Trahison se paie cash, La
Titre original: Framed
Genre: Polar , Action , Vigilante
Année: 1975
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Phil Karlson
Casting:
Joe Don Baker, Conny Van Dyke, Gabriel Dell, John Marley, Brock Peters, John Larch, Warren J. Kemmerling, Paul Mantee, Walter Brooke, Joshua Bryant...
 

Ron Lewis (Joe Don Baker) est un ex joueur de poker, maintenant tenancier d'un boîte de nuit. Le voilà qui repique au jeu, au grand dam de Susan Barrett (Conny Van Dyke), sa régulière. Mais le jeu en vaut la chandelle et, après un court séjour au Texas pour une partie de poker avec un beau magot à la clé, Lewis s'en revient chez lui. Après avoir fêté son gain, il accepte la requête de Susan qui lui demande de se ranger, la somme gagnée étant suffisante pour payer un bout de temps les traites du club. Lewis accepte. Sauf qu'un peu plus tard, de nuit, il se retrouve avec deux voitures lui barrant la route. Ce dernier, croyant à des problèmes mécaniques, descend de voiture pour proposer son aide avant de recevoir deux coups de feu en réponse, manquant d'être tué.

 

 

Lewis n'a décidément pas de chance, puisque, à peine revenu chez lui garer sa caisse, le voici mis en joue par un flic local pourri (George Jensen), lui demandant d'où il vient, avant de le mettre directement et sans sommation en état d'arrestation pour l'incident survenu ci-avant. Lewis ne parvenant pas à en placer une, finit par se rebeller, sauf qu'à la fin de la bagarre, alors qu'il est lui-même bon pour l'hosto, le flic meurt, la tête fracassée, dans un geste de légitime défense...
C'est la dure loi des séries puisque, au sortir de l'hôpital, cette légitime défense n'est pas retenue et Lewis est accusé de meurtre sur un officier dans l'exercice de ses fonctions. Le voici parti pour quatre années de taule. Pour parfaire le tout, et comme si tout cela était le centre de ses emmerdes, Lewis apprend que le sac bourré d'argent, gagné dans sa partie de poker, a disparu. Il apprend bientôt aussi que le shérif, lors de son arrestation, s'est octroyé le butin.
Un peu après, en prison, il fait la connaissance de Sal Viccarrone (John Marley), un ponte mafieux, et de son homme de main, Vince Greeson (Gabriel Dell). Protégé et sagement conseillé par le parrain qui se prend d'affection pour lui, Lewis possède bientôt un nouvel atout : le numéro de téléphone tant convoité de son protecteur alors prêt à être libéré, qui lui propose de rester sage le temps de purger sa peine, de "la jouer gagnant", et de ne pas hésiter à l'appeler à sa sortie si besoin est. Autant dire, vu le caractère sauvage, irréductible et teigneux du personnage, ajouté au fait qu'il gêne en haut lieu, que la confrontation au sortir de taule s'annonce pour le moins musclée...

 

 

La Trahison se paie cash est le dernier film de Phil Karlson, vieux routier du film noir de la grande époque, avec alors au compteur une soixantaine de films. Si Karlson tourne celui-ci dans la foulée de "L'assaut des jeunes loups", "Ben" (deux livraisons correctes mais assez impersonnelles), puis "Justice sauvage", c'est forcément au dernier qu'on aura tendance à le rattacher. "Justice sauvage" était une sorte de biopic dégénéré devenu légendaire par l'utilisation d'une violence quasi crépusculaire, lequel a accouché de deux suites, toutes deux avec Bo Svenson en lieu et place de Joe Don Baker ici-présent. Des suites moins bonnes tournées par Howard B. Kreitsek puis Jack Starrett. On évitera pour autant de parler de trilogie autour d'une même histoire pour évoquer plutôt un diptyque signé Karlson, en plus de thèmes récurrents, ce au cours d'une longue et féconde carrière.

En effet, le thème de la vengeance a été très souvent mis en exergue dans ses films noirs (ainsi que dans ses westerns), tout comme les éclairs secs de violence ont jalonné son œuvre, notamment dans les années 50, On se souvient du rugueux "L'inexorable enquête" et sa traque sans relâche d'un tueur par un journaliste, du superbe "Le quatrième homme" dans lequel l'intrigue tournait elle aussi autour du butin d'un hold-up, ou encore du vigoureux et effrayant "The Phenix City Story", dans lequel le recours à une violence réactionnaire et expéditive était déjà un mal nécessaire pour se protéger de la corruption de notables et de fonctionnaires sévissant dans une bourgade d'un sud des Etats-Unis peu recommandable (une peinture acerbe qu'on retrouvera par ailleurs dans "Justice sauvage"). On rajoutera, pour ce dernier, qu'il faisait preuve d'une violence cruelle et fortement réaliste pour l'époque, à l'instar justement de La Trahison se paie cash. Bref, à bien y regarder, "Justice sauvage" et "La Trahison se paye cash" font partie de la même famille des polars hardboiled, aux traitements secs et aux issues étonnantes, lorsque celles-ci existent. Quant aux différences entre les deux dernières livraisons de Karlson, elles se résument en ce que son précédent film évoluait sur des terres vigilantes tandis que celui-ci opte pour la vengeance.

 

 

Autant dire que Phil Karlson est bien plus qu'un simple faiseur ou illustrateur des scripts qu'on veut bien lui refiler, et mériterait, à ce jour, d'être réhabilité au même titre que des cinéastes tels que Don Siegel ou Samuel Füller. Des réalisateurs ingénieux qui transcendaient des budgets de séries B et dont on oublia trop souvent et surtout trop longtemps de gratter la surface pour s'apercevoir enfin qu'on tenait là, à la fois des auteurs et des personnalités singulières, mais dont les filmographies semblaient de prime abord arborer des allures trop carrées, musclées et efficaces, pour prétendre d'entrée faire partie de la grande famille des élus.
A ce propos aussi, on ne manquera pas de signaler les quelques scènes dantesques qui émaillent Framed, elles-mêmes typiques de l'oeuvre de Karlson : la première est un monument de baston furieuse au même titre que la rixe finale de La loi du talion de Robert Clouse ; à l'image du film, tout y est sale, les coups y sont bas, sournois, violents, empreints de la même bestialité sauvage qu'on trouvait dans les films noirs tournés 25 ans avant par son réalisateur.

Bien entendu, en 1975, on pouvait se permettre une violence graphique qui n'avait pas cours jadis, ce que n'hésite pas à faire Karlson pour démonter les rouages d'une violence sociale inéluctable et d'une auto-défense parfois nécessaire face à l'injustice autoritaire ou sociétale.
Autant le savoir, vous ne trouverez pas de chichis ici, et La Trahison se paie cash est tout le contraire d'un film qu'on pourrait qualifier de stylisé. Finalement, Phil Karlson reprend son parti-pris réaliste, quasi documentaire, celui de "The Phenix City Story", pour l'appliquer aux mécanismes de la violence. Ainsi, un coup de poing fait mal non seulement à celui qui le reçoit mais également à celui qui le donne, tout comme le spectateur trouvera ici, en lieu et place de coups de manchettes gracieux, gémissements, râles, écorchures et maladresses dans un épique pugilat qui, et c'est finalement peut-être ce qui a le plus d'impact, paraît être filmé en temps réel.

Pour rester dans le domaine de la violence, celle-ci semble si spontanée qu'elle se répond à elle-même. Les moyens usés par Ron Lewis ne peuvent être qu'à l'égal de celle qu'il a subi et subit encore. Ainsi, d'homme aspirant à la tranquillité, passant qui plus est par la case prison, il n'en sortira que plus remonté, n'hésitant, ni à sortir par les narines un type de sa voiture, ni à en torturer un autre en lui faisant exploser une oreille avec son arme à feu. On pourrait rapprocher le personnage de Lewis à celui de Harry Lomart campé par Oliver Reed dans le très bon La cible hurlante de Douglas Hickox, à la différence qu'il restera ici une échappatoire à notre sanglier, qui finalement ne demande pas tant à aller vers les emmerdes...

 

 

Crépusculaire et bestial, La Trahison se paie cash, opte finalement dans son traitement pour le dépouillement, le brut de décoffrage et l'animalité, à l'instar de son personnage principal, mal dégrossi, un peu pataud, mais de caractère tellement irréductible et teigneux que s'occuper de son cas n'aura rien d'une sinécure, bien au contraire. Toute tentative de porter atteinte à sa personne se payera cash. Quant à Joe Don Baker, qu'on retrouvera juste après dans deux autres excellent polars, Tuez Charley Varrick ! de Don Siegel et "Echec à l'organisation" de John Flynn, il porte ce personnage tout fait d'un bloc, sur ses épaules, avec un naturel et une maestria confondantes, jusqu'à presque se métamorphoser en bête dans un show monstrueux malgré lui.

Bien entendu, on n'oubliera pas de dire un petit mot sur ses partenaires qui se montrent eux aussi à la hauteur pour achever de faire de Framed une sorte de sommet, une furieuse fulgurance aux confins de la violence harboiled des années 70.
Conny Van Dyke ("Les démons de la violence"), dont le jeu semble pourtant limité, trouve le ton juste parmi une kyrielle de personnages taillés au burin, et parvient à insuffler un peu d'humanité dans un monde de pures crevures, Brock Peters ("L'exécuteur noir", "Soleil vert") apporte le peu de droiture masculine que le film comporte ; ailleurs, à l'instar de John Marley (excellent ici et tout aussi à l'aise chez Cassavetes que dans les films dits de genre), si certains personnages ont de bons côtés, ils restent avant tout des brigands de grande envergure. A cet égard encore, on ne manquera pas de noter que la protection, voire le salut s'il en est, du personnage principal est d'avantage le fait de voyous que de gens censés incarner la justice. A ce titre, les seconds couteaux joués par John Larch, Gabriel Dell ou Warren J. Kemmerling composent une impressionnante galerie d'enflures au service de l'ordre.

 

 

Reposant sur un scénario simple signé Mort Briskin ("Justice sauvage"), La Trahison se paie cash, qui dépasse allègrement son statut de pure capitalisation sur le succès du premier, le surpassant même, est une oeuvre sauvage et belle, s'inscrivant dans la continuité du travail trop méconnu d'un grand réalisateur, lui aussi trop souvent occulté ou injustement minoré. Quoi qu'il en soit, ce détonnant polar gorgé de sales poulets est en vérité un bien beau chant du cygne...


Mallox

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