Monamour
Genre: Erotique
Année: 2003
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Tinto Brass
Casting:
Anna Jimskaia, Max Parodi, Riccardo Marino, Nela Lucic, Leo Mantovani, Massimo Caradonne...
 

Après seulement six mois de mariage, le couple que forment Marta et Dario commence déjà à battre de l'aile. Originaires de Milan, les mariés se trouvent actuellement à Venise, à l'occasion d'un salon du livre en rapport avec le métier de Dario, qui occupe un poste important dans une société d'édition. A cause des obligations de son mari, Marta est souvent seule à l'hôtel, et elle trompe son ennui en tenant un journal intime dans lequel elle explique les raisons de sa frustration. Marta ne prend plus son pied, et pour une jeune et jolie femme qui attire les regards masculins, une telle situation est insupportable.
Elle se confie à une amie, Sylvia. Celle-ci, bien que mariée, collectionne les amants sans le moindre sentiment de culpabilité, et elle conseille donc à Marta d'en faire autant. L'occasion ne tarde pas à se présenter, lorsque la jeune femme est abordée par Léon dans un musée. Sans une once de finesse, le "french lover" lui fait du rentre-dedans, ce qui a pour effet de déstabiliser Marta. Mais elle finit par dominer rapidement son trouble pour nouer une relation torride avec Léon, et retrouver ainsi ce qu'elle avait perdu avec Dario.

 

 

Tourné en 2006, Monamour reste à ce jour le dernier long métrage de Tinto Brass, le maître de l'érotisme s'étant fait bien discret ces dernières années avec un seul court-métrage à son actif, l'anecdotique "Kick the Cock" (2008), en attendant de voir si le projet de longue date du réalisateur, un remake de "Caligula" en 3D, finira par sortir un jour (on l'espère, évidemment).
Pour l'heure, il faut bien reconnaître que le dernier opus érotique de Tinto Brass, faisant suite à une douzaine d'oeuvres (à partir de "La Clef" en 1983) dans lesquelles l'auteur n'a cessé d'explorer ses divers fantasmes, est le moins réussi du lot.
Certes, on retrouve bien dans Monamour tous les thèmes de prédilection du cinéaste, comme cette passion exacerbée pour les postérieurs féminins charnus qui est devenue avec les années la marque de fabrique de Tinto Brass. Egalement, les références à ses oeuvres antérieures sont encore ici particulièrement marquées. Le journal intime de l'héroïne de "La Clef", par exemple, mais aussi le voyeurisme, l'exhibitionnisme, la jalousie, autant de thèmes récurrents chez le metteur en scène, de même que la sodomie qui constituait la trame de "Cosi fan tutte".

 

 

Mais voilà, Monamour sent un peu trop le réchauffé, et souffre surtout d'un jeu d'acteurs assez catastrophique, à commencer par l'actrice principale, Anna Jimskaia (dont ce sera d'ailleurs le seul film). Par choix ou par nécessité, Brass commença à engager des actrices issues des pays de l'Europe de l'Est durant les années 90 (avec "Le Voyeur"). Y-avait-il une pénurie d'actrices italiennes répondant aux exigences du cinéaste ? Peut-être, toujours est-il que si les héroïnes "Brassiennes" d'Europe septentrionale parviennent à rivaliser avec leurs rivales latines au niveau du physique, elles ne tiennent pas la distance, par contre, sur le plan du charisme. Les Italiennes, chez Brass, ont toujours cette étincelle, cette grâce, que n'ont pas les autres, voilà tout.
Bref, Anna Jimskaia a un corps de rêve mais joue comme une patate (et sa voix française pour le doublage n'arrange rien). Cela dit, elle n'a rien à envier à ses partenaires qui sont tout aussi médiocres, et possèdent d'ailleurs une filmographie minimaliste. Et si Max Parodi (Dario, dans le film) bénéficie d'un CV un peu plus conséquent, c'est uniquement grâce à Tinto Brass qui l'a fait tourner dans plusieurs de ses films ("Monella", "Transgressing", "Senso'45" et "Fallo!").

 

 

Néanmoins, si le casting laisse à désirer au niveau de l'interprétation, il fait néanmoins bonne figure dans les scènes érotiques (ce qui, après tout, est la moindre des choses). Quelques scènes ressortent fort heureusement de cette oeuvre assez quelconque, parmi lesquelles on retiendra le passage où Marta et Sylvia conversent dans des toilettes publiques, avec Sylvia faisant une éloge de la sodomie. De même, la séance de massage avec les deux amies permet au réalisateur de se laisser aller à quelques gros plans explicites sur l'intimité de ses actrices. On appréciera enfin la scène dans laquelle Léon place le corps nu de Marta (reposant sur le lit, endormie) dans la position du modèle de "L'origine du monde" de Gustave Courbet, afin de la dessiner.

En dehors de l'érotisme, Tinto Brass retrouve par à-coups son inspiration ; d'abord lors d'un rendez-vous dans un restaurant où l'on croise quelques personnages pittoresques, comme un serveur boiteux et deux chanteurs d'opéra aux allures de clodos, interprétant tour à tour Verdi et Rossini dans une indifférence générale. Puis, ensuite, dans un hôtel où une femme défigurée regarde un curieux film à la télévision (on apprend grâce à Christophe Bier dans le bonus qu'il s'agit de "Il tempo libero", un film expérimental de Tinto Brass tourné en 1964).

 

 

A part cela, le réalisateur s'offre un caméo comme il en a l'habitude, à l'instar d'un Alfred Hitchcock. Ici, il apparaît lors d'une soirée mondaine dans laquelle le sujet tourne inévitablement autour du sexe, ce qui vaut au cinéaste de déclamer cette fameuse phrase : La pornographie est à l'érotisme ce que la pipe est à la fellation. On sait que Tinto Brass a toujours su contourner cette frontière parfois ténue entre érotisme et pornographie, usant notamment de stratagèmes pour éviter les foudres de la censure, en utilisant par exemple des sexes factices masculins pour simuler l'érection (une habitude remontant à "Paprika" en 1991). Parfois, les prothèses en question sont particulièrement réalistes ; en d'autres occasions, elles sont par contre grossières, certainement une volonté de la part de Brass d'ajouter une touche de surréalisme et de comédie afin que les scènes de sexe ne soient pas ordinaires. Malgré cela, Monamour sort trop rarement du conformisme des oeuvres érotiques standard pour qu'il suscite un réel intérêt. Dans le genre, Tinto Brass a fait beaucoup mieux.

 

 

Flint


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