Retour de Croc-blanc, Le
Titre original: Il ritorno di Zanna Bianca
Genre: Aventures
Année: 1974
Pays d'origine: Italie / France / Allemagne
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Franco Nero, Virna Lisi, John Steiner, Raimund Harmstorf, Yanti Sommer, Werner Pochath...
 

Le retour de Croc-blanc, comme son prédécesseur, est typiquement le genre de film qui ne comblera personne. Trop mou et chiche en aventures pour contenter l'enfant lambda, trop mièvre pour ne pas paraître quelque peu repoussant pour l'amateur de Fulci et de ses dérives graphiques, ainsi que trop sombre et paradoxalement trop violent pour en faire un spectacle familial respectable, alors l'on se demande à qui est destiné cet ersatz de Jack London, commande dont s'acquitte poussivement ici Lucio Fulci, avec un Croc-Blanc l'année précédente qui fut un succès, ce qui me ferait mentir... Alors quoi ? Sachant cela, qu'y a-t-il à prendre et à laisser dans ce film là, au casting pourtant aguichant, je vais tenter d'y revenir, en attendant, passons à l'histoire...

 

 

Dans la région du Grand Nord à la toute fin du 19eme siècle, le village de Dawson City a retrouvé son équilibre paisible après la disparition du plus redoutable des chercheurs d'or qui semait jadis la terreur (John Steiner), prêt à tout pour assoire sa fortune. Las, contre toute attente, et après un répit pour les villageois de courte durée, le bandit notoire réapparaissant alors sous une autre identité, et après avoir dès son retour éliminé purement et simplement quelques indiens qui n'en demandaient pas tant, celui-ci est doublement déterminé à faire régner sa loi et ordre, en même temps que de supprimer tout obstacle qui pourrait contrarier son plan machiavélique, l'obstacle étant le plus souvent humain, quand il n'est pas canin.
Le journaliste Jason Scott (Franco Nero) ayant joué un rôle primordial dans l'échec du renégat sera alors réclamé afin de venir au plus vite sur les lieux où règne à nouveau la terreur. Ce dernier retrouvera ses amis, dont la soeur infirmière Evangelina (Virna Lisi), ainsi que son ex fidèle et futé compagnon, le bien nommé Croc-Blanc, et mettront à nouveau tout en oeuvre afin d'éliminer le tyran, qu'ils pensaient avoir mis hors d'état de nuire, et devront redoubler de foi et de vigilance afin de le supprimer une fois pour toute. On espère que cette fois sera la bonne, mais certains payeront de leur vie, ce qui s'annonce comme un rugueux combat.

 

 

Pour le meilleur et surtout le plus surprenant, il y a dans le film une scène de bagarre de saloon qui tourne au comique. Lors d'une partie de poker, le tricheur est démasqué par le bon Croc-Blanc qui lui tire une carte cachée dans sa manche pour l'étaler au grand jour sur le bord de la table. S'ensuit une bagarre générale après qu'on ai voulu goudronner et plumer de tricheur, ses homme de mains intervenant alors. On a là un véritable hommage au slapsticks d'antan, et l'on pourrait remplacer les coup de poings et lancés de chaises par des tartes à la crème que l'effet serait le même. L'un des bagarreurs balance un coup de poing en pleine face d'un fumeur de cigare, si bien qu'il se brûle, tandis que l'autre fume de l'intérieur, ailleurs le tricheur voulant riposter voit une rangée de cartes cachée partir en même temps que son coup de poing, certains se transforment en "hommes fusées" et "Zanna Bianca" se retrouve avec un seau à glace sur la tête. La scène est assez longue et donne pas mal envie d'aller se pencher sur les comédies de son réalisateur, comme I ladri, Les deux évadés de Sing Sing, ou le plus tardif Young Dracula, lesquelles étaient loin d'être ratées, demeurant bien plus cohérentes et fréquentables au final que ces deux "Fulchiens" Blancs là.


Niveau photographie, ça se tient plutôt bien et les paysages en décors naturels sont magnifiques, et relativement bien exploités par le réalisateur.
Pareil pour le côté pessimiste qui habite cette vision et les quelques violences graphiques clairsemées. D'une certaine manière, c'est ici qu'on retrouve Lucio Fulci, sa peinture des villageois bien que très manichéenne n'est pas exempte d'obscurité et l'on y retrouvera une scène où la foule prompte à découvrir le coupable, veut lyncher l'innocent Croc-Blanc (thème du lynchage que l'on retrouve entre autres, dans La Longue nuit de l'exorcisme et au début de Frayeurs).

 

 

Niveau violence le film est d'ailleurs assez chargé et le nombre de scènes empruntant ses chemins dépasse la limite du "spectacle familial". On a d'entrée un groupe d'indiens qui se fait exterminer sans sommation, même le plus jeune n'y coupe et est abattu en gros plan, une nonne qui agonise dans d'atroces souffrances après avoir été brûlée vive dans l'incendie criminelle de sa maison, un type perdu dans les montagnes enneigées n'arrivant pas à appeler l'attelage qui passe au loin, sa langue étant gelée, un autre écrasé dans son lit par une poutrelle en feu et l'un des bandit écrasé lui aussi, mais par un traîneau, qui ne manque pas de laisser des trace bien profondes sur lesquels Fulci ne peut s'empêcher de zoomer.
Bref, on ne se refait pas, et même dans une commande pour enfants, Lucio Fulci ne peut s'empêcher quelques fulgurances outrancières, beaucoup plus sages tout de même que les sublimes tableaux de mort à venir.

D'un autre côté, le film patine assez souvent et les péripéties se révèlent au final assez peu nombreuses, tandis que John Steiner offre un personnage de méchant sadique peu crédible, mais attachant, c'est bien pâle du côté de Virna Lisi et surtout de Franco Nero qui semble un peu perdu et peu concerné par ce qu'il est venu tourner. On sent bien qu'ils ont froid et qu'ils aimeraient bien rentrer au chaud.
Le comble à ce niveau, c'est l'enfant, et décidément Lucio Fulci devait faire passer ses casting aux gamins sur des critères purement lacrymaux à tendance tâches de son, tant l'enfant et la façon dont il est filmé, pleurant en gros plan, jouant avec Croc-Blanc comme dans le meilleur des mondes possibles, ajouter à cela qu'il est doté d'une fantastique tête à claques, bien pire encore que celui de La Maison près du Cimetière, et sa frimousse ne demande qu'à être tartée de boules de neige et autres crottes de croc-blanc, tant en plus d'être omniprésent, il est insupportable.

 

 

Quand en plus, on a Franco Nero qui vient faire mumuse avec son vieux copain le chien comme un gamin de 7 ans mais doté d'une tête d'aventurier, on s'ennuie alors en plus d'être agacé. Voir de plus Virna Lisi en bonne soeur, distribuer une série de baffes qui n'ont absolument rien à envier au gros Budd Spencer, ni dans leur violence, ni dans leur approximation, ni dans le "sur-bruitage" inhérent à une post-prod sous influence néfaste de "Trinita", bref, cela n'arrange pas les choses, et c'est peu dire que le mélange, comédie, aventures, délires fulcien retenus, finissent de ranger le film dans la catégorie des "ni fait, ni à faire" et ce ne sont pas quelques emprunts à Sergio Leone (John Steiner en prospecteur paralytique méchant évoque le Teuf-teuf de "Il était une fois dans l'ouest") ou à "l'appel de la forêt" de Ken Annakin, le temps de quelques secondes durant lesquelles ils se fait piquer sa musique, on ne sait trop pourquoi, qui rachèteront cette chose ni honteuse, ni impersonnelle, mais qui surtout, une fois faite l'addition, ressemble davantage à un patchwork sans âme doublé d'un spectacle peu emballant, qu'à un semblant de réussite. Bof.

 

Mallox

 

A propos du film :

# Un troisième volet verra le jour la même année, "Zanna Bianca alla Ricossa" (croc-blanc à la rescousse) sous la direction de Tonino Ricci avec Maurizio Merli et Henry Silva.
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