pas décidé du tout à se laisser piétiner.

Car s'il est une chose qui révolte Zatoïchi plus que tout, c'est l'insulte suprême jetée à sa face, celle qui le rabaisse au nom de son handicap, celle qui en ferait un moins que rien juste parce qu'il n'y voit pas. "Aveugle de mes deux" est d'ailleurs une injure qu'il reçoit dans plusieurs de ses aventures et, à chaque fois, un détonateur qui le rend explosif. Ici aussi, alors qu'il se laisse molester, mettre à terre, bousculer par les fermiers déconfits, alors qu'il s'offre en victime expiatoire à leur désespoir, l'"aveugle de mes deux" lancé par l'un d'eux le verra se redresser et retrouver sa prestance. Séquence impressionnante où l'infirme battu, en un quart de seconde et juste un changement d'attitude, repousse naturellement la foule hargneuse qui l'entoure et le bat, à une distance respectueuse. En un mouvement simple d'épaules qui se redressent et de visage qui se ferme, Zatoïchi a fait sentir aux autres qui il était vraiment. Et que leur nombre ne les rendait pas plus fort pour autant.

 


Ces quelques plans saisissants offrent la quintessence du personnage, tout autant que les combats au sabre, et présentent sa dualité constante, entre l'aveugle maladroit et le combattant loyal autant qu'impitoyable. Ichi est toujours transcendé par l'adversité. S'il trébuche en forêt, se cogne aux arbres et se retrouve parfois à terre, lorsqu'il ne risque rien, ses pas se font sûrs et ses mouvements rapides, ses gestes précis et son oreille attentive, dès qu'un danger paraît. Zatoïchi semble posséder un sixième sens, celui de la survie, qui le guide et l'entraîne lorsque l'heure devient grave, qui le rend redoutable et quasi-invincible. Souvent blessé, parfois laissé sans vie apparente, Ichi ne meurt jamais. C'est aussi cela qui en a fait un mythe.

Réalisé par Kazuo Ikehiro, Mort ou vif est un des tout-bons épisodes de la saga Zatoïchi, qui condense, en à peine 1h25, toutes ses qualités, avec un rythme vif qu'on ne trouvait pas dans le premier, dans des décors et des paysages parfois somptueux dont la couleur peut rendre grâce, sans oublier un humour régulièrement présent et des rencontres féminines un peu vite expédiées mais à l'importance souvent déterminante. Un regret, néanmoins : quelques personnages, comme Chuji le yakuza défenseur des paysans et Ogin, la jeune femme rencontrée aux thermes, sont vraiment trop peu exploités. Mais bon, c'est bien le seul reproche, mineur, que l'on puisse faire à ce film excellent.

 

 

Bigbonn

 

En rapport avec le film :


# Ce 6ème opus de la série est le second dvd de la collection sortie chez l'éditeur Wild Side

 

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# Ce 8ème opus de la série est le 3ème dvd de la collection sortie chez l'éditeur Wild Side

 

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