Nero Veneziano
Genre: Giallo , Horreur , Satanisme
Année: 1978
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Ugo Liberatore
Casting:
Renato Cestiè, Rena Niehaus, Yorgo Voyagis, Ely Galleani, Olga Karlatos, Fabio Gamma, José Quaglio...
Aka: Damned in Venice
 

Mark (Renato Cestiè), un garçon aveugle de 14 ans est pourvu d'un don paradoxal, en tout cas avec son infirmité : celui d’avoir des visions subites qui s'avèrent le plus souvent morbides et prémonitoires. Mark et sa soeur Christine (Rena Niehaus) héritent d'une pension située à Venise. En effet, en pleine messe, leur grand-tante a pris feu. Malédiction ? Phénomène paranormal ? Il semble que le diable lui-même hante une ville à l'allure délétère avec comme antre la vaste demeure qui vient de leur revenir. En témoignent les visions sanguinaires de Mark qui, dès son arrivée, s'accentuent. Un homme, doté d'une pèlerine noire et d'une canne-épée tue devant lui une jeune femme qu'il ne connaît pas. Christine, bien entendu, a bien du mal à croire les dires de Mark. Un autre jour, cette dernière se coupe le doigt lors du dîner. L'homme mystérieux à l'allure satanique se met à sucer la plaie de Christine qui, peu de temps après, rencontre dans la réalité cet homme (Yorgo Voyagis) dont elle tombe rapidement amoureuse. Mark voit cela d'un mauvais oeil (sans jeu de mots) d'autant que très vite encore, sa soeur tombe enceinte en arguant n'avoir eu aucun rapport sexuel. Mark semble être le seul à capter la "maléficence" de l'homme toujours de noir vêtu. Bientôt, l'enfant de Christine naît de façon prématurée et les morts horribles s'accumulent. La haine de Mark pour Dan, l'homme en noir, et pour le nouveau-né ne va cesser de s'accroître. Selon Mark et ses visions, cet homme est l'Antéchrist s'étant servi de sa soeur comme réceptacle pour engendrer son fils, un héritier du diable. Jalousie, possessivité d'un jeune frère malade ou bien réalité, les meurtres vont s'enchaîner...

 

 

Drôle de mélange qu'Ugo Liberatore, réalisateur ("Rivages sanglants") et scénariste chevronné ("Une minute pour prier, une seconde pour mourir") livrait en 1978 avec ce Nero Veneziano qui navigue (sans gondole aucune) sur les eaux troubles du courant satanique alors très en vogue depuis Rosemary's Baby, L'exorciste et La malédiction. Les réussites transalpines à cet égard furent assez rares même si l'on peut citer quelques réalisateurs ayant réussi à tirer leur épingle du jeu, à l'instar d'Alberto De Martino avec L'Antéchrist puis Holocaust 2000 tandis qu'ailleurs, au hasard, un Mario Gariazzo se vautrait avec La possédée. Outre le film d'incarnation satanique, le curieux mélange ici présent tient du fait que Damned in Venice emprunte également à un autre genre alors en phase terminale, le giallo. Plus précisément le courant "machination" avec tout ce que cela sous-tend de manipulations éventuelles, de minces lisières entre psychés perturbées et réalités terre-à-terre, de disparitions aussi mystérieuses que sanguinaires. Bien entendu, à bien y regarder, ce pan machination était déjà présent dans le film susnommé de Polanski sans qu'on puisse pour autant cataloguer son film de thriller, ce que Nero Veneziano en revanche est peut-être. Il n'y a finalement qu'un Machiavel pour se déplacer de Florence à Venise afin d'asseoir la suprématie d'un diable vaporeux qui dirigerait le monde tout en détruisant les villes sur son passage. Ceci explique éventuellement pourquoi la cité des Doges ici dépeinte est loin de mériter son appellation de Sérénissime ; ou bien alors, c'est un calme mortuaire, digne héritier d'autres bobines crépusculaires telles que Qui l'a vue mourir ? puis surtout le "Ne vous retournez pas" de Nicolas Roeg avec lequel il entretient moult similitudes dont en premier lieu une façon d'instiller du fantastique sans pour autant véritablement obéir aux codes d'un seul et unique genre. A cet égard les similitudes entre les deux films sont nombreuses...

 

 

Ainsi, outre une Venise d'aspect funèbre et voilée par une omniprésente brume grise, les corbillards y sont mystérieusement acheminés sur de sombres gondoles par des femmes fantomatiques toutes de noir vêtues. Si les meurtres revêtent ici un aspect giallesque, ce n'est que par la couleur, l'accoutrement et accessoirement l'usage d'instruments perforants que cela se fait. Peut-être finalement nageons nous en plein drame, à l'instar des deux films cités ci-dessus, lesquels prenaient le thème du deuil comme point de départ pour prendre ensuite d'autres canaux. Quitte à se montrer un brin sévère, c'est l'une des limites de Nero Veneziano que de trop puiser dans le singulier film de Roeg (bien plus que dans The Omen comme il est souvent dit à son propos). Ce n'est certes pas la partition de Pino Donnagio, déjà responsable de la musique de "Don't Look Back" qui viendrait contredire cela. Une musique, soit dit en passant, en totale harmonie avec la lugubre mélancolie ici omniprésente.
Finalement, à l'instar de ses modèles, Ugo Liberatore convoque ici le drame le plus classique via l'introspection des états d'âme d'un enfant sans repères, ni physiques, ni psychologiques. Et si de son point de vue (toujours pas de jeu de mots) Mark avait de toute manière, et de façon inconsciente, prévu de diaboliser l'être qui lui enlèverait son seul repère familial en même temps que la seule figure maternelle à laquelle il peut se rattacher ?

 

 

Nero Veneziano peut donc parfaitement trouver divers sens et ramifications sans se perdre pour autant dans la surinterprétation. Le spectacle au premier plan se suffit amplement à lui-même et les amateurs de films d'exploitation devraient logiquement y trouver leur compte. Soit, le rythme est languissant, voire même aussi plat qu'une vague sur place Saint-Marc ; soit le mélange de genres ici pratiqué a bien du mal à faire corps et l'abus de sous-intrigues puis la surabondance de personnages finissent quelque peu par lui nuire, le faisant parfois frôler la confusion. Pourtant l'entreprise reste, contre toute attente, à flot, alternant scènes atmosphériques avec ambiance mortifère progressive et mises à mort aussi brutales qu'inventives : une femme prend feu durant une messe, un prêtre tombe à l'eau avant de se faire déchiqueter vivant par l'hélice, des femmes et des hommes se font transpercer les jugulaires dans de sauvages hallucinations éclairées comme des apparitions célestes, et un nourrisson finit dans les pales d'une sculpture moderne. Rajoutons qu'Ugo Liberatore ne sacrifie pas non plus ses acteurs sur l'autel d'une vaine sophistication atmosphérique ou horrifique : tous sont à peu près convaincants, le jeune Renato Cestiè en premier lieu ("Croc-blanc" & son retour, La baie sanglante, Il diavolo nel cervello, Torso,...), lui-même talonné de près par la jolie Rena Niehaus (remarquée dans "La Orca" et qui jouera la même année dans "Chevauchées perverses" tout en posant nue dans des magazines érotiques). D'autres noms plus connus des amateurs font en revanche quasiment de la figuration. C’est le cas par exemple de Lorraine De Selle ou de Olga Karlatos. De la belle figuration cela dit, puisque Nero Veneziano n'oublie pas, en tant qu'objet filmique au service du diable, de plonger la tête la première dans le stupre et la luxure.

 

 

Bref, l'essai n'est pas complètement transformé pour les raisons évoquées plus haut, néanmoins, son réalisateur fait preuve d'une méticulosité et en tout cas d'un soin bien au-dessus de la moyenne de ses confrères. En témoigne un détail (*) récurrent qui pourra facilement échapper au spectateur le moins attentif : le spectre d'une jeune fille épiant Mark à plusieurs reprises, ce, toujours en arrière-plan, comme un élément qui, peut-être, serait la clé même du film et de ses enjeux.

Mallox


(*)

 

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